S’offrir des bulles d’air ou quand maman prend du temps pour elle!

En terminant mon texte du dernier numéro d’automne sur la zone d’inconfort permanente dans laquelle je me trouve depuis la naissance de ma fille qui aura 2 ans cet hiver, j’ai effleuré le fait que je devais réellement me retrouver comme femme. M’occuper de moi. En effet, je me sens perdue. Tellement cliché comme sujet vous me direz! «Tout le monde en parle! C’est normaaaaaal!»
Par Nathalie Lauzon

Oui, surtout qu’il y a peu de temps je donnais des conférences des suites de la publication de mon deuxième livre Je suis belle, et vous? Le défi de s’aimer une semaine à la fois et que je me sentais au-dessus de mes affaires en pensant que j’avais ma vie en mains et savais m’occuper de moi! Well well, je devrais sans doute relire ce magnifique livre, qui fait état de ma beauté intérieure, qui m’a appris à me voir avec un grand V sans le regard des autres et m’a aussi grandement aidé avec mon estime personnelle. J’avais appris à me solidifier de l’intérieur. À m’accueillir dans le moment présent. À ne pas juger comme bien ou mal ce que je vivais. Comme quoi tout ceci est bien fragile et que la venue d’un enfant peut bouleverser notre vie et nous forcer à se re-re-trouver parfois.

J’ai juste envie de ventiler dans ce texte. Me parler à moi-même. Me comprendre. M’arrêter. Je vous amène dans ma tête qui spinne. Je vous embarque avec moi!

J’aime dire «qu’on n’est jamais perdu bien loin», que le brouillard peut nous donner l’impression d’être égarées ou aveuglées, mais que tout peut revenir relativement rapidement quand on trouve ce qui nous fait du bien ou que l’on parle à la bonne personne!

Du temps pour soi… c’est quoi ça?
Bon. Je prends des journées de congé pour m’occuper de moi à l’occasion et j’amène la petite au CPE pour la journée. Au début, c’était insoutenable. J’ai même déjà quitté en plein milieu d’un film au cinéma en après-midi, car la culpabilité était trop grande. Je n’arrivais pas à me concentrer et me pardonner de laisser ma fille à des éducatrices, alors que je me payais du temps seule au cinéma. C’était souffrant en dedans! Vous comprenez? Dernièrement, j’ai réessayé de le faire, puis j’ai réussi, j’ai regardé le film au complet et j’ai même dévoré un gros popcorn!

Non, mais pourquoi est-ce si difficile de m’occuper de moi? Je ne me reconnais pas, moi la femme libérée, féministe, carriériste, je suis devenue une «maman poule toute molle»!

Mon chum est militaire réserviste et a des activités chaque mardi soir, et part parfois des fins de semaine complètes en exercice. Au début, je chialais de ses absences, mais avec le temps, j’aime finalement bien mes mardis soirs seule à ne pas devoir négocier la télécommande ou tout autre sujet. J’avoue par contre que les fins de semaine sont plus difficiles et je ressens souvent de l’amertume, de la colère «Non, mais il exagère! Et moi? Quand est-ce que j’en ai, des breaks, hein? Quand?»

Bon, si je me «thérapise» un peu et me demandant «Pourquoi je ne suis pas capable de prendre des soirées pour moi alors que mon chum en prend plusieurs et qu’il m’encourage à faire la même chose? Pourquoi?»

En effet, voici un échange typique chez nous:
– «Toi tu sors tout le temps et ça ne semble pas te déranger? Moi aussi je veux sortir!»
– «Oui ma chérie, sors, vas -y!»
– «Ok, mais je ne sais pas quoi faire… où aller… qui voir… les horaires ne fonctionnent plus…»
– «Trouve et vas-y!»
«…»

Bon. Bouche bée. Je ne sais même plus ce qui me passionne, je ne sais même plus ce dont j’ai envie MOI.

Des «bulles d’air» à l’agenda
Je jasais avec une amie qui a élevé ses 3 enfants, seule, nous parlions du fait que je ne prenais pratiquement pas de temps pour moi. Elle m’a dit «Tu dois te prendre des bulles d’air», euh, des quoi? «Des bulles d’air!» Un peu comme quand on nage sous l’eau, un temps d’arrêt hors de l’eau, un temps de respiration, de pause. «Tu dois te mettre à l’horaire, te booker des activités dans ton agenda, tu dois les planifier.»

Écoutez, on penserait que c’est évident, que tout le monde le sait, que tout le monde le dit depuis toujours, que c’est cliché, que tout le monde en parle, que ce devrait dont être simple, voyons! Mais «maudine», quand c’est toi qui le vis, c’est freaking dur! Je n’y arrive pas facilement. Pas encore du moins…

Je vous entends le dire «Pour être une meilleure mère, il faut que la maman s’occupe d’elle en premier». Oui, oui, comme en cas d’urgence dans un avion, on met son masque d’air en premier avant de le mettre sur les autres! Je le comprends avec ma tête, mais mon corps et mes actions ont du mal à aller de l’avant. Je me sens prise dans un gros bain de «gomme de pin», incapable de sortir. J’entends plusieurs réponses possibles en dedans de moi (je les partage ici courageusement, car bon, je me juge aussi sur certaines):

– Je crois que je suis la meilleure personne pour m’occuper de ma fille et de ses besoins de base.
– J’aime l’état de victime que la situation avec mon chum occupé me procure «Pauvre toi, ce n’est pas drôle, ce ne doit pas être facile d’être seule».
– Dans l’équation des efforts, l’énergie que ça me prend pour sortir, m’arranger et me rendre au lieu de l’activité, ça n’équivaut pas au plaisir que j’ai à passer du temps avec ma fille en pyj!
– J’aime ma fille et j’adore passer du temps avec elle. Elle m’émerveille, me fait rire, j’adore apprendre à la connaître et être en sa compagnie. J’aime apprendre à devenir une maman, donc pourquoi je partirais? Right.
– Je suis tout simplement épuisée à la fin de la journée, je veux juste me reposer, je ne feel pas pour sortir. (Pourtant quand je sors faire de la peinture, comme une paint night, je reviens super énergisée ensuite!)

Bon, c’est dit!

J’ai amené tout ceci à ma conscience et je dois me prendre en main, car oui, ça me fait du bien de sortir et m’occuper de moi. J’ai confiance en mon chum, il est un excellent papa et s’il n’est pas disponible, je demanderai à une «petite gardienne» ou à mes parents.
Je dois aussi apprendre à demander. Demander de l’aide. Demander des solutions! Demander à l’Univers! Demander à la vie! Les réponses viennent souvent rapidement quand je me permets de le faire. Apparemment, la vie envoie toujours ce qui est parfait pour notre cheminement. «Si la vie nous l’envoie, c’est que nous pouvons passer à travers, allez hop!»

Quand je retombe dans un moment difficile, surtout l’hiver, c’est pire, je me rappelle que je dois avoir confiance en la vie. Que tout ce que je vis de difficile en ce moment m’amènera quelque part de merveilleux. Que tout ceci n’est que temporaire. Et que si je m’écoute, que j’ouvre les yeux, que je demande, je verrai des bulles d’air s’ouvrir à moi. C’est maintenant à moi de les attraper!


Bulles d’air pour mamans «à boutte»
• Dans le présent, maintenant
• Dépose tes pieds à plat sur le sol
• Respire profondément par le nez, 3 longues fois
• Sens ton énergie dans toutes tes parties du corps, une à la fois
• Respire encore profondément
• Arrime ton rythme cardiaque au son de ta respiration
• Pense au mot «gratitude»
• Prends conscience de comment tu te sens
• De quoi aurais-tu besoin en ce moment?
• Écoute la réponse à l’intérieur de toi
• Prends une petite action pour concrétiser la réponse à ton besoin

Des activités simples pour me retrouver
• Ne pas aller sur Facebook pour quelques heures/jours (je me mets au défi!)
• Faire de la photo avec le cellulaire. Autour de moi, capter les ombres, les lumières, les textures, m’arrêter.
• Me trouver un temps méditatif dans un coin de la maison avec des chandelles, de l’encens et une musique douce.
• Sortir dehors quelques minutes pour respirer l’air frais.
• Écouter de la musique ou un «balado» dans la voiture, seule.
• Partir sur un petit roadtrip dans la ville d’à côté.
• Marcher en nature et m’arrêter pour toucher aux arbres.
• Manger moins de glucides (pain, patate, pâtes, riz, craquelins!)
• «Gosser» avec mon matériel de bricolage ou faire de la peinture dans le coin «art» de la maison.
• Regarder une émission de télévision qui me fait rire.
• Regarder un film de filles.
• Cuisiner en suivant une recette.
• Aller dans le garage et faire du ménage.
• Pelleter la neige dans l’entrée.
• Organiser des soirées peinture avec des copines à la maison (il existe plusieurs tutoriels gratuits en ligne).
• Courir ou marcher dans le quartier, seule.
• Manger du chocolat.
• Danser dans le salon quand les enfants sont couchés!
• Aller jaser avec une amie.
• Regarder une exposition d’art extérieure.
• Patiner, glisser, skier!
• Écrire tout ce qui me passe par la tête, écrire, écrire, écrire… sans me censurer!

Ahhhh! Je me sens déjà mieux. J’ai mis des mots sur mes besoins et sur ce que j’aime.


Du coeur au ventre – le livre
Au printemps dernier, je publiais Du cœur au ventre – Histoires de grossesse. Parmi les mamans qui ont accepté de se confier, Guylaine Guay.

«La grossesse, c’est vraiment comme l’ultime don, selon moi. C’est le don de soi, extrême! Ça sépare la vie en deux: il y a «avant» les enfants et «après» les enfants.

Ça change tout, TOUT. La grossesse, ça change ton corps, ça change ton cœur, ça change ton âme. C’est vraiment un voyage au bout de toi-même, et au bout de toi-même, il y a quelqu’un d’autre.

Ben oui, mais c’est la vérité. Parce qu’après, tu n’es plus jamais seule. Et même si quelqu’un perd son enfant – j’ai une amie qui a perdu un enfant il y a quelques années –, il est toujours là, dans son cœur et dans ses souvenirs. Tu n’es plus jamais la même personne quand tu as mis quelqu’un au monde. Même quand tu le donnes en adoption… Ce n’est plus pareil, tu as donné la vie.

{…} La vie n’est plus pareille. Il va falloir que tu travailles pour nourrir quelqu’un d’autre que toi. Tu vas aller dans des réunions de parents! Tu ne seras plus toujours en train de penser: «Qu’est-ce que je vais mettre pour sortir vendredi soir?» parce que… tu ne sortiras pas vendredi soir! »

– Guylaine Guay


Nathalie Lauzon
Photographe et auteure
www.nathalielauzon.ca | info@nathalielauzon.ca


Paru dans Maternité, Hiver 2018

Pin It on Pinterest

Share This