Conciliation travail-famille - Une question d'équilibre

Conciliation travail-famille – Une question d’équilibre

Que l’on soit entrepreneure, monoparentale, mère d’un bébé ou d’enfants d’âge scolaire, que l’on soit en couple avec un conjoint coopératif ou qui s’absente souvent, la plupart des mères jonglent avec deux enjeux: le travail et la famille. Comment trouver l’équilibre?
-Par Marie-Josée Gaudreau

Tout semble souvent plus facile pour les autres, mais toutes les femmes (ou presque) sont confrontées aux mêmes problèmes lorsqu’elles sont mères de famille et qu’elles occupent un emploi. La solution: s’organiser. Oui, mais en adoptant des solutions qui nous conviennent, car ce qui fera l’affaire de l’une ne fonctionnera pas nécessairement pour l’autre.

Dans son livre Simplifier sa vie de parent, l’auteure, Francine Ferland, souligne que plusieurs souhaitent être à la fois des parents parfaits, des travailleurs efficaces et des spécialistes de l’entretien de leur maison. Selon elle, cette obsession de la perfection ajoute du stress à leur vie quotidienne. Il est vrai que nous sommes submergés par une panoplie de renseignements provenant de nombreux spécialistes. D’ailleurs, Mme Ferland ajoute que ceux-ci proposent diverses méthodes éducatives nous laissant croire qu’il y a moyen d’être un super-parent. Marianne Roberge, conseillère en conciliation travail-famille et propriétaire de l’entreprise KOEVÄ, abonde dans le même sens. Selon elle, il s’agit avant tout d’une question de société. Les médias jouent aussi un rôle puisqu’ils nous montrent de quoi devrait être composée une vie normale. «Il faudrait être capable de s’offrir de belles vacances en famille, de partir dans le sud. Il y a tout ce que le monde et la société reflètent, mais aussi tout ce que nous nous mettons comme pression. Ça devient difficile, car on ne dissocie plus la réalité de ce que nous souhaitons vraiment et de ce que les autres perçoivent de nous.» D’ailleurs, c’est pour cette raison que ce qui se passe chez le voisin devient souvent notre modèle. Selon Marianne Roberge, nous devrions plutôt nous assurer de vivre une vie en fonction de nos besoins, quitte à laisser certaines choses de côté si elles ne nous conviennent pas.

En fait, ce qui pose problème dans la conciliation du travail et de la famille, c’est l’harmonisation des exigences et des responsabilités de ces deux grands pôles d’activité. «D’ailleurs, il a été démontré que des niveaux élevés de stress au travail ont souvent des effets négatifs sur la relation avec les enfants: cela rend les parents distants, inattentifs et non disponibles sur le plan émotionnel. De même, des niveaux élevés de conflit et de stress à la maison peuvent nuire au rendement au travail », voilà ce qu’on peut lire dans l’ouvrage de Mme Ferland.

Trucs et conseils pour concilier travail-famille
Évidemment, comme nous sommes souvent travailleuses à temps plein et parent pratiquement à temps plein, il faut savoir établir ses priorités, et ce, autant en ce qui concerne l’organisation des tâches domestiques que du temps que l’on souhaite prendre pour soi. Toutefois, comme le souligne la conseillère en conciliation travail-famille, il y a des incontournables, des tâches qu’on ne peut pas mettre de côté. «Il faut se nourrir trois fois par jour, donc on peut s’organiser et cuisiner quelques repas à l’avance, faire affaire avec des traiteurs qui offrent maintenant de la nourriture style maison et qui peuvent nous dépanner quand nous avons des semaines plus chargées.» En ce qui concerne les tâches domestiques, elle suggère d’impliquer les enfants et le conjoint. «À partir de deux ans, les enfants peuvent commencer à avoir des petites responsabilités. Plus on va leur apprendre lorsqu’ils sont jeunes, plus il sera facile pour eux de garder de bonnes habitudes.» Elle ajoute également qu’il est important de pouvoir compter sur un bon réseau de gardiennage. Outre le site de SOS garde, les voisins peuvent aussi être de bons alliés puisqu’ils peuvent nous donner le nom de personnes de confiance pour garder nos enfants.

Que l’on soit mère célibataire, mère entrepreneure, mère d’enfants d’âge scolaire, etc., il est important de conserver une attitude positive. «En ayant cette vision, nous allons être plus enclins à trouver des solutions à des problèmes et nous aurons la capacité de modifier des comportements ou des habitudes que nous avons», explique Mme Roberge.

Plus spécifiquement, elle propose aux mamans entrepreneures de déterminer leurs objectifs de carrière ou d’entreprise. Est-ce qu’elles le font seulement pour le plaisir, pour obtenir un revenu d’appoint ou pour que leur entreprise prenne de l’expansion? Selon elle, il est très important de se poser cette question puisque ce travail peut devenir très exigeant. Il importe aussi de déterminer son espace de travail ainsi que le temps que l’on a l’intention d’accorder à son gagne-pain. En ce qui concerne les mères monoparentales, elle affirme que cette situation demande beaucoup d’organisation. «Il faut essayer d’avoir un bon réseau, savoir qui peut nous aider dans telle situation. Il ne faut pas hésiter à aller chercher des ressources.» Elle propose à ces mères d’avoir recours à l’échange de services. Quant à celles qui ont de jeunes enfants et qui recommencent à travailler, elles doivent lâcher prise sur le ménage, sur des éléments qu’elles jugent moins importants. Si le conjoint travaille beaucoup, elle suggère de voir avec lui de quelle façon il peut s’impliquer lorsqu’il est présent.

Retour au travail après un congé de maternité
Souvent, les mères trouvent difficile de retourner travailler après un congé de maternité. Elles se sentent coupables de laisser leur enfant à la garderie et de passer beaucoup moins de temps avec eux. Marianne Roberge conseille de prendre cela un jour à la fois, de se donner le temps de reprendre le rythme. Elle croit aussi qu’il est important de faire confiance au milieu de garde qu’on a choisi, et ce, même si ce n’est pas toujours évident de laisser notre enfant entre les mains d’une personne qu’on ne connaît pas. «Il faut se fier à notre sixième sens. Quand ça clique avec l’éducatrice, nous le savons.»

Et les milieux de travail?
De plus en plus d’entreprises offrent des mesures pour faciliter la conciliation travail-famille à leurs employés, mais il reste encore du travail à faire. Selon Marianne Roberge, les employeurs comprennent très bien la réalité des employés, ils sont ouverts, mais il s’agit souvent d’un élément complexe à gérer puisque s’ils acceptent un certain aménagement pour un, ils se demandent s’ils devront l’accepter pour tous. «Quand on s’assoit avec les employeurs, qu’on prend le temps de déterminer ce qu’il est possible de faire et dans quel cadre, on réussit à résoudre la problématique», explique Mme Roberge. Il y a d’ailleurs un programme de soutien financier du ministère de la Famille dont les entreprises peuvent se prévaloir afin de concrétiser les mesures qui sont permises dans leur milieu de travail.

Quelle est la meilleure façon de demander un aménagement à son employeur? Mme Roberge croit qu’il faut, dans un premier temps, identifier son besoin. Il est aussi important de se mettre dans la peau de son employeur. «Par exemple, si je lui demande de faire des semaines de quatre jours, qu’est-ce que ça va impliquer dans sa gestion? Est-ce que je devrai faire le travail que je fais en quatre jours au lieu de cinq? Est-ce qu’il va devoir engager quelqu’un d’autre?» Elle propose aussi de demander un rendez-vous formel et non pas d’aborder le sujet en le croisant dans le corridor; il est aussi important de lui laisser le temps de réfléchir, donc ne pas exiger une réponse immédiate. Dernier point: réfléchir à ce que nous allons faire si jamais il refuse.

Astuces pour s’en sortir

  • Se lever plus tôt: cela peut paraître difficile, mais en changeant graduellement notre rythme, on peut y arriver. Si l’on choisit de sortir du lit une heure avant les autres, on le fait par étape, par exemple, en programmant son réveil 15 minutes plus tôt les premiers jours.
  • Préparer les vêtements pour toute la semaine: eh oui, pas seulement ceux du lendemain, car vous devrez le faire chaque jour et ce sera une tâche de plus. En sortant les ensembles pour nous et les enfants, on n’a qu’à en choisir chaque matin. Les petits peuvent même participer.
  • Gagner du temps: En repérant dans les environs de notre lieu de travail, les commerces qui pourraient nous être utiles (nettoyeur, boulangeries, pharmacies, etc.). En y allant le midi ou le soir en sortant du bureau, on gagne du temps sur les tâches quotidiennes. En utilisant Internet aussi, que ce soit pour faire des achats, réserver des billets, payer des comptes, etc.
  • Entretenir son réseau: Il est toujours important d’entretenir des relations, donc de consacrer du temps à son réseau professionnel. On ne sait jamais à quel moment on en aura besoin. Donc on prévoit des rencontres à l’extérieur régulièrement pour échanger, se tenir au courant.
  • Faire des listes: Cela nous permet de mettre les choses à faire sur papier plutôt que d’essayer de les garder en tête. Pour éviter que cela devienne un facteur de stress, Marianne Roberge propose d’en rédiger plusieurs petites, mais à thèmes. «On peut faire des listes avec des codes de couleurs aussi et inscrire ce que nous avons à faire par priorité. Cela nous permet de voir ce qui est plus urgent, ce qui peut attendre à plus tard et ce qu’on est capable de déléguer. On peut aussi utiliser des agendas sur le frigo. De cette façon, tout le monde voit ce qu’il y a à faire.»

Marie-Josée Gaudreau

Sources:
Francine Ferland, Simplifier sa vie de parent, Éditions du CHU Sainte-Justine, 84 pages
Marianne Roberge, Conseillère en conciliation travail-famille et propriétaire de l’entreprise KOEVÄ, http://koeva.ca/


Paru dans Bébé Automne 2013

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