Changements corporels – 9 mois pour s’adapter

Neuf mois pour apprendre à vivre dans un corps qui peut sembler ne plus être le vôtre. Neuf mois pendant lesquels votre corps se modifiera rapidement, et de façon presque incontrôlable. Neuf mois pour lâcher prise sur ces changements.
Par Marie-Michèle Ricard

Une grossesse représente toute une adaptation pour le corps de la femme. Il suffit de regarder une vidéo en accéléré sur les changements corporels internes pour voir à quel point le corps doit s’adapter à l’arrivée graduelle de ce petit être. Fait intéressant, le corps sait ce qu’il doit faire de façon innée, il s’adapte de façon autonome. C’est inscrit dans ses gènes. Tout est simple, facile. La femme n’a qu’à se laisser bercer. Mais… est-ce aussi facile du point de vue psychologique?

Si, au plan interne (augmentation du flux sanguin, déplacement de certains organes, etc.), les changements sont acceptés plus facilement, pour celles dont l’image corporelle suscite insatisfactions et souffrance, ces changements peuvent être vécus très difficilement et même entraîner de l’anxiété et de la colère.

L’image corporelle est une représentation mentale qui englobe les pensées, jugements, émotions et sensations qu’une personne a face à son corps. De plus, cette image corporelle est le facteur le plus déterminant en ce qui a trait à l’estime de soi (plus que le poids réel!). Afin de maintenir (ou de développer) une bonne estime de soi, il importe donc de maintenir (ou de développer) une image corporelle positive.

S’adapter aux changements corporels
Chose certaine, une adaptation demande du temps. Permettez-vous d’appliquer certains de ces outils régulièrement, à votre rythme. Permettez-vous que cette adaptation soit difficile. Mais permettez-vous d’accepter votre corps, peu importe ses changements. Il est recommandé de pratiquer ces outils autant pendant la grossesse qu’après l’accouchement. •

• Bougez pour le plaisir!
Que ce soit en faisant une marche entre amis, avec votre chien, en jardinant, en suivant des cours de yoga, d’aquaforme ou en pratiquant n’importe quelle autre activité, pourvu qu’elle apporte du plaisir. C’est ce que ça veut dire «utiliser son corps à bon escient»!

• Prenez soin de votre corps
Prenez-en soin en apprivoisant vos sensations physiques de différentes façons : prendre un bain, se faire masser, faire une sieste. Lorsqu’on se sent bien physiquement, il est plus facile d’aimer son corps et d’en profiter.

• Écoutez les signaux que vous envoie votre corps
Soyez à l’écoute de vos besoins (fatigue, faim, satiété, plaisir, douleur, etc.) et répondez-y adéquatement, avec respect.

• Développez votre esprit critique
Restez critique à l’égard des images de corps parfaits véhiculées dans les médias. Ce corps n’existe pas. Les études le démontrent régulièrement. Moins de 5% des femmes (à l’échelle mondiale!) représentent cet idéal de façon naturelle. Les études le démontrent: la satisfaction de l’image corporelle de la femme pendant sa grossesse dépendra, entre autres, de sa capacité à se protéger contre les diktats de beauté. Les études ont même démontré que plusieurs femmes avaient une vision irréaliste du corps post-accouchement, étant influencées par des images irréalistes.

• Informez-vous des risques reliés au contrôle de votre poids
Le contrôle de l’alimentation est un facteur qui place la personne très à risque de développer des comportements malsains face à son poids et à son alimentation, et la place à risque de développer un trouble alimentaire. Qui plus est, ce contrôle augmente et maintient la préoccupation face aux insatisfactions corporelles.

• Portez des vêtements qui vous représentent
Choisissez des vêtements qui respectent votre style et dans lesquels vous vous sentez bien. Faites un don avec les vêtements trop petits ou trop grands contenus dans votre garde-robe. Le fameux jeans prégrossesse gardé post-accouchement pour vous rappeler à quel point votre objectif de perte de poids n’est pas atteint? Donnez!

• Concentrez-vous sur vos qualités
Misez sur vos qualités et les parties de votre corps que vous aimez plutôt que sur vos défauts et les parties que vous aimez moins. C’est tout à fait normal de moins aimer certaines parties de votre corps. Par contre, il est important de savoir axer sur les autres parties, que votre humeur et vos activités quotidiennes n’en soient pas affectées.

• Encouragez le respect des divers formats corporels
Impliquez-vous en signant la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée (www.jesigneeligne.com).

Si accepter votre corps vous semble impossible, si vous sentez que votre humeur est affectée par vos insatisfactions corporelles, si vous ressentez honte et culpabilité en mangeant certains aliments, si vous évitez certaines activités sociales pour éviter de vous montrer, ne restez pas dans l’ombre.

Développer une image corporelle saine est un apprentissage. Selon différents facteurs de risque, cet apprentissage peut être une tâche plus ardue pour certaines. N’hésitez pas à consulter des professionnels qualifiés et spécialisés dans le traitement des problématiques liées au poids, à l’image et à l’alimentation. Vous n’êtes pas seules. La satisfaction corporelle que vous développerez aura un impact presque direct sur le développement de l’image corporelle de votre enfant.
Vous avez tout à gagner!

Une image corporelle positive ou négative?
Manifestations de satisfaction corporelle (image corporelle positive)
• J’accepte mon corps
• J’aime mon corps en entier, avec toutes ses parties
• Je sais utiliser mon corps à bon escient
• Je traite mon corps avec respect
• Je prends soin de mon corps
Manifestations d’insatisfaction corporelle (image corporelle négative)
• Je n’accepte pas mon corps
• Je vois mon corps en parties (et non en un tout), et j’accentue les parties moins désirées (je ne vois que ça)
• Je passe du temps à vouloir modifier certaines parties ou encore à vouloir les rejeter
• J’éprouve de la honte, de la culpabilité ou de la haine à l’égard de mon corps
• Je ne reconnais pas les besoins de mon corps
• Je cherche à atteindre un corps qui n’est pas le mien

Plusieurs femmes essaient de se préparer mentalement en cherchant, souvent en vain, à quoi s’attendre comme changements lors d’une grossesse. Quel est le poids maximum à prendre? Quelles parties du corps changeront? Comment contrôler l’apparition de vergetures? Comment contrôler la prise de poids? Comment freiner la perte d’élasticité de la peau?

Il suffit de surfer un peu sur internet pour découvrir des moyens pour contrer les effets «indésirables» de la grossesse: «évitez de prendre du poids trop vite», «appliquez telle crème», «mangez des aliments diurétiques», faites ceci, faites cela. Bien que certains outils soient sains (hydrater la peau, ne pas rester au soleil trop longtemps, boire de l’eau), plusieurs visent à contrôler… l’incontrôlable!

Conséquence? Augmentation et maintien de l’insatisfaction corporelle, pouvant mener à des préoccupations et à une obsession face à l’image corporelle pendant et après la grossesse.

Vivre ces changements d’une façon plus sereine
Le corps s’adapte lors d’une grossesse… Eh oui, il change. C’est tout à fait normal. Assèchement de la peau, apparition d’acné et de taches brunes, gonflement des seins, brunissement des mamelons, apparition de vergetures, prise de poids. Certains changements sont temporaires, d’autres permanents. Certaines femmes vivront plusieurs changements, d’autres moins. Alors, comment vivre ces changements d’une façon plus sereine? En s’adaptant à votre corps. Le piège de plusieurs, c’est de tenter le contraire… tenter de faire adapter leur corps à leurs attentes. C’est bizarre à lire, n’est-ce pas? C’est malheureusement ce que plusieurs tentent, en contrôlant leur alimentation (jusqu’à se mettre à la diète pendant la grossesse), leur pratique d’exercice (qui peut devenir excessive), en achetant crèmes et gommages divers dont l’efficacité n’a jamais été prouvée scientifiquement.


Marie-Michèle Ricard, M.Sc., Ps.Éd.
Psychoéducatrice, psychothérapeute. Cofondatrice et copropriétaire de la clinique Imavi. Professeure au département de psychologie du Cégep de l’Outaouais.
www.imavi.ca / info@imavi.ca
www.facebook.com/cliniqueimavi / www.twitter.com/cliniqueimavi?lang=fr

Références:
– Cash T.F., (2008). The Body Image Workbook. Second Edition, A Eight-Step Program for Learning to Like Your Looks. New Harbinger Publications, Inc.
– Cash T.F., (2011). Cognitive-Behavioral Perspectives on Body Image. Body Image : A Handbook of Science, Practice and Prevention. Edited by: Cash TF, Smolak L., New York: Guildford Press, 39-47.
– Clark A, Skouteris H, Wertheim EH, (2009). My baby body: A qualitative insight into women’s body-related experiences and mood during pregnancy and the postpartum. Journal of Reproductive and Infant Psychology 27: 330–345.
– Duncombe D, Wertheim EH, Skouteris H, (2008). How well do women adapt to changes in their body size and shape across the course of pregnancy?. Journal of Health Psychology 13(4) : 503–515
– Fuller-Tyszkiewicz M, Skouteris H, Watson B.E., Hill B., (2012). Body dissatisfaction during pregnancy: A systematic review of cross-sectional and prospective correlates. Journal of Health Psychology, 18 (11), 1411-1421.
– Hodgkinson, E.L., Smith, D.M., Wittkowski, A. (2014). Women’s experiences of their pregnancy and postpartum body image: a systematic review and meta-synthesis. BMC, Pregnancy and Childbirth,14:330.
– Skouteris H, Carr R, Wertheim EH, (2005). A prospective study of factors that lead to body dissatisfaction during pregnancy. Body Image 2(4) : 347–361.


Paru dans Maternité, Automne 2017

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