Soutenir mon enfant dans le développement de son image corporelle

Avons-nous un contrôle sur l’image corporelle de nos enfants? Est-ce que certains jouets ou certaines émissions peuvent influencer le développement de leur image corporelle? Jusqu’à quel point les parents ont-ils un rôle à jouer à cet égard? Et, surtout, est-il justifié de s’inquiéter de leur image corporelle?
Par Marie-Michèle Ricard

Tout d’abord, rappelons-nous que l’image corporelle est une représentation mentale, une perception. Elle englobe les pensées, jugements, émotions et sensations qu’une personne a face à son corps. Cette perception est importante parce qu’elle est le facteur le plus déterminant en ce qui a trait à l’estime de soi.

À partir de quel âge l’image corporelle de l’enfant se développe-t-elle? La réponse en surprend souvent plus d’un! L’image corporelle est en construction chez les enfants de moins de 5 ans et elle se définit selon le regard des autres(1, 2, 10). C’est de dire à quel point «ces autres» ont un impact primordial! L’image corporelle de l’enfant sera donc grandement influencée par le reflet de ce que les autres lui enverront comme message.

«Ces autres», ce sont les gens significatifs qui jouent un rôle central à différents moments dans la vie de l’enfant. À l’âge préscolaire, ces personnes significatives sont généralement les parents et les éducateurs(trices)(12). Ceux-ci doivent alors agir comme modèles, en promouvant les valeurs liées à une image corporelle saine et diversifiée.

Qu’est-ce qu’une image corporelle saine et diversifiée?
C’est une image sans standard préétabli. Elle est différente pour tous et offre plusieurs choix. C’est une image de bien-être corporel, peu importe la forme, le poids et l’apparence.

Attention…
Malheureusement, comme ces personnes significatives jouent un rôle primordial, elles peuvent aussi nuire, et ce, de façon peut-être inconsciente. Que ce soit à travers une pression incitant à être plus mince ou plus costaud, des commentaires généraux face au poids et à l’apparence (même ceux qu’on veut positifs!), des comparaisons avec la fratrie ou des comportements alimentaires restrictifs; l’enfant peut ainsi recevoir le message qu’il se doit d’avoir un corps différent, répondant aux standards de beauté de la société (irréels et inatteignables).

Chez les enfants aussi jeunes qu’entre 4 et 6 ans, nous avons pu observer une insatisfaction corporelle et le désir d’avoir un corps plus mince ou encore plus costaud.(4, 5, 6, 8, 11, 14, 15) Il est même possible d’observer des comportements de diète chez ces enfants afin de perdre du poids. Dès 9 ans, près de la moitié (45%) des enfants seraient insatisfaits de leur apparence corporelle, au point où le tiers de ces filles et le quart de ces garçons auraient tenté de perdre du poids.

Faut-il prévenir une insatisfaction de l’image corporelle chez les enfants?
La réponse est très claire: oui! Les recherches démontrent clairement les conséquences d’une insatisfaction corporelle chez les enfants qui deviennent plus à risque de développer(9,13):
• Une relation malsaine avec leur corps et avec la nourriture
• Des préoccupations alimentaires
• Des comportements de contrôle du poids
• Un trouble des conduites alimentaires
• De l’anxiété et de l’évitement
• Des symptômes dépressifs
• De l’isolement
• Des résultats scolaires plus faibles

La clé, c’est l’estime de soi!
Une estime de soi positive facilite le développement d’une image corporelle saine, car elle agit comme un bouclier contre les menaces extérieures pouvant affecter négativement l’image corporelle de l’enfant(3, 7). Il devient donc primordial que l’estime de soi soit construite à l’aide de facteurs autres que l’apparence. Qu’est-ce qui caractérise votre enfant? Quelles sont ses qualités, où sont ses forces, quelles aptitudes développe-t-il, qu’aime-t-il?

Et plus concrètement?
Apprenez à votre enfant à développer un concept de lui-même à l’aide des caractéristiques mentionnées (et non à l’aide de son apparence). Soulignez les forces, les talents, les réalisations et les qualités de l’enfant.

Ayez une politique de tolérance zéro face aux commentaires sur l’apparence et le poids. Ceci inclut même les commentaires positifs qui ont été démontrés comme étant néfastes sur le développement de l’image corporelle, et ce, autant sur les personnes qui le disent que sur celles qui l’entendent! L’âge préscolaire est une période propice afin de développer les valeurs liées à la diversité corporelle.

Renforcez positivement l’enfant autrement que sur son image. Il est normal de vouloir dire à un enfant qu’il est beau. Par contre, l’enfant pourrait associer ce compliment à certains vêtements et comprendre qu’il n’est pas beau avec les autres vêtements. Il pourrait aussi entendre un compliment adressé à un autre enfant et comprendre qu’il n’est pas beau parce qu’il n’a pas reçu le même compliment. Enfin, il pourrait aussi être risqué que l’enfant pense que le seul temps où il a l’attention de l’adulte, c’est lorsqu’il est beau. Il cherchera donc à être beau pour l’adulte et son image deviendra source d’anxiété.

Misez sur ce que l’enfant est capable de faire dès aujourd’hui et évitez de mettre l’accent sur ce qu’il sera capable de faire quand il sera grand.

Encouragez l’enfant à respecter et à écouter ses signaux corporels (faim, satiété, fatigue, besoin de bouger, douleur, maux divers.). Devenez un modèle en respectant les signaux corporels de l’enfant, ainsi que les vôtres.

Évitez le pèse-personne, autant pour vous que pour l’enfant. Les pèse-personnes ne devraient être utilisés que par des professionnels de la santé, suivant certains critères et objectifs très précis.

Il est normal que votre enfant veuille ressembler à des figures comme des superhéros ou des princesses. À cet âge-là, l’intelligence des enfants n’offre pas un esprit critique qui leur permettrait de comprendre que ces idéaux corporels sont inatteignables et irréalistes. Vous pouvez choisir de limiter le temps passé devant ce genre d’image, leur rappeler que ce sont des personnages fictifs, et offrir vous-mêmes un modèle d’image corporelle saine et diversifiée.

Permettez à l’enfant de porter des vêtements dans lesquels il se sent bien et à l’aise. Évitez de lui donner des commentaires déplaisants sur son apparence tels que: tu es laid avec ce chandail ou ces pantalons ne te font pas bien. L’idée de base doit toujours être le confort du vêtement, et ce, même si les couleurs ne sont pas les mieux agencées!


Marie-Michèle Ricard, M.Sc., Ps.Éd.
Tiré du livre Olivier veut devenir une supermachine, 2017
Psychoéducatrice et psychothérapeute.
Cofondatrice et copropriétaire de la clinique Imavi.
Professeure au département de psychologie du Cégep de l’Outaouais.
www.imavi.cainfo@imavi.caFacebook: cliniqueimaviTwitter: cliniqueimavi

Références:

  1. Brownell, C.A., S. Zerwas, et G.B. Ramani. (2007). So big: the development of body self-amareness in toddlers, Child Development, 78(5): 1426-1440.
  2. Brownell, C.A., M. Svetlova, et S.R. Nichols. (2011). Emergence and early development of the body image, in Early development of body representations, Cambridge University Press.
  3. Cash, T.F. (2002). A “negative body image:” Evaluating epidemiological evidence. In T.F. Cash & T. Pruzinsky (Eds.), Body Image: A Handbook of Theory, Research, and Clinical Practice (pp. 269-276). New York: Guilford Press.
  4. Davison, K.K., C.N. Markey, et L.L. Birch. (2000). Etiology of body dissatisfaction and weight concerns among 5-year-old girls, Appetite, 35(2): 143-51.
  5. Dittmar, H., E. Halliwell, et S. Ive. (2006). Does Barbie make girls want to be thin? The effect of experimental exposure to images of dolls on the body image of 5-to 8-year-old girls, Developmental Psychology, 42(2): 283-92.
  6. Dohnt H, et M. Tiggemann. (2006). The contribution of peer and media influences to the development of body satisfaction and self-esteem in young girls: a prospective study, Developmental Psychology, 42(5): 929-36.
  7. Gagnier, N. (2006) Le développement de l’image corporelle, le pouvoir de prévention des parents, Psychologie Québec.
  8. Lowes, J. & Tiggemann, M. (2003). Body dissatisfaction, dieting awareness and the impact of parental infl uence in young children. British Journal of Health Psychology, 8 , 135 – 147.
  9. Neumark-Sztainer, D., K.W. Bauer, S. Friend, P.J. Hannan, M. Story et J.M. Berge (2010) Family weight talk and dieting: how much do they matter for body dissatisfaction and disordered eating behaviors in adolescent girls?, Journal of Adolescent Health, 47(3): 270-276.
    Shaffer, D.R., E. Wood, et T. Willoughby. (2005). Developmental psychology: childhood and adolescence, 2e édition, Nelson College Indigenous, 651 p.
  10. Smolak, L. (2004). Body image in children and adolescents: Where do we go from here? Body Image, 1, 15 – 28.
  11. Tantleff-Dunn, S. & Gokee, J.L. (2002). Interpersonal influences on body image development. In T.F. Cash & T. Pruzinsky (Eds.), Body image: A handbook of theory, research, and clinical practice (pp.108-116). New York: Guilford Press.
  12. Tiggemann, M. (2005). Body dissatisfaction and adolescent self-esteem: Prospective findings. Body Image, 2, 129 – 135.
  13. Tremblay, L., T., C. Zecevic et M. Larivière. (2011). Perceptions of self in 3-5-year-old children: a preliminary investigation into the early emergence of body dissatisfaction, Body Image, 8(3): 287-92.
  14. Wertheim, E. H., Paxton, S. J., & Blaney, S. (2009). Body image in girls. In L. Smolak & J. K. Thompson (Eds.), Body image, eating disorders, and obesity in youth: Assessment, prevention, and treatment (2nd Edition) (pp. 47-76). Washington, DC: American Psychological Association.

Paru dans Moi Parent, Automne 2017

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