Le choc gémellaire, pas juste pour les parents!

Un couple apprend qu’il va accueillir non pas un, mais deux bébés. Une puissante vague d’émotions déferle sur les futurs parents. Certains pleurent, d’autres rient de façon incontrôlée, mais tous s’entendent pour dire que c’est un choc. Un choc
pour eux… mais aussi pour l’entourage.
Par Karine Forget

Ce choc peut durer de quelques jours à quelques semaines, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, cela ne s’arrête pas là. Dans ma pratique d’accompagnante à la naissance, j’ai effectivement pu constater plusieurs types de twin choc et une variété impressionnante de réactions, tant pour les futurs parents de jumeaux que pour les gens qui les entourent; des grands-parents aux simples passants!

Le choc gémellaire positif
Pour certains couples, l’annonce de la grossesse multiple est une excellente nouvelle! Ces personnes vous diront que c’est un cadeau du ciel, d’autres que c’était ce qu’ils espéraient en secret. De plus, une bonne part des grossesses gémellaires est issue de traitement de fertilité, alors pour ces couples qui ont attendu parfois pendant 10 ans la venue de la Cigogne, et qui savaient que l’un des risques du traitement était la grossesse multiple, apprendre qu’ils vont avoir une famille complète d’un seul coup, c’est inespéré!

Le choc gémellaire négatif
Pour d’autres, s’il ne s’agit pas tout à fait d’une mauvaise nouvelle en soi, ce n’est pas non plus une bonne nouvelle. Surtout quand c’est spontané et que personne d’autre dans la famille n’a jamais eu de jumeaux. Le choc est d’autant plus fort quand on ne s’y attend pas et c’est dans ces moments, le plus souvent, qu’il est mal vécu. Ces couples, qui parfois ont déjà un, deux, voire trois, enfants, s’essayant pour un petit dernier, se retrouvent tout à coup avec une famille nombreuse! Certains de ces couples vivent même un véritable deuil puisque la grossesse gémellaire est considérée à risque, ils doivent dire adieu à leur suivi avec une sage-femme ainsi qu’à un accouchement en douceur et à domicile!

Mais dans un cas comme dans l’autre, alors que la maman a encore la bedaine enduite de gel à échographie, la première chose que ces parents se disent c’est: «Oh la la! Va falloir changer de maison, changer de voiture, tout acheter en double… Comment on va faire?»

Le choc des chocs
Jusqu’ici, pas de problème. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de réagir à une telle nouvelle et chacun, l’entourage y compris, le fait comme il le peut. On n’a pas à juger qui que ce soit. Le problème, c’est quand les chocs s’entrechoquent; quand l’entourage d’un couple qui attend des jumeaux vit son propre choc gémellaire en le projetant dans ses commentaires. Une maman heureuse de la nouvelle est souvent très choquée par des commentaires négatifs comme : « Je ne sais pas comment tu vas faire, moi je ne serais pas capable!» À l’inverse, la maman qui vit mal son choc peut être très perturbée par des commentaires positifs comme: «Wow! C’est vraiment une chance! Moi j’aurais tellement aimé ça…» Avant de faire un commentaire, il faut donc savoir à qui on parle. Un papa qui vit mal son choc sera réconforté par un simple «Tu vas être capable! Ça a l’air gros et ce ne sera pas facile. T’as le droit de ne pas trouver ça merveilleux.»

Au fil du temps
Il faut souligner aussi que le choc gémellaire n’est pas juste une affaire de quelques jours ou de quelques semaines. Il est sournois ce choc… il se cache pour mieux revenir! Alors qu’on pensait avoir passé par-dessus, que c’était chose du passé, il revient, par surprise, et ce, régulièrement, pendant au moins les six premières années des jumeaux. Pour ma part, mes jumeaux ont maintenant 7 ans et il m’arrive encore, une fois de temps en temps, d’avoir ce petit vertige qui me fait dire: «Oh mon Dieu! Y’en a deux.» Cela arrive souvent lors des passages importants et des transitions : le terrible two, l’apprentissage de la propreté, l’entrée à la garderie, l’entrée à la maternelle, etc. À l’approche de ces étapes, on réalise qu’on ne vivra pas ces passages-là comme tous les autres parents; que nous, on aura un petit challenge de plus. C’est aussi ça, le choc gémellaire!

À la lumière de tout ceci, si jamais vous rencontrez une maman de jumeaux un jour, commencez donc par lui demander «Pis toi, comment tu prends ça?» Vous pourrez ensuite ajuster vos commentaires indépendamment de votre propre choc gémellaire.


Karine Forget
Accompagnante à la naissance, spécialisée en grossesse gémellaire
Membre du corps professoral de l’école de formation périnatale La venue de la cigogne
Membre du CA de l’AQAN
karine@maisoncybele.com


Paru dans Maternité, Été 2017

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