Le deuxième, ce n’est pas pareil!

À chaque grossesse son histoire et c’est aussi vrai lorsqu’il s’agit de la seconde. Dans le tourbillon du quotidien, pas facile d’accorder toute l’attention à ce deuxième bébé à venir… Comment réserver des moments juste pour lui?
Par Annie Ève Gratton

Mon amie Julie est enceinte. Elle attend son deuxième. Ce n’est pas pareil, le deuxième. On court partout, on s’occupe du plus vieux. La garderie, les repas, la lessive, les courses, l’épicerie, les bains, les petits bobos… Bref, la logistique familiale. Julie est pas mal fatiguée. Des fois, son amoureux et elle ont même une petite pensée qui leur traverse l’esprit: «Hé, c’est vrai, on attend un autre enfant, nous!» Pas qu’ils l’aient réellement oublié, mais l’horaire est si plein…

L’autre jour, elle me confiait se souvenir à quel point ce n’était pas pareil lors de sa précédente grossesse. À l’époque, elle avait du temps pour elle, pour dormir longuement, pour se prendre en douceur et se bichonner, pour se cajoler la bedaine, pour se projeter dans la vie avec cet enfant, entièrement dédiée à fabriquer cet être humain qui prenait vie au creux d’elle… Cette fois-ci, elle se sent un peu coupable de ne pas pouvoir donner du temps de qualité et exclusif à ce nouveau bébé, qu’elle attend pourtant tout aussi amoureusement que le précédent! Alors que l’aîné a bénéficié d’un contexte beaucoup plus calme, celui-ci a une maman essoufflée qui, bien souvent, est si requise par sa vie de maman qu’elle a peu de temps pour simplement penser à lui.

Une question de sens
Julie a l’audace de se poser les vraies questions. Elle se souvient de ce pour quoi elle désirait son premier enfant, et aussi de ce qui fait que maintenant, elle en attend un autre. Alors qu’à l’origine il était uniquement question d’un projet pour le couple, maintenant, il y a aussi le désir d’une fratrie pour l’aîné. Ainsi, inévitablement, la venue d’un deuxième vient bouleverser l’équilibre existant. «Je vis un deuil de la cellule familiale à trois que nous formions, mon chum et moi, avec notre enfant. Notre famille, sous cette forme-là, n’existera plus», précise-t-elle.

Je lui faisais prendre conscience de l’importance de ne pas se reprocher que ce soit différent. Bien sûr, le premier bébé bénéficie de plus de calme et de toute l’attention de ses parents, qui sont presque exclusivement centrés sur lui. Mais le bébé qui suit, même s’il y a davantage «d’interférence» autour de lui pendant sa gestation par la simple présence et les besoins du plus grand, bénéficie de la couleur et de la vie que son frère ou sa sœur aîné(e) amène dans le foyer. Bien sûr, il a des parents plus fatigués, mais ils sont aussi plus expérimentés maintenant! Il est inévitable que les choses soient différentes. Ici, équité ne veut pas dire égalité!

En outre, le bébé, in utero, est en mesure de saisir beaucoup de ce qui se passe à l’extérieur du ventre maternel. Déjà, il est conscient de la présence du plus vieux: il l’entend, le ressent, le détecte. C’est cela, sa réalité à lui/elle! Et souvent, le petit dernier, il a cette faculté de s’insérer dans la famille et de la bonifier…
Il est donc tout à fait normal qu’il y ait moins de temps à consacrer à cette grossesse-ci et que la famille s’y prépare différemment. Néanmoins, ce processus n’a pas moins d’importance pour autant. Donc comment faire pour vivre une grossesse qui, bien que différente de la précédente, soit remplie de moments de qualité?

Établir une relation avec ce nouvel enfant
Afin de leur permettre de profiter pleinement de cette grossesse avec sérénité malgré l’emploi du temps chargé, j’ai proposé à Julie et son conjoint de les accompagner en «Préparation affective à la naissance» (PAN). Cette approche, peu connue ici, mais assez répandue en Europe, propose une manière fort différente de vivre la grossesse, une manière où papa, maman et bébé débutent véritablement leur relation bien avant la naissance de bébé (soit autour de la 18e semaine de grossesse) et qui perdurera bien au-delà de la naissance de l’enfant. Composée au départ de jeux qui permettent un contact avec le bébé, cette approche transforme littéralement le rôle de papa, qui non seulement vit très étroitement tout le processus de la grossesse, mais aussi celui de l’accouchement. Par le biais de ce toucher très particulier — le toucher haptonomique —, parents et bébé communiquent très clairement. Déjà, bébé est en mesure d’individualiser sa réponse selon la personne qui s’adresse à lui (il répond d’une manière différente à maman qu’à papa), ce qui est extrêmement validant pour ses parents. Et ces contacts affectifs développent chez lui un sentiment de sécurité qui sera très évident après la naissance.
Vivre la PAN, qu’est-ce qu’implique? Tout d’abord, consacrer régulièrement un moment de qualité pour rencontrer bébé. Nul besoin que ce soit long ou compliqué: quelques instants, pleinement vécus, suffisent. Car plus qu’une technique, il s’agit d’une façon d’être, d’une relation. Et pour cela, c’est la présence pleine et entière, ainsi que la fréquence qui importent, pas la durée! Chez Julie, il y a un rituel: papa crème amoureusement la bedaine tous les soirs et ils profitent de cette occasion pour quelques jeux avec bébé: comme elle dit, c’est réaliste dans l’agenda! Cela permet de vivre chaque jour quelques moments qui sont exclusivement consacrés à ce bébé-ci. «La PAN, c’est un moment pour lui, je sens que je fais quelque chose juste pour lui», dit-elle. Les rencontres avec une professionnelle ont quant à elles lieu environ aux trois semaines.

Jusqu’à l’accouchement
Et qui dit relation affective entre parents et enfant pendant la grossesse dit aussi accouchement teinté de cette relation. D’une expérience de solitude tant pour la mère, le père que l’enfant, cette naissance est dorénavant empreinte du lien qui les unit. Ainsi, ce qui n’était au départ que des jeux de contacts entre eux devient une expérience où les parents guident littéralement leur enfant qui se fait naître!
Cette approche permet également à maman de porter bébé d’une manière qui contribue à prévenir les inconforts qui prennent souvent de plus en plus d’importance au fil des semaines (nerf sciatique coincé, bassin peu mobile, dos cambré, symphyse pubienne douloureuse, fatigue, etc.).

Julie et son amoureux n’en sont encore qu’au début de la grossesse, mais de beaux moments les attendent… ça, elle ne sait pas encore tout de ce que je lui réserve! Il est parfois difficile de mettre en mots une expérience aussi profonde que celle de donner la vie. Et dans le cas de la préparation affective, ce ne sont pas les mots qui la définissent le mieux, c’est l’ÊTRE et la rencontre en présence, tout simplement…


Annie Ève Gratton
Bedon Zen, partenaire de La Source en soi, membre de l’Association RITMA (Regroupement des intervenants et thérapeutes en médecine alternative) et membre de la PLIDA (Pregnancy Loss and Infant Death Alliance)
www.bedonzen.com / info@bedonzen.com / 514 216-8790
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Paru dans Maternité, Automne 2017

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