6 valeurs pour qu'ils soient bien dans leur peau

6 valeurs pour qu’ils soient bien dans leur peau

Et si, en plus de leur enseigner à être gentils, on enseignait aussi à nos enfants à être heureux?
Par Nancy Doyon

Quelle est la valeur la plus importante que vous souhaitez transmettre à vos enfants? Le bonheur, bien sûr! On passe toutefois toutes nos journées à leur parler de partager leurs jouets, être gentil avec les copains, dire la vérité, de ranger leurs jeux. On espère tous, secrètement, que son éducatrice nous dira que Victor est un enfant modèle et on se gorge de fierté quand nos amis encensent Julia qui est «si sage et si gentille». Mais quand prenons-nous du temps pour leur enseigner à prendre soin d’eux, à voir la vie du bon côté, à être zen et à être heureux? Voici donc sept valeurs prioritaires à enseigner à vos enfants afin de favoriser leur épanouissement personnel.

La connaissance de soi
Si on veut enseigner à nos enfants à tirer le meilleur parti de la vie et à s’actualiser en tant que personne, il importe d’abord de les aider à se connaitre eux-mêmes. Ainsi, dès leur plus jeune âge, je vous encourage à les questionner fréquemment sur leurs besoins, ce qu’ils aiment ou non, leurs intérêts et leurs opinions. Quelles sont leurs préférences, dans les jeux, la nourriture, les activités? Quels sont les vêtements qu’ils aiment porter, leurs couleurs préférées et les films qu’ils aiment voir? Bien entendu, ces opinions vont considérablement changer à travers les années, mais en demandant fréquemment à vos jeunes d’exprimer leurs pensées et leurs opinions, vous les aiderez à forger doucement leur personnalité.

Par ailleurs, aidez-les aussi à se bâtir une opinion favorable, mais réaliste d’eux-mêmes. En effet, alors que certains parents ne mettent l’accent que sur les lacunes et défauts de leur marmaille («tu es fainéant, menteur, lunatique, etc.») d’autres, au contraire, s’évertuent à tellement valoriser leurs enfants qu’ils leur renvoient une image déformée de leurs capacités. Je vous encourage donc à parler fréquemment à vos enfants de leurs forces et qualités, mais aussi des éléments à améliorer ou des qualités qui ne sont simplement pas dominantes chez eux. Il importe aussi que les différents membres de la famille apprennent à respecter qui ils sont sans nécessairement se comparer à leurs frères et leurs sœurs. Ce n’est pas parce que l’un est sociable que l’autre est forcément timide ou parce que l’un est sportif que l’autre est intellectuel. Les enfants d’une même famille ne sont pas obligatoirement semblables ou à l’opposé l’un de l’autre. Maxime est de nature rêveuse, il ronchonne sur la nourriture et adore les bricolages, alors que sa sœur Clara, bien qu’elle aime aussi bricoler préfère faire des pirouettes et jouer à la princesse.

1. L’estime de soi
Pour être heureux et foncer dans la vie, il importe aussi, bien entendu, de s’aimer soi-même. Les parents par leurs encouragements et leurs remarques positives auront un impact majeur sur le développement de l’estime personnel. On connait tous l’importance de la valorisation chez les tout-petits, toutefois, il faut éviter de tomber dans le piège de ne valoriser l’enfant que lorsqu’il adopte des comportements satisfaisants POUR LES AUTRES. «Bravo! Tu t’es habillé tout seul! Maman est contente!», «Je suis fier de toi! Tu as rangé tous tes jouets comme papa t’avait demandé.», «Wow! Tu es gentil, tu as prêté ton camion à ton frère.»
Bien qu’il soit aussi pertinent de souligner les comportements prosociaux de vos enfants, je vous invite également à mettre en lumière ses qualités intrinsèques et les avantages pour lui-même de cultiver ces forces. Une merveilleuse façon de faire un compliment qui aura un grand impact sur l’enfant est la formule suivante:
a. qualité +
b. parce que +
c. comportement observé =
d. résultats positifs pour l’enfant.

Par exemple:
a. «Anne-Sophie, je trouve que tu es vraiment un petit rayon 
de soleil…
b. parce que j’ai observé que…
c.  tu me souris tous les matins quand je te réveille, tu chantes toute la journée en jouant et tu adores faire des blagues.
d. c’est une qualité que les amis aiment beaucoup et toi, ça te garde de bonne humeur toute la journée.»

Ce type de compliment a énormément plus de valeur que 100 «Bravo championne! Tu as eu un bon comportement.»

2. Prendre soin de soi, soi-même
Presque tous les parents aiment prendre soin de leurs enfants. On a l’impression que c’est une grande partie de notre rôle. Alors on garde les yeux sur eux et, dès qu’on pressent qu’ils auront un besoin ou une difficulté, on accourt comme un super héros. Bébé tente d’attraper un jouet hors de sa portée? On le prend et on le lui tend. Annie-Rose a du mal à attacher sa veste? On arrive et on remonte la glissière. Jérôme trébuche et se fait mal au genou? On le console illico et on panse la blessure. Bref, on se sent efficace comme parent quand on voit aux besoins de nos enfants. Or, on ne sera pas toujours là pour leur faciliter la vie. On a donc avantage à ce qu’ils développent la capacité à reconnaître et exprimer clairement leurs besoins, mais aussi à prendre soin d’eux-mêmes de façon autonome.
En ce sens, lorsque vos enfants sont confrontés à une difficulté, résistez à la tentation de proposer trop vite une solution et questionnez-les sur leurs émotions et sur les solutions qu’ils envisagent. Noémie s’est querellée avec sa copine? Plutôt que de lui donner des conseils, demandez-lui: «Comment te sens-tu dans cette situation? Qu’est-ce qui te met en colère? Comment veux-tu régler ça?» Justin arrive de la garderie de mauvaise humeur en disant qu’il n’aime pas son éducatrice? Plutôt que de le réprimander sur son attitude, vous pourriez lui dire: «Ouf! Grosse journée? Qu’est-ce qui ne va pas? De quoi aurais-tu besoin pour te sentir mieux ce soir? Est-ce que tu aimerais prendre ton bain tout de suite pour te calmer un peu ou bien jouer tranquillement avec tes blocs?» Ainsi, vous lui apprenez à prendre soin de ses émotions plutôt qu’à les refouler.

3. L’affirmation de soi
C’est bien d’enseigner aux enfants à être gentils, empathiques et agréables avec les autres, mais comme ils ne seront pas toujours entourés essentiellement de personnes respectueuses, il importe également de leur permettre de mettre des limites à leur entourage et d’apprendre à se défendre contre les agressions.

Les enfants qui savent affirmer leur opinion, même si elle diffère de celle des autres, ceux qui osent être eux-mêmes au risque de déplaire, sont généralement plus populaires que les enfants trop gentils et sont moins à risque de subir de l’intimidation. Il faut donc commencer très tôt à leur enseigner l’art délicat de savoir mettre des limites à l’entourage, sans pour autant agresser les autres: ne pas tout tolérer sans devenir intolérant, proposer des activités sans chercher à tout diriger, partager sans tout laisser aux autres, dire parfois non au risque de déplaire tout en restant généreux, gentil et en demeurant empathique.

On aura aussi avantage à travailler sur l’attitude non verbale qui dénote de l’affirmation de soi: une démarche assurée, garder la tête haute, regarder les gens à qui l’on parle, sourire, adopter un ton de voix affirmatif, etc. Pour ce faire, il peut être pertinent de faire des exercices et des mises en situation avec l’enfant. On pourra également l’encourager à choisir des amis par lesquels il se sent respecté et surtout apprendre à ne pas vouloir être aimé de tous.

4. Le sens de l’effort et la résilience
Encore une fois, dans un désir d’être les meilleurs parents au monde et de s’assurer que nos enfants vivent une vie agréable et confortable, bien des parents ont la fâcheuse tendance à rendre la vie de leur marmaille un peu trop aisée et facile. Maxime fait un casse-tête? On lui indique subtilement où mettre les morceaux, quitte à les mettre soi-même. Florence désire une nouvelle figurine? On passe la lui acheter dès que possible. Des tâches? Hum, ça va tellement plus vite de tout faire soi-même.

Malheureusement, à l’âge adulte l’argent ne tombera pas du ciel, ils devront cuisiner leurs repas et tout ranger par la suite et ils ne pourront pas se payer tout ce qu’ils veulent séance tenante. On ne peut malheureusement pas enseigner le sens de l’effort aux enfants sans les obliger à faire des efforts pour obtenir ce qu’ils désirent. Cessez alors de tout faire à leur place, mais assurez-vous de garder une attitude motivante et qui semble dire: «OK. C’est difficile pour l’instant, mais j’ai confiance en toi, je sais que tu peux y arriver.»

5. L’indulgence envers soi-même et les autres
En même temps qu’on ne doit pas rendre la vie des enfants trop facile, il ne sert à rien non plus de tout dramatiser. Les enfants, comme les adultes, font des erreurs et de mauvais choix. Prenez garde à ne pas assommer l’enfant fautif sous une tonne de reproches aussi inutiles que démesurés dans l’espoir que s’il réalise la gravité de ses actes, il ne récidive jamais.

L’enfant doit apprendre à faire des choix et à en assumer les résultats, mais il doit aussi apprendre à se pardonner ses erreurs et à en tirer des enseignements. Ainsi, si Sophie a reçu une conséquence à la garderie pour avoir poussé une copine, il ne sert à rien de la sermonner à son retour ni de lui redonner une conséquence supplémentaire. Vous pourriez reprendre la situation avec elle en faisant preuve d’empathie et de confiance: «Hum. Tu n’as pas pu participer à l’activité de l’après-midi parce que tu avais poussé Anne-Julie. C’est moche ça, mais ça arrive qu’on se trompe quand on est fâché. Je crois que tu as compris qu’il ne faut pas faire mal aux copains n’est-ce pas? La prochaine fois, je suis certaine que tu pourras régler ton problème en parlant.»  Comme modèle, soyez également indulgents envers vous-même et soignez votre perfectionnisme!

6. S’émerveiller et voir la vie du bon côté!
C’est bien d’être responsable et travaillant, mais pour être heureux, il faut aussi savoir sourire à la vie, lâcher son fou et rire un bon coup. Alors, laissez parfois les tâches de côté, ôtez votre chapeau éducatif et ayez simplement du plaisir avec vos enfants. Chantez à tue-tête dans la voiture, dansez dans le salon, allez jouer dans la boue sous la pluie, prenez le temps d’observer les fourmis avec vos tout-petits et d’écouter des vidéos stupides avec vos plus grands. Observez les gouttes d’eau, capturez des grenouilles et des lucioles, regardez les formes dans les nuages et les étoiles le soir. La vie est courte, profitez-en et apprenez à vos enfants à faire de même!

Quoi qu’il en soit, apprendre à être heureux est le travail de toute une vie. Il est donc préférable de commencer très tôt! Et rappelons-nous que le bonheur est la somme des petites victoires et des petits plaisirs qu’on aura su apprécier à leur juste valeur.


Nancy Doyon
Coach familial
Fondatrice l’École de coaching familial Nancy Doyon
Membre du Réseau Nanny secours
www.nannysecours.com


Paru dans Bébé, Automne 2015

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