Des droits, même en accouchant

Depuis les années 1950, les accouchements au Québec ont lieu, dans la très grande majorité des cas, en milieu hospitalier. Puisque la grossesse et la naissance sont des événements normaux et naturels, pourquoi les femmes ont-elles l’impression d’être obligées de suivre un protocole comme si elles étaient malades ?

Par Natacha Lafond

Parmi toutes les femmes que j’ai rencontrées dans le cadre de ma pratique d’accompagnante, la plupart d’entre elles m’ont dit se sentir incompétentes, sans expérience et avoir besoin de se fier à quelqu’un pour les guider. Cette attitude est hautement compréhensible, car nous voulons le mieux pour nous et notre bébé sans savoir comment y arriver ; alors, nous nous remettons totalement entre les mains du savoir médical.

Le grand respect et la confiance que nous éprouvons envers nos médecins, ainsi que pour toutes les équipes médicales si dévouées, peuvent toutefois nous empêcher de prendre les meilleures décisions possibles pour soi-même. Tout ce qui entoure la naissance relève beaucoup du ressenti et non seulement des statistiques et des protocoles éprouvés. Lorsque vous serez rendue au moment de l’accouchement, votre situation sera unique ; votre bébé est unique, votre corps est unique, vos émotions sont uniques, et le travail que vous aurez à faire est unique.

Qui a le dernier mot ?
En prenant compte de cette réalité, lorsque vous accouchez à l’hôpital, c’est vous le boss ! Vous avez le droit de poser toutes vos questions jusqu’à ce que vous puissiez faire un choix éclairé. Lors des multiples accouchements où j’ai été accompagnante, j’ai souvent vu des femmes qui n’osaient pas insister ou même donner leur avis sur des éléments qu’elles n’appréciaient pas de peur que l’équipe médicale les « punisse » par la suite. Trop souvent, ces femmes se sentaient à la merci de professionnels bien intentionnés, mais qui ne les connaissaient pas et n’avaient pas le temps de tout leur expliquer ou même de les écouter réellement. La réponse courte aux questions sur les étapes à suivre est souvent : « ­Faites-nous confiance, on est rendus là ! ». Oui mais, pourquoi ? Est-ce qu’on pourrait attendre ? Est-ce qu’on a d’autres choix ? Est-ce qu’il y a vraiment urgence ? Pourquoi faut-il se dépêcher ? Ces interrogations restent malheureusement souvent muettes de la part des mères, faute d’expérience, de préparation et de confiance en elles.

Il est important que vous sachiez que les femmes qui accouchent ont de nombreux droits, écrits noir sur blanc dans un document produit par l’ASPQ1 en collaboration avec Santé et Services sociaux Québec 2. Je partage avec vous ici ceux qui concernent l’accouchement en tant que tel.

Vous avez le droit  :
– De vivre le travail et la naissance de votre bébé à votre rythme et sans intervention que vous ne souhaitez pas.
– D’être accompagnée par les personnes de votre choix pendant toute la durée du travail et de l’accouchement.
– De refuser d’être examinée par des étudiant(e)s.
– De limiter le nombre de personnes lors de la naissance de votre enfant (proches et intervenant(e)s).
– De boire et de manger en tout temps.
– De pousser et d’accoucher dans la position qui vous convient le mieux.
– D’être informée des motifs et des effets, pour vous et votre bébé, de toutes les interventions (déclenchement, stimulation, forceps, épisiotomie, péridurale, calmant, monitorage continu, sérum, etc.) et de refuser celles que vous ne jugez pas pertinentes.

La responsabilité d’exercer vos droits
On peut remarquer que, dans cette liste, il y a des mots qui peuvent intimider  : « souhaiter », « choix », « refuser », « juger pas pertinentes », « être informée », «qui nous convient ». Ce sont tous des mots qui impliquent une prise de responsabilité de la part des femmes. En anglais, on utilise le terme « empowerment » que je trouve très fort et qui illustre bien le retour du pouvoir vers la personne. Mais comment prendre ces décisions dans un moment aussi intense, émotif et déstabilisant qu’un accouchement ? Comment dire non ou remettre en question ce qui est proposé par le professionnel «en charge» de la naissance de votre enfant ?

Afin de vous sentir en confiance et d’avoir l’intime conviction que vous prenez la bonne décision, il faut que vous soyez bien préparée. Le meilleur conseil que je puisse vous donner est de prendre le temps de vous informer adéquatement auprès d’une ressource fiable3 afin de bien préparer votre accouchement. Une personne proche (partenaire, doula) qui connaît vos souhaits pourra vous soutenir dans cette démarche, le moment venu.

Pourquoi est-ce important  ?
Décider de la façon que votre accouchement se déroulera est primordial  : parce que vous êtes la personne la mieux placée pour savoir ce que vous ressentez au moment présent. La performance n’a pas sa place dans l’acte de donner naissance, tout est dans le lâcher-prise. Votre corps, à la base, sait ce qu’il a à faire si vous le laissez faire et si vous lui donnez ce qu’il demande  : de l’eau, un peu de nourriture adaptée, du mouvement, du repos, etc. Dans le même ordre d’idées, si vous sentez que quelque chose ne se passe pas bien, n’hésitez pas à demander de l’aide. Durant un accouchement, tout va bien tant qu’on n’a pas la preuve que ça va mal. Dans 80  % des cas, tout se passe très bien  ; vous pouvez donc avoir confiance et vous fier à la merveilleuse machine qu’est votre corps. Le sentiment de compétence et d’accomplissement est incomparable lorsque vous suivez votre instinct. C’est seulement dans le 20  % restant que la médecine devrait intervenir et faire ce pour quoi elle est la meilleure  : régler ce qui ne fonctionne pas. Et de quel type d’accouchement entendons-nous le plus parler  ? Tout comme au bulletin de nouvelles, on nous parle seulement des catastrophes.

Il est important que vous preniez conscience de votre force et de votre puissance, de votre capacité à mettre au monde votre enfant. Votre corps accomplit des tâches hautement complexes durant l’accouchement, et cela implique la chimie, la physique, l’énergie, les émotions, etc. Vos hormones sont le pilier de votre accouchement4, et leur fonctionnement optimal dépend énormément de l’ambiance dans laquelle vous vous plongez. Plus il y a d’interventions médicales, plus le corps de la femme perd la capacité de mener à bien cette tâche.

Afin de bien comprendre le phénomène, imaginez que, lors de la conception de ce bel enfant, dans un moment d’une grande intimité, les interventions suivantes se font autour du futur papa  :
Prise de la pression artérielle à intervalles réguliers pour être sûr que tout va bien.
– Petite conversation entre deux personnes à côté de votre lit pour parler de votre cas.
– Monitoring du rythme cardiaque de papa en continu pour que tout le monde soit rassuré.
– Imposition de positions à adopter afin de mieux observer si l’angle est bon.
– Commentaire sur le déroulement « Pour faire un premier bébé, c’est toujours plus long. ».

Imaginez dans quel état serait votre chéri ! Pensez-vous que son corps serait en mesure de mener à bien sa mission  ? Évidemment que non  ! Dans cette situation, on n’a pas besoin d’instructions détaillées, de surveillance et de comparaison avec «  la normale  » pour arriver au but recherché. Un accouchement, c’est la même chose5 !

Rappelez-vous qu’accoucher n’est pas une anormalité de la nature, on n’a pas besoin de corriger quoi que ce soit avant de constater qu’il y a effectivement un problème. Pour bien vivre un accouchement à l’hôpital, selon vos souhaits, je vous conseille donc de vous préparer, de connaître vos droits, d’écrire un plan de naissance et, surtout, de vous faire confiance. Vous êtes capable !


Natacha Lafond
Accompagnante à la naissance et coach de grossesse
La Fée Marraine

www.lafeemarraine.ca  •  LaFeeMarraine.ca


Paru dans Moi Parent, Été 2019

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