J’ai oublié de m’aimer

Je ne suis ni une experte ni une scientifique, mais j’aime vivre des expériences pour pouvoir mieux comprendre la vie. Donner naissance aura été mon plus grand défi à ce jour, et il me force à réapprendre à m’aimer au quotidien.
Par Nathalie Lauzon

La noirceur, la pluie et les temps froids m’affectent, l’inspiration manque. Après plusieurs semaines à me demander quel sujet j’aborderai pour ce texte, la date d’échéance avance et je dois me rendre à l’évidence. Je pensais pouvoir m’en sauver, mais je suis tombée dans le piège moi aussi. Ma fille aura 2 ans cet hiver et je me trouve encore à me relever et me reconstruire de cette magnifique, mais oh combien bouleversante, arrivée dans ma vie. J’ai l’impression d’avoir tout donné à cette petite fille adorable et j’ai oublié de m’aimer.

L’amour de soi est un sujet qui m’intéresse depuis plusieurs années. Je le trouve fragile, complexe et beau à la fois. Je rechute facilement et j’oublie de m’aimer particulièrement souvent. Bon, c’est un sujet tellement abordé chez les nouvelles mamans, vous me direz, je le sais, et je le vis. Moi aussi.

Des suites de l’écriture de mon livre Je suis belle, et vous? Le défi de s’aimer une semaine à la fois, je croyais avoir compris plein de belles choses. Je me sentais même au-dessus de mes affaires en pensant que j’avais ma vie en main et que je savais enfin m’occuper de moi! Well well, je devrais sans doute relire ce magnifique livre, qui fait état de ma beauté intérieure, qui m’a appris à me voir avec un grand V sans le regard des autres et m’a aussi grandement aidé avec mon estime personnelle. Ce projet d’une photo par semaine pendant toute une année m’a appris à me solidifier de l’intérieur, à m’accueillir dans le moment présent, à ne pas juger comme bien ou mal ce que je vivais, etc. Comme quoi tout ceci est bien fragile et que la venue d’un enfant peut franchement bouleverser notre vie et nous forcer à nous re-retrouver.

En demandant à mon entourage: «Vous faites quoi pour vous occuper de vous et vous démontrer de l’amour?», les mêmes réponses reviennent… un massage une fois de temps en temps, manucure-pédicure, café avec des amies, gym, yoga, lecture… Il me semble que ça revient souvent au même et j’essaie de fouiller plus loin.

En passant, il me semble que les hommes ont une plus grande facilité à s’aimer sans culpabilité. À se passer en premier, non? Je commence tout juste à prendre des soirées pour moi depuis la naissance de notre fille et mon chum n’a jamais cessé ses leçons de ski et autres activités. Bon. #petitepointedamertume

Pourquoi lorsqu’une femme pose un geste pour se respecter et s’aimer, c’est souvent perçu comme une petite bombe venue de nulle part, un acte de diva ou un éclat d’égocentrisme? Est-ce que nous attendons trop avant de faire valoir nos besoins et nous exprimer? J’y réfléchis.

Dans la lignée des dénonciations (#moiaussi) de l’automne, je salue le courage des victimes qui se sont levées debout et je me questionne sur ce que c’est de m’aimer. C’est certainement un acte de courage en soi. Voici mon petit constat.

M’aimer c’est…
…retourner au Tim Hortons quand la dame a mis du lait dans mon café alors que je n’en voulais pas.
…m’aménager une pièce de la maison pour faire du bricolage et de la peinture.
…négocier fermement, en accord avec mes valeurs, avec le contractant qui refait le toit de la maison.
…me lever et quitter au besoin.
…enregistrer mes émissions de filles et les regarder quand j’ai quelques minutes.
…me permettre d’être qui je suis. Surtout dans un environnement où je détonne.
…me payer une formation professionnelle «qui coûte cher»… parce que moi aussi je le vaux bien.
…dire au patron que les échéanciers sont trop courts ou que j’ai besoin d’aide dans un projet.
…dire dans une entrevue d’embauche que je ne suis finalement pas intéressée par l’emploi qui est présenté parce que je ne sens pas que mes forces seront appréciées à leur juste valeur.
…dire «non» quand je ne le ressens pas en dedans de moi. Et dire «oui» quand j’ai vraiment envie. (Bon, l’histoire d’une vie!)
…aller voir mon médecin et demander de l’aide.
…dire à cette personne qui m’agresse comment je me sens, que j’aimerais peut-être prendre mes distances ou même couper les ponts.
…pleurer quand j’en ai besoin et me prendre dans mes propres bras.
…dénoncer une injustice qui me touche.
…reconnaître mes propres besoins et être capable de les exprimer le plus authentiquement possible.
…pardonner mes erreurs en tant que mère; continuer d’apprendre et faire de mon mieux.
…me laisser du temps pour me relever et accueillir la souffrance au passage.
…ne pas sourire si je n’en ai pas envie.
…trouver une paix intérieure avec une décision difficile.
…m’afficher en restant vraie et vulnérable au besoin.
…me laisser Être, sans trop de pression.
…montrer à ma fille que sa mère partage ses émotions, qu’elle sait se tenir debout et sait se respecter.
…vous avouer que ce fut très difficile pour moi d’écrire ce texte.


Nathalie Lauzon
Photographe et auteure
www.nathalielauzon.ca
info@nathalielauzon.ca


Paru dans Moi Parent, Hiver 2018

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