Attachement et césarienne
Lorsque l’amour prend son temps

Lorsque vous envisagiez votre accouchement, peut-être en aviez-vous une image presque idyllique? Court, peu douloureux, sans complications, si possible sans péridurale et avec votre amoureux zen à vos côtés. Comme dans les films, au final, vous vous retrouviez avec votre beau bébé rose dans vos bras, son regard plongé dans le vôtre… Or, après une grossesse plus ou moins parfaite, ça s’est terminé en césarienne. Le bonnet bleu sur la tête, le champ stérile, la salle de réveil… À cela peut s’ajouter un allaitement qui démarre plus difficilement. Adieu contrôle, adieu la naissance naturelle espérée. Voilà pour votre conte de fées.

Bien peu de futures mamans planifient de donner naissance à leur enfant par césarienne. Mais pour près du quart d’entre elles (23,2% des naissances avaient lieu par césarienne en 2009*), c’est ce qui se produit. Alors que chez certaines femmes, ce changement de plan souvent imprévu a apparemment peu d’impact, chez plusieurs autres, c’est une tout autre histoire.

La naissance est un moment fondamental de l’existence d’un humain, d’un couple et d’une famille. Cet événement était d’ailleurs souligné de manière très particulière dans les traditions de nombre de civilisations, qui la célébraient et l’accompagnaient par différents rites. Or, si dans notre société moderne le caractère sacré de la naissance semble de moins en moins présent, dans l’inconscient féminin, il demeure un moment où la femme vit et exprime sa puissance créatrice, où elle se confronte à sa propre douleur et à sa capacité à la dépasser, où elle découvre sa propre force afin de permettre la vie. Or, lorsque l’accouchement se termine en césarienne, cela court-circuite ce processus, cela modifie la manière dont la femme traverse cet important passage de femme à mère. Il n’est pas question ici de remettre en question le bien-fondé de la césarienne (chaque cas est unique), mais plutôt de prendre conscience avec beaucoup de bienveillance du deuil que ça peut faire vivre à la femme, ainsi privée de cette expérience initiatique de donner naissance par voie basse.

Il arrive fréquemment que ce deuil transforme les premiers moments avec le bébé. Alors qu’on s’attend, lorsqu’on fabrique un petit être humain, à tomber éperdument amoureux de lui dès le premier regard, on peut rester surprise si ce n’est pas le cas. Si en plus, la maman souhaitait ardemment allaiter et que cela s’avère difficile ou ne fonctionne tout simplement pas, alors la chance qui se présentait de se «reprendre» est perdue elle aussi! Ayant l’impression d’être seule à vivre cette réalité, isolée et fatiguée, le terreau est fertile pour la culpabilité…

Le coup de foudre?
Contrairement à ce qui est véhiculé, l’amour pour son nouveau-né ne se pointe pas toujours instantanément. La relation avec lui, comme toute relation, est à construire et évoluera avec le temps. Si pour certaines femmes l’attachement se fait d’emblée, il arrive fréquemment que l’apprivoisement prenne un temps, qu’il ne soit pas automatique. Les hormones sécrétées lors de l’accouchement contribuent à faire naître cet attachement, et lors d’une césarienne (si elle n’a pas ou peu vécu le travail actif avant la césarienne), la maman en est privée. Elle doit donc donner le temps à ce «cordon affectif» de se tisser, patiemment, petit à petit.

Parfois aussi, pour des raisons médicales, la mère et son enfant peuvent être séparés à la naissance, les privant des premiers moments de rencontre qui sont importants pour tisser le lien d’attachement. Souvent, dans ce cas, les parents reçoivent un flot d’informations, parfois complexes, qui font appel à la logique et au raisonnement. Or, pour ressentir l’attachement, il faut être en contact avec cette partie de nous qui ressent, qui se laisse porter, qui est intuitive. Lorsqu’on est inquiet ou bombardé d’informations, c’est assez difficile à faire… Ainsi, il est courant dans les cas où la santé de l’enfant a été préoccupante que cela prenne plus de temps pour installer le lien d’attachement entre les parents et leur nouveau-né.

Parfois aussi, ce petit être tout fripé est différent de ce que la maman avait imaginé. Alors qu’elle portait un enfant auquel elle a rêvé pendant plusieurs mois, à la naissance, elle fait la rencontre de l’enfant réel, qui peut être différent de celui qu’elle s’imaginait. Certaines femmes n’osent pas avouer qu’elles trouvent leur bébé moins beau qu’elles l’avaient espéré, voire même laid. Mais c’est pourtant fréquent!

Au retour à la maison, la maman vit encore de grands bouleversements. Après avoir fabriqué cet enfant pendant plusieurs semaines, elle compose maintenant avec une plaie à cicatriser, des montées laiteuses, des saignements abondants et un manque important de sommeil au moment où le corps a grandement besoin de récupérer. C’est aussi généralement à ce moment que les parents prennent conscience de tout ce qu’implique cette nouvelle vie à trois, qui peut être perçue comme très lourde de prime abord… Ça fait beaucoup en une courte période!

Et alors, que faire?
Une césarienne est aussi un accouchement. Ce n’est peut-être pas celui dont vous aviez rêvé, mais c’est celui, unique, de votre enfant. Donc la première chose à faire si vous vous retrouvez un peu – ou beaucoup – dans cette histoire, c’est de faire preuve de bienveillance envers vous-même.

Il est important que vous trouviez un espace pour exprimer tout ce que vous vivez. Vous devez trouver une oreille attentive et accueillante pour parler sans tabou des craintes, des déceptions, de la colère que vous pouvez ressentir face à cette naissance qui n’est pas celle que vous aviez espérée. Vous avez le droit de vivre toutes ces émotions (oui, même les négatives!). Ne remettez surtout pas en question la légitimité de votre peine, de votre fatigue, de vos doutes.

Il peut aussi être une bonne idée d’obtenir un accompagnement professionnel pour traverser ce deuil et établir un lien de qualité avec votre bébé. Parfois, nous avons besoin d’outils lors de moments charnières de notre vie, afin d’intégrer sainement ce que l’on a vécu de manière à ce que cela fasse partie de notre histoire sans pour autant demeurer chargé émotionnellement. Pour retirer les apprentissages que fait vivre l’épreuve sans rester prise avec l’amertume. Certains professionnels peuvent même vous permettre de reconstruire votre expérience subjective de l’histoire de votre accouchement de manière à ce qu’elle soit supportante plutôt que limitante (un coach PNL peut notamment le faire, et un ostéopathe peut vous permettre de vous libérer des blessures que votre corps porte, qui parfois peuvent résulter d’émotions non exprimées).

Par-dessus tout, faites confiance à votre capacité à traverser cette épreuve. Oui, c’est difficile, et la vie vous met à rude épreuve sur ce coup-là. Mais là, devant vous, il y a assurément de grands bonheurs qui vous attendent. Votre bébé, tout comme vous, est résilient et saura s’adapter à ces défis qui font partie de votre vie. Ce n’est pas parce que l’attachement aura pris du temps qu’il ne sera pas de qualité. Même si l’accouchement n’a pas été idéal, même si les premiers moments de votre vie avec bébé n’ont pas été aussi satisfaisants que vous l’auriez espéré, l’expérience que vous faites de votre propre vulnérabilité et votre capacité à prendre en mains votre propre bonheur est un cadeau que vous vous faites pour le reste de votre vie, et un enseignement d’une valeur inestimable pour votre enfant.


Annie Ève Gratton
Bedon Zen
Partenaire de La Source en Soi
www.bedonzen.com
514 216-8790
lasourceensoi.com

Annie Ève est spécialisée auprès des parents qui vivent un deuil périnatal ou une grossesse après un deuil périnatal. Après avoir coanimé pendant près de cinq ans le groupe de soutien Les nouveaux rêves de l’Hôpital Pierre-Boucher, destiné à cette clientèle, elle a créé BedonZen en réponse aux besoins nombreux, méconnus et sous-estimés des parents vivant le deuil périnatal. Elle est également praticienne en préparation affective à la naissance et fait partie de l’équipe de La Source en Soi.

• Membre de l’Association RITMA (Regroupement des intervenants et thérapeutes en médecine alternative)
• Membre de la SICPNL (Société internationale des coachs PNL)
• Reçus disponibles en naturopathie
Sources: Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)


Paru dans Grossesse, Hiver 2017

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