École et intimidation –
Comment protéger son enfant

Personne ne souhaite voir son enfant souffrir. Tous les parents se donnent comme mandat de protéger leurs petits. Malheureusement, l’école est un lieu propice à l’intimidation. Un genre de terreau fertile… Comment protéger nos jeunes face à ces agressions ? Est-il important d’intervenir chaque fois ?

Par Marie-Michèle Ricard

« La stigmatisation à l’égard du poids et de l’apparence chez les enfants survient lorsqu’on pointe du doigt, lorsqu’on émet des commentaires ou lorsqu’on se moque d’un enfant présentant une caractéristique physique qui le différencie des autres. […] Chez les enfants, cette stigmatisation mène souvent à un rejet social, soit le fait d’exclure volontairement l’enfant d’activités, ou encore à toute autre forme d’intimidation. »

— Extrait du livre Emma n’aime pas les moqueries.

La stigmatisation a des effets néfastes sur le développement des enfants, et ce, à court et à long terme. Il devient donc très important d’intervenir et de les protéger. Par ailleurs, ces actes d’intimidation peuvent soulever plusieurs questions et déstabiliser les parents. Il est facile de tomber dans le piège de l’évitement et d’adopter un style plutôt passif du genre « ça va passer, tout le monde passe par là ». Les recherches démontrent pourtant les effets positifs des interventions précoces, ce pour quoi chaque école doit maintenant se doter d’un plan d’intervention officiel et public.

En tant que parent, il est normal de se sentir démuni. Voici donc quelques vignettes illustrant quelques difficultés liées à la stigmatisation et à l’intimidation que peuvent vivre les enfants à l’école, ainsi que des pistes concrètes afin d’outiller les parents.

Mon fils a été victime d’intimidation à son cours d’éducation physique. Les autres élèves se sont moqués de son short en lui disant qu’il était mauve et que c’était une couleur de fille. Il est revenu en pleurant à la maison et ne veut plus porter son short – qu’il aime pourtant ! C’était son préféré… Je ne sais pas comment faire pour l’aider, car je n’ai pas envie d’empirer la situation avec ses camarades. Dois-je prévenir les professeurs ? Comment intervenir sans nuire à ses relations avec les autres ? Dois-je l’obliger à porter son short ou le jeter pour ne plus jamais qu’il ne le voie ?

Tout d’abord, il est important que le parent protège son enfant et souligne clairement le caractère blessant et inacceptable de ces moqueries. Le parent doit promouvoir des valeurs claires et constantes pour rappeler à son enfant qu’il n’a pas à accepter ça. Il doit aider à rétablir l’estime de son enfant en validant les émotions vécues (« ça a dû te faire beaucoup de peine, viens m’en parler », « c’est un commentaire très méchant, je suis désolé que tu aies vécu ça ») et en étant présent pour son enfant.

Ensuite, il est normal que le parent soit sensible aux relations sociales de son enfant et ne veuille pas envenimer la situation. Par contre, l’objectif est de protéger son enfant et non d’éviter des conflits. Il est donc important de se concerter avec l’école et d’avertir le professeur d’éducation physique de la situation. Était-il au courant ? Est-il intervenu ? De quelle façon ? Chaque acte d’intimidation doit être signalé directement à tous les acteurs présents afin que ça cesse et que ça ne se reproduise pas. Une mise au point avec la classe peut même être proposée. Il peut être tentant pour les parents d’ignorer l’intimidateur ou les commentaires. Pourtant, les recherches nous démontrent que ce mode de gestion n’est pas efficace. Il ne fait pas cesser l’intimidation et n’aide pas la victime à s’en sortir.

Finalement, il revient à l’enfant le choix de porter ou non son short. Il est tout de même important de lui rappeler à quel point il l’aime et qu’il est de son droit de se vêtir comme bon lui semble. Il aura sûrement le goût de se protéger en ne le reportant plus. Misez sur l’estime personnelle, sur l’importance des goûts de chacun et sur le bien-être.

Une maman m’a appris que son enfant ainsi que le mien avaient été témoins d’un acte d’intimidation dans la cour d’école. Pourtant, mon enfant ne m’en a pas parlé. Dois-je attendre qu’il le fasse ? Sinon, comment dois-je aborder le sujet ?

Il est important d’aborder chaque situation avec son enfant. Il peut être tentant d’attendre que son enfant évoque le sujet. Par contre, ce dernier peut avoir peur d’en parler, peur de créer un conflit, ou alors il peut ne pas savoir comment aborder ce problème. Les recherches nous démontrent que les témoins d’intimidation souffrent aussi de ces agressions, tout comme les agresseurs et les victimes. Le parent doit donc aborder la situation calmement, en proposant à son enfant de regarder avec lui comment il s’est senti. Ensuite, le parent peut suivre le rythme de son enfant selon ses besoins et les émotions qu’il a vécues. Cette discussion peut devenir une belle opportunité d’apprendre à son enfant comment réagir s’il devient victime d’intimidation, ou alors de lui rappeler qu’il est important d’avertir les adultes lorsqu’il en est témoin.

Ma fille m’a dit que son professeur lui avait suggéré de ne plus manger son dessert parce ça l’aiderait à maintenir un poids santé. Ma fille me demande si elle est grosse. Elle a toujours eu un poids plus élevé que la norme. Que -dois-je lui répondre ?

Tout d’abord, il est tout à fait normal que cette remarque vous mette en colère ou vous attriste. Demandez à votre fille comment elle se sent à la suite de cette remarque. Quelles émotions ressent-elle ? Quelles réflexions lui viennent-elles en tête ? Ensuite, permettez-vous de lui parler de ce qu’est la diversité corporelle, de l’importance d’aimer son corps comme il est. Rappelez-lui la nécessité d’écouter ses signaux de faim et de satiété et de manger sans restriction. Protégez-la en lui disant que vous ferez une mise au point avec son professeur afin de partager vos valeurs avec lui. Discutez du terme « gros » et de l’importance de se décrire avec ses qualités et défauts, d’une façon nuancée et juste. « Gros » devient un adjectif parmi tant d’autres. Amenez votre enfant à avoir une vision diversifiée du corps humain ; certains corps sont plus gros, d’autres plus petits, plusieurs sont grands ou alors courts. Revenez à l’essentiel : être bien dans son corps et avoir une alimentation intuitive.

J’ai appris que mon enfant a intimidé un autre enfant en lui adressant des paroles blessantes sur son apparence. J’ignore comment faire une mise au point avec lui…

Faites cette mise au point dans le calme et donnez un espace à votre enfant afin qu’il vous explique ce qui s’est passé. Regardez avec lui les émotions qu’il a ressenties, peu avant qu’il ait tenu les paroles blessantes. Était-il en colère ? Se sentait-il lui-même rejeté ? Voulait-il se défendre ? Aidez-le à comprendre le rôle que ses émotions ont joué dans le fait qu’il ait tenu ces paroles. Aidez-le à développer son empathie en regardant comment l’autre enfant a pu se sentir lorsqu’il a reçu ces paroles. Proposez un geste réparateur à votre enfant (appeler l’élève en question, lui écrire un mot) et accompagnez-le dans cette démarche. Votre enfant doit comprendre que l’intimidation n’est pas acceptable, mais que vous ne le rejetez pas pour autant. Au contraire, accompagnez-le dans une démarche de réparation en lui faisant sentir qu’il est aimé. Souvenez-vous que ce geste est un comportement ayant servi à exprimer de façon inadéquate une émotion que votre enfant a eu du mal à gérer. Il a besoin de vous pour apprendre à mieux la gérer.

Comme vous le voyez, il peut être difficile de prévenir les actes d’intimidation. Par contre, il est possible de prévenir les effets néfastes à long terme en intervenant rapidement et efficacement. Il est important que le parent développe ses connaissances sur la diversité corporelle ainsi que ses habiletés de gestion émotive afin d’être un modèle auprès de son enfant, le tout afin de favoriser des échanges adaptés. C’est dans ses échanges positifs et chaleureux avec ses parents que l’enfant apprendra sa propre valeur. C’est en véhiculant le discours qu’il existe plusieurs corps, qu’ils ont tous la même valeur et qu’ils sont tous beaux que le parent contribuera à l’apprentissage de l’acceptation de la diversité corporelle chez son enfant.

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Marie-Michèle Ricard
Psychoéducatrice, psychothérapeute et auteure du livre Emma n’aime pas les moqueries: Prévenir la stigmatisation liée à l’apparence chez les enfants, paru aux Éditions Midi trente.

Les Éditions Midi trente publient des livres pratiques et des outils d’intervention sympathiques pour surmonter les difficultés et stimuler le potentiel des enfants et des adolescents.

info@miditrente.ca  •  www.miditrente.ca  •  Facebook : editionsmiditrente


Paru dans Moi Parent, Automne 2019

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