Déficit d'attention, manque de concentration et d’autocontrôle - Ne sautons pas trop vite aux conclusions!

Déficit d’attention, manque de concentration et d’autocontrôle
Ne sautons pas trop vite aux conclusions!

Bien que les enfants fréquentant nos milieux de garde soient généralement encore trop jeunes pour qu’on puisse établir un diagnostic de déficit d’attention avec ou sans hyperactivité, force est de constater que plusieurs d’entre eux éprouvent déjà des difficultés importantes à rester calmes et à participer adéquatement aux activités. Mais attention aux conclusions trop rapide! D’autres facteurs peuvent être responsables de ces comportements.
– Par Nancy Doyon

Ainsi, plusieurs d’entre eux ont beaucoup de mal à rester assis lors des routines et des ateliers; certains sont très impatients, incapables d’attendre; d’autres semblent avoir des difficultés importantes à contrôler leur impulsivité; d’autres encore, n’arrivent pas à rester attentifs. On les voit alors «papillonner» d’un jouet à l’autre sans fixer leur attention suffisamment longtemps sur un jeu pour l’utiliser adéquatement.

Il faut, toutefois, éviter à tout prix de tomber dans le piège et attribuer une étiquette: «Lui, à le voir aller, c’est certain qu’il a un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDA/H); tu vois comme il bouge sans arrêt?»
Tout d’abord, rappelons que le TDA/H est un trouble neurologique que seuls les pédiatres ou les psychologues peuvent vraiment déceler à la suite d’un examen approfondi. Par ailleurs, il est très rare que les spécialistes posent un diagnostic avant l’âge de sept ans puisque d’autres raisons peuvent provoquer des symptômes similaires au TDA/H. Toutefois, il est important de détecter rapidement les difficultés d’attention chez les bambins, non pas en vue d’établir un diagnostic, mais dans l’espoir qu’une stimulation adéquate et précoce pourra optimiser le développement des capacités de l’enfant.

Comportements qui peuvent influencer l’attention, la concentration et l’autocontrôle
Conditions physiques de l’enfant

  • La fatigue et le manque de sommeil;
  • L’alimentation: une alimentation saine aide à la concentration alors que l’ingestion d’un repas lourd monopolise l’énergie pour la digestion plutôt que pour la concentration. Selon certaines études, les oméga-3 favoriseraient laconcentration;
  • Une maladie non dépistée (ex.: problème de la glande thyroïde, intolérance alimentaire);
  • Le TDA/H ou un autre trouble neurologique.

Conditions psychologiques de l’enfant

  • Le stress ou des événements qui font vivre des émotions fortes qu’elles soient positives ou négatives (Noël, déménagement, séparation des parents, chicane avec un ami, etc.);
  • L’anxiété: angoisse de séparation, anxiété sociale, peur d’être rejeté, peur de se faire chicaner, etc.;
  • Le trouble de l’attachement;
  • Le tempérament de l’enfant.

Conditions liées au milieu de vie de l’enfant

  • La différence importante entre le climat et les exigences du milieu familial et celles du milieu de garde;
  • Un milieu familial trop permissif (parents serviteurs);
  • Un milieu familial trop encadrant ou un encadrement agressif;
  • Un milieu familial désorganisé, inconstant, imprévisible;
  • Un rythme de vie familiale stressant;
  • Une stimulation insuffisante ou trop importante par les parents;
  • Les habitudes familiales (est-ce une famille qui bouge sans arrêt? Prend-on le temps de s’arrêter et de relaxer?);
  • Etc.

À quoi servent l’attention, la concentration et l’autocontrôle?

  • Me faire des amis et les garder: capacité de les écouter, de me concentrer sur les jeux et activités assez longtemps, de maîtriser mes humeurs, de décoder les messages non verbaux…
  • À la maison: écouter, retenir et exécuter les consignes jusqu’au bout, réagir adéquatement aux frustrations, exprimer mes émotions, etc.
  • À l’école et dans mon milieu de garde: participer adéquatement aux activités, rester assis, me concentrer sur mon travail, éviter d’être distrait par le bruit, les images et les mouvements qui m’entourent, me concentrer à nouveau après avoir été interrompu, retenir les informations, réfléchir, me poser des questions pour résoudre un problème, organiser et effectuer des tâches successives dans un ordre logique afin d’arriver à un but (plan et méthode de travail), rester motivé à atteindre un but…
  • Dans la vie en général: prévoir les conséquences de mes actes, réfléchir sur ce qui m’arrive de façon à en tirer des leçons, trouver des solutions aux petits et grands problèmes de la vie courante, avoir la notion du temps, développer mon raisonnement moral…

Signes possibles d’un manque de contrôle, d’attention, de concentration et d’impulsivité
Chez les bébés

  • Pleurs fréquents et intenses;
  • Agitation motrice, inconfort lorsqu’il est arrêté ou doit être assis un certain temps;
  • Sensibilité sensorielle (bruits, lumière, vêtements, nourriture) ou autostimulation (goûter, balancements, frapper sa tête, tenir un objet, se mordre, etc.);
  • Difficultés à se faire prendre, toucher et bercer;
  • Difficultés de sommeil;
  • Regard fuyant, difficulté à suivre un objet coloré des yeux;
  • Exploration limitée ou, au contraire, effrénée et téméraire;
  • Attention de très courte durée sur les jouets ou, au contraire, passivité excessive.

Chez les deux-trois ans

  • Hypersensibilité sensorielle, crises lors de l’habillement, plaintes par rapport aux bruits, isolement, difficulté avec les textures alimentaires, autostimulation tactile et vestibulaire, cris, etc.;
  • Indifférence aux consignes, surtout celles de groupe;
  • Papillonnage dans les jeux et activités;
  • Inconfort ou agitation lorsqu’il doit rester assis;
  • «Bulles» d’agitation, en particulier lors des transitions;
  • Retards dans la motricité fine, refus de dessiner, d’exécuter les tâches qui demandent de la coordination œil/main;
  • Besoin de toucher tout ce qu’il voit;
  • Faible tolérance à la frustration, crises fréquentes et imprévisibles;
  • Impatience marquée (lors d’une demande, lorsqu’il doit attendre son tour, exécuter une tâche, dans ses contacts sociaux);
  • Retards dans l’autonomie (habillage, propreté, etc.);
  • Retards de langage, ton de voix inapproprié;
  • Regard fuyant.

Chez les trois à cinq ans

  • Tous les signes mentionnés précédemment;
  • Variation imprévisible de l’humeur;
  • Distraction: commence une phrase puis, soudainement, pense à autre chose et part dans une autredirection;
  • Difficulté à expliquer, à raconter une histoire, une situation ou un film;
  • Difficulté à anticiper le résultat d’une situation;
  • Abandon rapide, résistance à l’effort;
  • Discours négatif («pas capable, trop dur»);
  • Réponses aux questions avant qu’elles ne soient posées;
  • Vitesse excessive dans la réalisation des tâches, il est expéditif;
  • Retards au niveau du graphisme (prise du crayon, traçage, proprioception, etc.);
  • Difficulté à reproduire un dessin, une suite de sons, un bricolage ou un modèle en blocs: il va trop vite, ne le fait pas dans le bon ordre;
  • Incapacité à freiner son plaisir immédiat dans le but d’obtenir la récompense ultérieure;
  • Opposition, recherche d’attention négative;
  • Difficulté à se consacrer à une tâche (car il est distrait, fait autre chose), difficulté à s’organiser, à réunir le matériel nécessaire;
  • Difficulté à terminer une tâche (car il commence autre chose ou perd son intérêt);
  • Exécution de plusieurs tâches en même temps (ex.: il sort plusieurs jeux sans vraiment jouer avec chacun d’eux);
  • Distraction par le bruit ou ce qu’il voit (ex.: il commence à dire quelque chose, puis il voit un objet et change de sujet: «L’autre jour, je suis allé chez ma… Wow! Il est beau ton crayon!» ou, encore, il commence un casse-tête, voit un morceau avec une image de train et va chercher son train dans sa chambre, passe devant la télévision et demande une cassette…);
  • Obsession pour une idée au point d’être incapable de se concentrer sur autre chose ou de dormir.

Comment l’aider?
Répondre au besoin de bouger

  • Lors de la routine, prévoir des activités où l’enfant pourra dépenser son énergie avant les périodes où il doit rester calme (repas, dodo, ateliers, etc.);
  • Fournir à l’enfant quelque chose qui occupe ses mains ou ses pieds pendant qu’il doit rester calme: balle antistress, corde avec nœuds à défaire, élastique à cheveux, etc.

Limiter la stimulation

  • Limiter le bruit;
  • Réduire l’éclairage (lumière du jour lorsque c’est possible et lumière tamisée le soir; éviter les néons);
  • Ralentir le rythme, diminuer le nombre d’activités (CPE et maison);
  • Diminuer le nombre de jouets à sa disposition (bacs selon le thème, en sortir un à la fois);
  • Éviter que les autres enfants n’entrent dans sa bulle, les jeux de bousculade, les chatouillements, éviter de le faire sursauter, etc. Attention aux touchers qui peuvent l’agresser; ceux-ci peuvent déranger les enfants hypersensibles.

Limiter la désorganisation

  • Utiliser des pictogrammes pour les routines et les tâches;
  • Encadrer l’enfant dans le temps (utiliser une minuterie, déterminer une durée minimale pour certains jeux afin d’éviter le papillonnage, privilégier les tâches séquencées: «Tu as trois choses à faire.»;
  • Encadrer l’enfant dans l’espace. Lui tenir la main lors des déplacements, rester près de lui lors des transitions, désigner un endroit pour jouer et un pour l’habillement, une place fixe à table, un coin «doux» ou un endroit pour se cacher, se réfugier en cas de besoin, etc.

Moyens pour l’aider à respecter les consignes

  • Attirer son attention, parler d’une voix ferme, dynamique et forte, s’approcher et lui toucher au besoin;
  • Faire des phrases courtes et claires: «Antoine, on range les jouets!»;
  • Indiquer le comportement souhaité et non l’interdit: «Marche lentement» plutôt que «Cesse de t’exciter!»;
  • Donner une directive à la fois.

Moyens pour faciliter l’apprentissage

  • Utiliser les trois styles d’apprentissage:Auditif/verbal: expliquer brièvement avec des mots…Visuel/concret: montrer ce qu’on veut, faire une démonstration, utiliser des pictogrammes, tenir l’objet concerné…Kinesthésique/expérientiel: Faire vivre l’expérience, faire des mises en situation, amorcer le mouvement, tenir par la main, caresser le dos, associer l’apprentissage à un mouvement, faire manipuler, etc.
  • Parler et agir lentement pour lui laisser le temps de comprendre, d’assimiler et de traiter l’information;
  • Varier les intonations, le débit, utiliser des chansons, le rythme ou la musique;
  • Demander de courtes périodes d’attention, décortiquer la tâche au besoin.

Comment l’aider à développer sa capacité d’attention, de concentration et son autocontrôle? Comme pour tout le reste, par la pratique et l’entraînement!

  • Jouer à des jeux qui demandent de la concentration: casse-têtes, jeux de mémoire et de logique;
  • S’assurer qu’il s’amuse et qu’il vit des réussites: choisir des jeux adaptés à ses capacités intellectuelles et à sa capacité d’attention pour qu’il puisse terminer le jeu;
  • Faire des jeux de «stop-and-go» où on alterne l’excitation et le calme, la course et la marche, etc. ;
  • Faire des jeux qui exigent la rapidité d’exécution [ça excite] et une certaine précision;
  • Faire des jeux où l’enfant doit se concentrer sur plus d’une chose à la fois, par exemple:- Sauter sur le rythme de la musique tout en obéissant à des consignes visuelles et arrêter de courir lorsque la musique arrête- Marcher sur une ligne en chantant une chanson ou en répondant à des questions de l’éducatrice- Jouer à la tag tout en tentant de garder une balle de golf dans une cuillère, etc.;
  • Lui faire vivre régulièrement des délais, en particulier lorsqu’il veut beaucoup quelque chose;
  • L’arrêter lorsqu’il est trop excité et lui enseigner [expérimenter plusieurs fois avec lui] des méthodes pour secalmer.

Moyens pour l’aider à se calmer lorsqu’il est agité

  • Baissez le ton, parlez peu et tamisez les lumières;
  • Amenez-le près de vous, caressez-lui le dos, jouez avec ses mains ou ses doigts, donnez-lui un bisou. Les enfants agités sont souvent kinesthésiques et réagissent bien au toucher si celui-ci est doux et chaleureux;
  • Demandez-lui de respirer profondément en fermant les yeux;
  • Dirigez-le vers une activité calme [dessin, livres, bac de stimulation tactile, etc.];
  • Faites une activité de relaxation: massage, visualisation, contraction/décontraction des muscles, etc.;
  • Le valoriser lorsqu’il est calme, lui donner de l’attention et l’aider à en prendreconscience;
  • Le retirer du groupe quelques minutes au besoin. Prévoir un lieu de retrait où il sera à l’aise et à l’abri des regards [ex.: sous une table nappée].

L’attention, la concentration et l’autocontrôle varient d’une personne à l’autre. Une quelconque difficulté ne signifie pas que l’enfant est hyperactif. Ces éléments peuvent être influencés par plusieurs facteurs et peuvent varier selon des périodes plus ou moins longues. Il importe toutefois d’aider l’enfant, par l’entraînement, à développer progressivement ces habiletés puisqu’elles sont essentielles à sa réussite scolaire et sociale.


Nancy Doyon
Coach familial
Fondatrice de SOS Nancy
Membre du Réseau Nanny secours


Paru dans Bébé Automne 2013

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