Enceinte après 35 ans, y a-t-il des risques?

Enceinte après 35 ans, y a-t-il des risques?

Pour de multiples raisons, de plus en plus de femmes attendent «plus tard» pour fonder une famille. Au Canada, le nombre de femmes qui ont un enfant dans la trentaine a triplé depuis 20 ans. Mais une question titille bon nombre de trentenaires aspirantes à la maternité: ma grossesse comporte-t-elle plus de risques pour moi et mon bébé?
– Par Marie-Josée Gaudreau

D’emblée, le professeur Michel Tournaire dédramatise la situation(1). Il mentionne que le risque le plus redouté est celui de concevoir un enfant trisomique puisque cette fatalité est plus probable après 35 ans. À cet âge, le risque que la mère soit porteuse d’un enfant atteint de la trisomie 21 est d’environ 1 sur 250, mais le risque que l’enfant soit porteur de toute anomalie chromosomique confondue se chiffre à 1 sur 125. Cette anomalie est en fait une malformation congénitale causée par une anomalie du nombre ou de la structure des chromosomes. Elle peut altérer la capacité d’une cellule à survivre et à fonctionner. Outre la trisomie 21, il en existe plusieurs autres. Certaines provoquent généralement une fausse couche, alors que d’autres sont responsables de handicaps psychomoteurs plus ou moins lourds. Le dépistage par amniocentèse permet de détecter la maladie à partir du troisième mois. Toutefois, avant d’y avoir recours, on vérifie d’abord la taille de la boîte crânienne et l’épaisseur du cou du bébé. Si ces évaluations suscitent un doute, les médecins procèdent aux analyses sanguines. Lorsque les résultats révèlent un risque plus ou moins élevé, ils proposent l’amniocentèse à la future maman.

Comme la grossesse et l’accouchement sollicitent fortement le corps, les femmes qui ont un enfant après 35 ans sont plus susceptibles de souffrir de pathologies telles que l’hypertension, le diabète, le surpoids, les problèmes de dos et de circulation sanguine, etc. Les spécialistes suggèrent donc de se soumettre à un examen médical complet avant de se lancer dans la conception… Michel Tournaire prodigue d’ailleurs dans son ouvrage des conseils aux femmes de 35 ans qui souhaitent avoir un enfant: cesser de fumer, perdre du poids si nécessaire, pratiquer une activité physique et apprendre à se reposer.

Les naissances prématurées et les grossesses multiples seraient par ailleurs plus fréquentes pour les futures mamans dans la trentaine ou la quarantaine puisque certaines d’entre elles ont recours aux traitements contre l’infertilité. Toutefois, les médecins et les gynécologues suivent de plus près les grossesses des femmes âgées de 35 ans, notamment par le biais d’examens de dépistages et d’accompagnement obstétrical plus rigoureux.

Les risques de fausse couche
Selon les spécialistes, le risque de faire une fausse couche est plus élevé chez la femme qui n’a jamais eu de grossesse et qui devient enceinte après l’âge de 35 ans que pour la femme qui a déjà mené une grossesse à terme. Le risque d’avortement spontané se chiffre entre 12 et 15% (un risque d’une grossesse sur six à une grossesse sur huit) chez la femme enceinte de moins de 35 ans. À l’âge de 35 ans, le risque de fausse couche est d’environ 25% (une grossesse sur quatre). Lorsque la future maman atteint le cap de 40 ans, la probabilité bondit à une grossesse sur deux.

La femme enceinte âgée de 35 ans ou plus court par ailleurs plus de risques de souffrir d’hypertension. Celle-ci peut mener à la prééclampsie. Néanmoins, cette possibilité s’atténue si l’hypertension est contrôlée.

Les risques de développer le diabète de grossesse sont deux fois plus élevés après l’âge de 35 ans mais encore ici, un diagnostic juste et un traitement approprié font fondre la probabilité d’en être atteinte. «Lorsqu’on est attentif à ces pathologies, on réduit le risque de complications», explique le professeur Tournaire.

En somme, même si les risques de complications sont plus élevés pour les grossesses après 35 ans, les spécialistes affirment unanimement qu’elles peuvent se dérouler sans anicroches de santé majeures lorsqu’elles sont bien encadrées avec un suivi médical assidu. Des tests de dépistage effectués au début de la grossesse (avant la 11e semaine) permettent d’ailleurs de connaître la probabilité que des problèmes de santé entachent l’événement le plus extraordinaire dans la vie d’une femme.


Marie-Josée Gaudreau

Références:
1. Le bonheur d’être mère, la grossesse après 35 ans, Michel Tournaire, Odile Jacob, 2005


Paru dans Grossesse, Printemps 2011

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