Choisir nos batailles «alimentaires»

Choisir nos batailles «alimentaires»

Comme on s’en met de la pression pour bien nourrir nos enfants! On veut qu’ils mangent leurs légumes. On se casse la tête quand ils ne boivent pas assez de lait. On se soucie de leur croissance et on veut s’assurer qu’ils mangent ­suffisamment. On fait tout pour que leur ­alimentation soit ­équilibrée. Et si la solution consistait à en faire moins plutôt que plus? Voici deux ­batailles que je vous ­propose  d’abandonner.
– Par Stéphanie Côté

Cessez de vous battre pour qu’ils mangent leurs légumes
Aimer la saveur sucrée est inné chez les enfants. Aimer l’amertume, c’est moins évident. De plus, la majorité des enfants résistent naturellement à la nouveauté. Cela explique que beaucoup d’enfants n’aiment pas les légumes qu’on leur présente au premier essai, ni au deuxième et peut-être même pas au dixième essai non plus! Apprécier les aliments peut prendre du temps. Pour les découvrir et en venir à les aimer, les enfants utilisent leurs cinq sens. Ils les regardent, les sentent, les touchent et les écoutent même, quand ils finissent par croquer dedans. Il n’est pas nécessaire qu’ils goûtent aux aliments à tout prix dès la première fois.

Bref, évitez de forcer un enfant à manger certains aliments, même à y goûter. La pression diminuera l’attrait de l’aliment et le plaisir que l’enfant va y associer. Pour lui donner plus de chance d’apprécier certains aliments, dont les légumes, il faut tout d’abord en mettre souvent dans son assiette, puis en manger devant lui avec enthousiasme. Sa curiosité finira par l’emporter!

Vous pouvez évidemment intégrer de la purée de légumes ou de légumineuses dans du pâté chinois ou un autre plat que votre enfant aime. L’astuce du camouflage peut faire en sorte que votre enfant mange une plus grande variété d’aliments, mais elle ne lui permettra pas de les «apprivoiser». Souvenez-vous que les enfants apprécient les aliments qu’ils connaissent. Et que pour les connaître, ils doivent les reconnaître et y être exposés souvent.

Lâcher prise sur la consommation de légumes signifie arrêter d’en faire un combat quotidien. Votre patience continuera à être mise à profit (ou à l’épreuve!).

Cessez de vous battre pour qu’ils vident leur assiette
L’heure des repas peut prendre une tournure désagréable quand il faut se « battre » avec notre enfant pour qu’il mange ou vide son assiette. Bonne nouvelle: vous n’avez pas à le faire. L’enfant naît avec l’aptitude de savoir quand il doit manger et quand il doit arrêter de manger. Autrement dit, il est en mesure de reconnaître et respecter ses signaux de faim et de satiété. Il peut conserver ce précieux réflexe en vieillissant si on l’encourage à le faire. Pour cela, il faut le laisser décider de la quantité d’aliments qu’il mange.

L’appétit d’un enfant varie de jour en jour et même au cours d’une journée. Il est le mieux placé pour savoir quelle quantité d’aliments manger. Après tout, c’est lui qui est en contact avec son ventre! Ainsi, il faut éviter de lui dire «vide ton assiette si tu veux du dessert», «finis ton repas avant d’aller jouer» ou toute autre parole qui aurait pour effet de le forcer.

De la même façon, il ne faut pas restreindre un enfant lorsqu’il mange. Le rythme de croissance de chaque enfant est unique, tout comme son appétit et sa silhouette. Encouragez-le à prendre conscience de ses signaux de faim et de satiété en lui parlant des gargouillis, du ventre plein, du fait qu’on trouve que les aliments sont moins savoureux quand on n’a plus faim, etc. Rassurez-le en lui disant que la collation ou le prochain repas viendra bientôt et qu’il n’aura pas le temps de mourir de faim.

Arrêtez d’exiger la perfection de l’alimentation
Tous les aliments peuvent faire partie d’une alimentation saine et équilibrée. Même les aliments moins nourrissants, à l’occasion. Ainsi, un morceau de gâteau, des biscuits, des frites ou des bonbons de temps à autre ne gâchent pas tous les efforts que vous faites pour offrir le meilleur à votre enfant. De même, ne vous inquiétez pas trop vite de ce que mange ou ne mange pas votre enfant. Il se peut que votre enfant mange peu, qu’il ne mange aucun légume ou qu’il ne boive presque pas de lait à un repas ou durant quelques jours.

Rassurez-vous. On évalue l’alimentation sur une période de deux ou trois semaines et non sur un repas ou une journée. Dans le doute, ou si une préoccupation perdure, vous pouvez consulter une nutritionniste.

Quoi, quand, comment
En résumé, on retient que comme parents, on doit s’assurer de fournir des aliments de qualité en quantité suffisante selon un horaire régulier, et de manger en famille le plus souvent possible. Les bons repas que vous préparez, le bon exemple que vous donnez et le climat agréable que vous tentez d’installer aux repas feront en sorte que votre enfant développera le plaisir de bien manger.


Stéphanie Côté
Nutritionniste
www.nospetitsmangeurs.org


Paru dans Bébé, Été 2012

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