Accoucher par césarienne ce deuil non reconnu

Régulièrement, des mamans me parlent de leur accouchement qui s’est soldé par une césarienne. Elles me disent que bébé est en bonne santé et que c’est ce qui importe le plus finalement. Mais elles me parlent aussi de leur impression que quelque chose est resté en suspens, cet insaisissable ressenti que l’histoire n’est pas terminée, qu’un chapitre reste ouvert. Pour certaines d’entre elles, c’est carrément douloureux. La tristesse demeure et ce, souvent plusieurs années après la naissance de leur enfant. Si cela fait écho à votre histoire, voici une piste qui pourra vous permettre de transformer cela et, enfin, de réellement boucler ce chapitre de votre vie.

Par Annie Ève Gratton

Tout d’abord, revenons sur des commentaires que vous avez peut-être entendus de la part de vos proches à propos de votre accouchement. Alors qu’ils se voulaient bienveillants et avaient pour but de vous réconforter, ils ont peut-être eu l’effet contraire. Sans le vouloir, ceux qui vous aiment peuvent banaliser cette peine que vous vivez. C’est ainsi que vous avez peut-être ressenti peu d’ouverture et de réelle écoute lorsque vous exprimiez ce qui vous habite profondément face à votre accouchement ; c’est ce qui vous a conduite à enfouir au fond de vous ce ressenti flou que vous ne savez comment dissiper.

Le but de cet article n’est pas de remettre en question le bien-fondé d’avoir accouché par césarienne. Il se trouve probablement de bonnes raisons. Si le bébé était positionné de manière à ce que l’accouchement vaginal compromette sa santé, si le placenta recouvrait le col, s’il devenait urgent de sortir le bébé, etc. Tout cela justifie certes la césarienne. Toutefois, ce sont des raisons logiques, rationnelles, médicales qui font appel à notre cortex. Or, le deuil de cette expérience d’accouchement, lui, se trouve dans une autre partie de soi, là où se situent nos représentations subjectives de ce que nous vivons en tant qu’être humain. Donc, le cerveau ne traite pas les informations de nature émotive, subjective ou affective au même endroit que les informations rationnelles. Comment alors espérer transformer un ressenti par le rationnel ? C’est impossible !

Malgré tout, l’être humain croit parfois qu’il peut rassurer ou réconforter en rationalisant. Voici donc, déjà, un bon indice du pourquoi, malgré toutes ces « bonnes raisons », votre inconfort demeure…

L’accouchement, pour découvrir ses forces intérieures
Tout d’abord, l’accouchement a quelque chose d’initiatique dans notre inconscient. Nous vivons dans une société de plus en plus axée sur la facilité, qui fait largement la promotion du bonheur, de la perfection que nous devons (et croyons pouvoir) atteindre. Le concept d’épreuve, d’effort et de douleur en est donc dorénavant totalement absent. Toutefois, ça n’a pas toujours été le cas. Autrefois, l’humanité avait une relation à la douleur et à l’épreuve qui revêtait un certain sens, car elle nous permettait de nous confronter à nos limites pour traverser l’expérience éprouvante. Car l’épreuve permet, en quelque sorte, de se « prouver » à soi-même qu’on est capable de la surmonter.

De nos jours, la seule expérience « initiatique » qui demeure est, précisément, l’accouchement. Accoucher par voie basse signifie, dans notre inconscient, transcender la douleur, la traverser et découvrir nos capacités et nos ressources intérieures pour donner la vie.

À la lumière de cela, on comprend aisément que la césarienne équivaut à la perte de cette possibilité. Ça court-circuite ce processus très intime. Ni plus ni moins, on a l’impression (toujours inconsciemment, bien sûr) que l’on n’a pas été en mesure de réussir cette épreuve et que, pour donner la vie, on a eu besoin d’une aide extérieure. Chez certaines femmes où la césarienne a été pratiquée après un long travail d’accouchement, ou pour celles qui auraient voulu tenter d’accoucher vaginalement mais à qui l’on a opposé un refus catégorique, cela peut donner l’impression que la science les a empêchées de vivre cette expérience profondément humaine.

Une grossesse qui se termine en césarienne, c’est donc un deuil. Qui doit être reconnu et vécu. En accouchant par césarienne, vous avez vécu une perte de votre pouvoir personnel, sans possibilité de « réparer » en vous les conséquences qui en résultent. C’est ce que je vous propose pour la suite  : transformer en vous la manière dont vous vivez le souvenir de ce moment de votre vie.

Transformer votre expérience subjective
Puisqu’il s’agit d’un deuil, il s’agit maintenant de le reconnaître, le vivre, le traverser et le transformer. Si vous avez tenté jusqu’à maintenant de vous raisonner et de repousser au fond de vous ce que cette césarienne vous a fait vivre, sachez que vous n’êtes pas la seule. Nombre de femmes ayant vécu une expérience similaire à la vôtre utilisent cette stratégie, car, tout comme vous, elles n’ont pas trouvé quoi faire de l’émotion qu’elles vivent en lien avec leur césarienne.

Un accompagnement bienveillant pour pouvoir aborder ce sujet douloureux et des outils peuvent transformer les choses. On ne peut évidemment pas changer les faits, par contre, c’est possible de transformer l’impact qu’ils ont eu sur vous.

Certes, un accouchement par césarienne risque fort de vous avoir beaucoup déçue. Toutefois, même si cela ne paraît pas d’emblée, cet accouchement peut faire émerger une force et une résilience que vous ne vous connaissiez pas. C’est ce que j’appelle souvent un cadeau mal emballé. « Boucler les boucles », terminer en vous ce qui est resté en suspens, intégrer les apprentissages de cette expérience vous permettra enfin de réellement trouver la paix face à ce qui s’est passé, et très certainement d’être une mère plus résiliente, plus pleinement présente, plus consciente de ce qui a de la valeur autour de vous, et aussi plus encline à la gratitude envers ce qui est beau dans la vie. Dès lors, vous pourrez évoquer la naissance de votre enfant en ressentant de la sérénité.

Quatre étapes pour transformer votre état intérieur :
Voici un processus, que vous pouvez faire simplement par vous-même, pour réinscrire autrement l’expérience en vous. Il suffit de vous accorder un moment toute seule et un espace où vous pouvez vous déposer sans crainte d’être dérangée par votre amoureux ou votre marmaille. Aussi, il est préférable de ne pas tout faire le même jour. Allez-y une étape à la fois et donnez-vous un peu de temps pour intégrer le changement.

Le principe est simple : en choisissant de transformer votre expérience de cet accouchement, vous reprenez votre pouvoir personnel. Vous n’avez pas choisi cette naissance, mais vous décidez de quelle manière cela vous transformera. Le fait de vous relever de ce deuil et de transformer cette épreuve vous permet tout autant de découvrir votre force et votre résilience. C’est simplement un chemin différent pour y arriver…  😉

Étape 1 :
Reconnaître l’ampleur du deuil que ça vous fait vivre
Tout d’abord, nommez vos regrets et déceptions liées à cette naissance (les frustrations, le sentiment d’occasion ratée, l’impression d’avoir été contrôlée ou celle qu’on vous a volé quelque chose, etc.). Cette étape n’est pas nécessairement confortable (vous ne resterez pas là à «  jouer dans le bobo  », rassurez-vous  !), mais elle vous fait prendre conscience que vous ne délirez pas  : vous avez réellement perdu quelque chose en vivant cette césarienne, et le fait de le reconnaître et de vous donner enfin le droit de le vivre est la première étape pour transformer les choses. C’est ok de ressentir tout ça. C’est légitime, vous avez le droit. Ne vous censurez pas car ces questions sont très personnelles. Il n’y a pas de bonne réponse ni de jugement à porter. Et surtout, nommez tout ce qui est là, que ce soit socialement acceptable ou non.

• Quelles sont les émotions actuellement présentes en vous ?

• En donnant naissance par césarienne, qu’avez-vous perdu ? (C’est ce qu’on nomme les pertes secondaires. Par exemple : la confiance en son corps, l’estime de soi, sa valeur de mère, l’admiration de son conjoint, etc.)

Faites-en la liste, écrivez tout ce qui vous habite. Notez vos propres réponses : celles en exemple ne sont là que pour vous donner des idées.

Étape 2 :
Replacer les choses en vous
1.
Qu’est-ce que cet accouchement a déposé en vous et qui ne vous appartient pas, que vous ne voulez pas garder (ex : le doute, la peine, le manque de confiance en vous, etc.) ?

2. Qu’est-ce que vous avez perdu depuis cet accouchement et qui vous appartient, que vous voulez retrouver (ex : la joie de vivre, la confiance en vous, l’optimisme, la légèreté, etc.) ?

3. Toujours en lien avec cet accouchement, qu’est-ce que vous devez vous pardonner à vous-même (des pensées, des choses vécues avant l’accouchement, etc.) ?

Après avoir identifié tout cela, je vous invite à faire une petite visualisation avec une musique douce. Prenez le temps de vous déposer, d’accéder au calme. Puis, imaginez que ces idées-clés que vous avez identifiées sont replacées au bon endroit  : que vous envoyez dans le ciel les idées du point 1 (celles qui ne vous appartiennent pas), que vous recevez les idées du point 2 (comme si elles se replaçaient en vous à leur juste place) et que vous vous adressez à vous-même en vous regardant dans les yeux et en vous accordant le pardon à vous-même. Puis, lorsque tout ça est fait, accordez-vous un moment de douceur et de répit et profitez de cette paix avant d’ouvrir doucement les yeux.

Étape 3 :
Commencer à construire votre nouvelle expérience
• Qu’est-ce qu’un accouchement naturel aurait permis pour vous  ? Qu’est-ce qui aurait été possible si l’accouchement s’était passé tel que vous l’espériez  ? « J’aurais pu… », « J’aurais ressenti… », etc.

• En lien avec la question précédente, identifiez ce que vous auriez pu apprendre, vivre, ressentir grâce à un accouchement par voie basse. (Par exemple, le sentiment d’être forte/puissante, la confiance en soi, la naissance dans l’intimité, un lien précis avec votre conjoint et/ou votre bébé, etc.)

Encore une fois, listez tout ce qui vous vient à l’esprit sans vous juger ou vous censurer. Il s’agit ici d’identifier tout ce que « vous avez raté » en accouchant par césarienne.

Pour chaque élément identifié à l’étape 3, je vous invite maintenant à retrouver une situation de votre vie où vous avez vécu cela très fort (une situation par élément identifié). La situation importe peu, ce qui compte est que vous ayez pleinement expérimenté ce qui vous a fait défaut lors de votre accouchement.

• Puis, choisissez un geste simple facile à faire en toute circonstance (poser la main sur votre poitrine, joindre les mains, croiser ou pincer deux doigts, etc.). Ce geste va vous servir d’ancrage (on y revient dans quelques instants).

• Ensuite, installez-vous confortablement, fermez vos yeux et revivez un à un ces moments de votre vie. Allez-y un moment à la fois en prenant votre temps. Revoyez tout ce qui composait cette situation, entendez ce que vous entendiez alors (et ce que vous vous disiez intérieurement) et ressentez comment vous vous sentiez dans cette situation de ressource (vivez le wow  ! de ce moment). Lorsque vous sentez que vous êtes au summum de cette expérience, faites le geste choisi comme ancrage, et maintenez-le pendant 7-8 secondes. Vous venez de créer un nouveau chemin dans votre cerveau, un lien entre le geste et le ressenti que vous recherchez. Refaites cela pour chacune des idées identifiées à l’étape 3, avec le même geste. Le tout « empilé » ainsi un ressenti favorable par-dessus l’autre  devient en quelque sorte une espèce de cocktail positif…

• Finalement, je vous invite à activer cet ancrage (à faire le geste), puis, en le maintenant, repensez à votre césarienne. Revivez ce moment tel que vous le portiez jusqu’alors dans vos souvenirs. Comment ça se passe ? L’objectif est que vous puissiez repenser à ce moment de votre vie, mais sans la charge émotive d’avant. L’expérience devrait être plus légère.

• Si vous sentez que c’est un peu mieux mais qu’il semble manquer encore quelque chose, identifiez ce que ça peut être (comme à l’étape 3). Cela signifie que vous avez peut-être oublié une chose importante. Lorsque vous avez identifié ce nouvel élément, refaites l’étape 4. Puis, repensez à votre accouchement en activant l’ancrage pour voir si ça va maintenant.

Et si la charge émotive demeure ?
Si vous sentez que quelque chose subsiste après avoir franchi les quatre étapes que je vous ai proposées, il est possible qu’il y ait d’autres éléments importants qui soient présents derrière cet enjeu de césarienne. Parfois, l’origine est plus profonde que cet accouchement-là. Il arrive souvent que des histoires passées dont les mamans n’étaient pas conscientes aient besoin d’être guéries. Donc ce qui est à transformer n’est plus tant le vécu de la césarienne elle-même que tout ce que cela soulève et qui était déjà présent en vous.

Dans ces cas, la résolution du deuil passe par l’intégration de ces autres aspects importants que le deuil fait émerger. Par exemple, j’ai rencontré des mamans dont la césarienne a permis, en fait, de faire la lumière sur leur propre naissance qui avait été difficile pour elles. Ou sur des expériences éprouvantes qu’ont pu vivre leurs propres mères alors qu’elles les portaient. Ou sur des accouchements traumatiques qu’avait vécu leur mère ou leurs grand-mères avant elles. Il arrive souvent que ces mémoires, qui n’étaient en fait qu’enfouies, se sont réactivées lors de moments de vie très forts comme celui de la naissance de votre enfant. Un peu comme si l’accouchement était un projecteur tourné sur ce bout de votre histoire familiale et personnelle qui a besoin d’être transformé. Dans ce cas, il peut être fort aidant de recourir à l’accompagnement d’un professionnel pour compléter ce que vous venez de faire. Et alors, accompagnée avec bienveillance, vous pourrez finalement terminer cette histoire importante de votre vie et débuter réellement un nouveau chapitre.


Annie Ève Gratton
Bedon Zen, Partenaire de La Source en soi

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Paru dans Moi Parent, Été 2019

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