Apprendre à souffrir

«Pauvre petit»… voilà la pire chose que l’on peut dire à un enfant! «Pôv ti pit», et tous ses dérivés, sont un enseignement à la victimisation. Un regard rempli de pitié sur un âge où en général le regard devrait pousser l’enfant à faire ses découvertes, à se tromper, à être frustré, à être déçu et non pas à attendre une approbation de pitié.
Par Martin Larocque

Puis, le plus difficile, laisser l’enfant dans ce sentiment afin qu’il fasse connaissance avec ces nouvelles parties de lui et qu’il apprenne à les ranger aux bons endroits dans sa tête et dans son cœur. Qu’il sache surtout comment s’en débarrasser. Mais si par hasard, pendant le processus, nous le regardons avec ce regard de parent au cœur ramolli par la douleur de son enfant qui n’est pas «hop la vie»; nous lui confirmons que son état est de celui qui attire l’attention des parents/adultes autour de lui. Et la vague d’amour qui suit un «Pôvre p’tit» est peut-être, pour l’enfant, plus intéressant que le difficile travail à faire avec lui même!? Donc pour le bambin troublé, de retrouver l’état de victime est le chemin à prendre en tout temps, car les parents facilitent (à tort) l’apprentissage des émotions dites de «souffrance». Je dis facilite et je pourrais dire aussi adouci, approuve (toujours à tort).

Il y a deux idées intéressantes ici. D’abord le pouvoir du regard parental et la force du mot difficile.

Le regard des parents
Tout le monde s’entend pour dire qu’il est difficile de s’aimer seul. Il y a un rôle plus que nécessaire chez l’autre. L’autre valide notre présence par différents gestes d’affections, d’amitié et d’amour. Le regard parental est la source où s’abreuvent nos enfants en pleine construction de leur estime. Au moment où ils bâtissent leurs confiances. Les enfants dépendent des regards parentaux. C’est là qu’ils s’accotent lorsqu’ils se sentent déstabilisés. Un regard absent, accusateur, ou rempli de pitié, n’aide en rien un enfant qui veut juste savoir s’il est toujours aimé compte tenu de la difficile situation.

L’enfant à besoin d’un regard d’amour, mais pas de pitié. Je sais que la culpabilité, l’ignorance de la nouvelle situation pour un parent, la douleur nous pousse à vouloir prendre le mauvais moment de l’enfant et de le transformer en moment heureux et rempli d’espoir. Mais cette vision à court terme sur l’éducation est le pire chemin à prendre. Il faut voir à long terme et lui permettre de se bâtir dans son entièreté en lui apprenant à souffrir et ainsi être plus fort seul. Je ne nous exclus pas de l’équation, nous, les parents. Je me demande si nous n’allons pas trop loin dans notre implication. Une présence qui pourrait avoir l’aire de dire à l’enfant; sans moi, tu ne peux pas t’en sortir.

Puis il y a le mot difficile. J’entends souvent des parents qui me le partagent avec un ton de voix qui fait presque rimer le mot avec «impossible» ou «je n’ai pas les compétences». D’abord, il faut savoir que difficile n’est pas l’annonce d’une fin d’activité. C’est une constatation. Point. Ce sera difficile. Comme ce sera bleu ou chaud. Difficile est un indice pour nous indiquer quel angle il faudra prendre avec ledit moment en question. Qui a dit qu’être parent était facile! Ben non! C’est difficile parce que tout est nouveau tout le temps. Mais attention, n’entendez pas ce mot comme la fin du plaisir. Au contraire! Difficile vous permettra de foncer la tête première avec votre instinct et votre confiance pour réaliser que vos compétences parentales «sont pas si pires que ça»! Eh oui! Nous avons tous de belles compétences parentales. Certains d’entre nous en doutent. Beaucoup ne le savent même pas. Et pourtant. Oui, vous avez tout ce qu’il faut pour ce monde étrange qu’est éduqué un enfant. Le frein réel n’est pas dans la difficulté des choses, mais bien dans la confiance! Qu’en est-il de cette confiance? L’obstacle premier réside dans notre confiance. Si nous travaillons à avoir confiance en nous, nous saurons inspirer cette même confiance à nos enfants même en moment de souffrance. Nous savons qu’ils s’en sortiront indemnes. Et si par hasard il s’écorche un peu… on est là! On essuie les larmes et on dit; go! Recommence!

Dernière chose; pas le droit de montrer que vous voudriez le faire à leurs places. Ça ne sert pas… croyez-moi, je parle d’expérience! Lorsqu’il était plus jeune, j’ai presque tout fait pour qu’ils passent doucement dans la souffrance et le résultat fût troublant. J’avais des enfants qui ne prenaient aucun risque sans ma permission, mon approbation et ma garantie qu’il n’y ait aucune douleur. Des enfants qui vivaient au travers mon regard. Oh la belle erreur. Rapidement, j’ai dû corriger le tir, car leur nature d’enfant demandait autre chose. Plus d’indépendance… de liberté. J’ai dû m’assurer que ma présence en serait une de coach et non pas de «bodyguard».

Qu’en pensez-vous?
Go les parents!


Martin Laroque
www.estimedesoi.ca


Paru dans Moi Parent, Printemps 2018

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