Le cercle de la culpabilité, un prix chèrement payé

Au plus profond de nous-mêmes, chacun a le sentiment de vivre dans le manque et se sent coupable. Nous voyons ces mêmes manques chez notre conjoint et des pensées de jugement, de comparaisons et d’attaque peuplent alors notre esprit. Mais quelles sont les conséquences de ces jugements?
Par Hélène Renaud et Michel-Jacques Bergeron

Inconsciemment, ceux-ci augmentent notre sentiment de culpabilité et notre désir de culpabiliser l’autre. Puisque culpabilité égale punition, nous nous punissons nous-mêmes ou projetons notre culpabilité sur l’autre en le punissant et en l’attaquant par nos pensées et nos paroles ce qui provoque une grande confusion dans notre esprit et d’énormes conflits relationnels dans le couple.

Le cercle de la culpabilité
Lorsque nous ressentons la culpabilité, un cercle d’émotions enserre notre cœur comme un étau et si nous n’apprenons pas à reconnaître la source de ces émotions et à les faire disparaître, elles provoquent une peur si intense qu’automatiquement, pour ne pas ressentir la douleur qu’elles suscitent en nous, nous tombons dans un cycle de défense et d’attaque.

1. Chaque conflit naît d’un manque et la peur nous envahit
C’est la fausse croyance que nous pouvons attaquer l’essence de l’autre qui est source de toute culpabilité et qui parfois amène notre esprit à avoir des réactions plus ou moins étranges. Cette idée entièrement folle que nous pouvons entacher l’amour nous donne le sentiment d’être séparés et seuls au monde, établissant ainsi notre soi différent de l’autre. Avec ce sentiment d’être inadéquat, nous croyons que nous ne pouvons plus compter sur la protection de l’amour. Une peur immense nous envahit et nous sommes certains qu’il n’y a pas d’issue à notre problème. C’est pour cette raison que nous attaquons et que nous nous défendons.

2. La culpabilité est notre propre ennemi
Il est impossible de juger et d’attaquer sans se sentir coupable. Cette culpabilité engendre à l’intérieur de nous une haine de soi, mais surtout une haine de l’autre. Elle nous rend fous littéralement, ce qui fait qu’à ces moments nos actions sont empreintes de colère, de déception et parfois même de rage.

3. La peur de la punition
Il est aussi impossible de ressentir la culpabilité sans avoir peur de la punition. Paradoxalement, cette punition semble unidirectionnelle; n’être dirigée que vers l’autre, mais en réalité elle forme un cercle qui nous revient directement parce que notre esprit est un et sait qu’il fait mal. Nous n’avons qu’à nous rappeler dans notre enfance les petits délits que nous faisions et qui engendraient cette peur de la punition. Étant devenu adulte c’est le même principe. La peur de la punition devient la trame de fond de tout ce que nous vivons, disons ou faisons: nous ne sommes plus nous-mêmes, perdant notre «vraie identité» qui est d’être un être aimant.

4. Refoulement, répression ou déni
Ce trop-plein de souffrance devenant insupportable est refoulé ou dénié dans notre esprit et constitue la partie inconsciente de notre être. Le refoulement est un mécanisme d’oubli qui nous permet de continuer à vivre pensant que nous sommes sains d’esprit, alors que notre inconscient croit fortement à la culpabilité. Cette inconscience fait en sorte que nous ressentons des émotions que nous n’arrivons même pas à identifier. Comme dans une marmite, elles bouillonnent à l’intérieur de nous créant une pression et le couvercle peut exploser à tout moment.

5. Condamnation, projection et blâme
Lorsque la soupe devient trop chaude et que le couvercle est sur le point de sauter, nous nous tournons vers notre ego qui nous suggère de projeter notre haine à l’extérieur pour ne plus la ressentir. Nous projetons littéralement ce que nous haïssons de nous-mêmes sur notre conjoint oubliant qu’en projetant notre haine sur lui, nous la projetons sur nous, parce que l’autre n’est qu’un miroir de ce que nous sommes. En réalité, nous ne faisons que recycler notre haine, ce qui fait en sorte que nous nous sentons toujours de plus en plus vulnérables, ce qui accélère le cercle de la culpabilité en nous sans le faire disparaître.

6. La punition comme rachat de notre faute
La culpabilité appelle toujours une punition sous une forme ou sous une autre. La première punition que nous infligeons à notre conjoint est de le blâmer verbalement. Si l’idée de la culpabilité n’est pas abandonnée, jamais notre esprit ne sera en paix. La culpabilité garde le conflit vivant et crée un fossé, une séparation entre les conjoints. À l’inverse, abandonner notre croyance en la culpabilité nous libère et nous évite tous les malheurs qu’engendre la punition. Elle nous sort de l’esclavage de la peur.

Lorsque nous devenons conscients du cercle de la culpabilité, nous avons le pouvoir de changer de source dans la non-défense et de transcender notre peur en amour.


Hélène Renaud et Michel-Jacques Bergeron
Pédagogues, auteurs, formateurs et spécialistes des relations.
www.commeunique.com | 450.461.2401 | renaudhelene@commeunique.com


Paru dans Maternité, Automne 2017

Pin It on Pinterest

Share This