Es-tu en colère? Viens, je vais t’aider!

On naît tous avec des émotions de base: la peur, la joie, la colère, la surprise, le dégoût et la tristesse. Plus tard viendront les émotions sociales comme la honte et la culpabilité puis s’ajouteront des dizaines d’intensités émotionnelles différentes. De façon innée, les émotions de base sont présentes, mais toujours faut-il les identifier, les comprendre et les gérer? Comment aider nos enfants dans cet apprentissage?
Par Marie-Michèle Ricard

Effectivement, les enfants ressentent ces émotions (souvent intensément), mais ils n’ont aucune idée de quoi en faire. Le parent peut alors se retrouver très démuni devant ce qu’il peut percevoir comme étant une boule d’émotion ingérable. Qui n’a jamais rêvé d’avoir un mode d’emploi prêt à être téléchargé?

Le niveau de difficulté dans la gestion d’une telle situation peut paraître assez élevé. Le parent n’est pas un robot, et réagit lui aussi aux émotions de son enfant, avec ses propres émotions! Être un bon coach émotionnel implique donc à la base d’être bon soi-même… OUF! Diminuons les attentes et les exigences. Le parent est un humain avant tout. Et c’est avec la pratique que les habiletés deviennent plus simples à opérationnaliser. Une étape à la fois. Certaines faciles, d’autres plus difficiles.

Le rôle des émotions
Il est possible de comparer les émotions à des messagers qui nous indiquent ce qui se passe à l’intérieur. Sans messager, aucune façon de savoir ce qui se passe. L’émotion devient donc très importante pour comprendre nos besoins. Une émotion agréable nous indique un besoin satisfait, tandis qu’une émotion désagréable nous informe d’un besoin insatisfait. Voyons un exemple avec trois émotions de base: la colère, la tristesse et la peur.

La colère
La colère envoie le message d’un fort inconfort, d’une menace. Lorsque ressentie, la colère repousse généralement l’autre. Elle informe que la menace doit cesser. L’enfant en colère n’est pas content. Il n’aime pas ce qui est en train de se passer et désire un changement. Le parent qui reçoit cette colère a généralement le goût de réagir (souvent fortement) et de cesser la communication.

La tristesse
La tristesse, pour sa part, appelle à la compassion. L’enfant triste envoie le message d’un besoin de réconfort. La tristesse cherche à panser une blessure. Le parent est alors appelé à consoler l’enfant.

La peur
Finalement, la peur est l’émotion présente dans les cas de menaces à la survie. La peur est très utile afin de fuir ou combattre une menace. La peur envoie le message à l’enfant qu’il doit se sauver. Qu’un danger est imminent. Que sa survie est menacée.
Au départ, ces messages sont inconnus des enfants (et de plusieurs adultes!) et c’est au parent d’enseigner à l’enfant ce que lui apprend son émotion sur son bien-être. En même temps, il lui transmet un message très important: son besoin est important et valide.

Apprivoiser les émotions
Une bonne gestion des émotions passe par leur apprivoisement. Mais que veut dire apprivoiser une émotion? Je propose souvent l’image d’un petit animal. Pour apprivoiser le petit renard qui sort doucement du bois, on doit d’abord reconnaître que c’est un renard. En le reconnaissant, on peut identifier qu’il ne présente pas une menace, qu’on peut s’en approcher. Pour s’en approcher, on doit accepter qu’il soit présent, accepter qu’il vienne vers nous, y aller doucement pour ne pas lui faire peur, l’accepter tel qu’il est. Finalement, on pourra le flatter et lui donner ce dont il a besoin: une présence réconfortante. Ce n’est pas si différent avec les émotions.

1. Reconnaître la présence d’une émotion
Aider l’enfant en l’amenant à prendre conscience de ses propres signes physiques (cœur serré, chaleur au visage, respiration rapide, pression au thorax).

2. Identifier l’émotion
Aider l’enfant en nommant clairement son émotion, soit en le questionnant: «Es-tu en colère?» ou encore, en reflétant son émotion: «J’ai l’impression que tu es fâché présentement» ou «J’ai l’impression que tu as de la peine».

3. Exprimer l’émotion
• Valider l’émotion de l’enfant en reconnaissant son existence: «C’est vrai que c’est fâchant» ou «Je comprends que tu sois triste» ou encore «Tu as le droit d’être déçu».
• Une fois l’émotion identifiée et validée, l’enfant doit pouvoir vivre son émotion. La nommer. Pleurer. Serrer les dents. Respirer fort.
• L’enfant doit savoir qu’il peut exprimer librement son émotion. Il doit pouvoir exprimer à l’adulte ou à ses amis qu’il est fâché ou triste et surtout ne pas être puni pour ça. On évite alors les réprimandes telles que «Arrête de pleurer» ou «Ne te fâche pas pour ça».

4. Gérer l’émotion
• L’enfant a besoin de son parent pour l’aider à gérer son émotion. On peut alors prendre des grandes respirations ensemble, ou utiliser un pot de relaxation (calming jar).
• Il est important de faire cesser tout comportement inadéquat (comme lancer ou briser des objets), en nommant l’émotion, en expliquant que le geste est inacceptable, mais surtout, en offrant une solution alternative, en enseignant des moyens plus adéquats de s’exprimer.
• Amener l’enfant à comprendre son émotion avec le «Qu’est-ce qui»: «Qu’est-ce qui te fâche?» ou «Qu’est-ce qui te rend triste?». Pour les jeunes enfants, il peut être difficile d’identifier la source. Le parent peut alors proposer son hypothèse en discutant avec l’enfant de ce qui s’est passé avant la montée d’émotion.

L’enfant «intense»
Génétiquement, l’enfant naît avec une capacité innée de ressentir plus ou moins intensément ses émotions. Certains enfants naissent avec un tempérament plus difficile qui les amène à ressentir intensément et plus fréquemment des émotions désagréables, ce qui peut être très difficile pour le parent, mais surtout pour l’enfant qui les vit régulièrement et ne sait ni pourquoi ni comment les gérer.
Il devient important pour le parent d’accepter son enfant, tel qu’il est, avec toute son intensité. Il procédera ensuite aux mêmes étapes d’apprivoisement, en acceptant que la tâche puisse être plus ardue.

Quand c’est une mauvaise journée…
Les mauvaises journées existent. Pour tout le monde. La fatigue, le stress, le surmenage. Tout est possible. Et dans ces journées, il peut être très difficile pour le parent d’accueillir chaleureusement et de façon empathique l’émotion de son enfant. Qui n’a jamais perdu patience? Qui n’a jamais été irritable devant les crises répétées de son enfant? Deux choses sont importantes. Tout d’abord, reconnaître son propre état. Si c’est une mauvaise journée, c’est une mauvaise journée. Tout le monde y a droit. Et dans ces moments, oui, il peut arriver que l’on soit plus irritable et plus impatient. Alors on le reconnaît et on le verbalise: «Je suis très fatigué, et suis plus impatient ce soir». Par la suite, si on juge avoir mal réagi face à une émotion de l’enfant, on se permet un retour, une réconciliation: «Tantôt, tu es venu me voir et je crois que tu étais fâché. Je t’ai répondu, en haussant le ton, de me laisser tranquille. Je suis désolée d’avoir réagi de cette façon. Je suis fatigué et n’ai pas pu écouter ce que tu tentais de me dire. J’aimerais entendre ce qui te fâchait tantôt».

À retenir
Les émotions sont complexes! Tout cet apprentissage demande au parent d’adopter une attitude chaleureuse et empathique afin de ne pas «faire fuir le petit renard». Ce qui est important de retenir:

  • Toutes les émotions sont normales
  • Toutes les émotions doivent être ressenties, vécues, exprimées
  • Nous n’avons pas de contrôle sur la présence d’une émotion, mais nous avons un pouvoir sur l’expression et la gestion de celle-ci
  • Pour gérer une émotion, celle-ci doit avoir été accueillie et validée
  • Le parent a la responsabilité de cet apprentissage chez l’enfant

Au besoin, on n’hésite pas à consulter un professionnel qui nous aidera à développer nos habiletés parentales en matière de coach émotionnel!

Être un modèle
Comme le parent est un humain avant tout et vit ses propres émotions, être un modèle implique de nommer soi-même les émotions lorsqu’elles sont vécues: «Je suis fâché en ce moment», «Ça m’attriste quand…», «Je suis heureuse parce que…». L’enfant apprend beaucoup par observation et comprend, en regardant son parent, que toutes les émotions sont normales, que certaines situations peuvent provoquer certaines émotions, qu’il est important de les nommer, et qu’il est possible de «vivre» avec ses émotions.

À chacun son émotion
Chaque personne est maître de ses propres émotions. «TU ne me fâches pas» «JE suis fâché quand…». «MON émotion m’appartient». «TON action peut me fâcher», mais je suis responsable de ressentir MA colère, de TE l’exprimer, et de la gérer. Parce que les émotions plus négatives sont désagréables à ressentir, il est fréquent que l’enfant attribue la responsabilité de son émotion au parent: «C’est TOI qui me fâches! C’est de TA faute si je suis fâché!» Il est important, tout en reconnaissant la présence de la colère chez l’enfant, de restructurer: «J’entends que tu es fâché, et que ce n’est pas du tout plaisant. Par contre, ce qui te fâche c’est quand je te demande de serrer tes jouets et que ça ne te tente pas». Quand l’enfant devient plus vieux, on peut compléter l’explication en ajoutant qu’il a du pouvoir sur son émotion en l’exprimant, et surtout, qu’il a la responsabilité de la gérer. Évidemment, le parent ne laissera pas son enfant seul avec cette lourde tâche et l’accompagnera au travers.

Pourquoi l’apprivoisement des émotions est-il important?
On sait maintenant que l’intelligence émotionnelle que développe une personne commence très tôt, soit dès la petite enfance avec les outils d’un bon coach émotionnel. Ensuite, vers l’adolescence, l’enfant pourra peaufiner son intelligence émotionnelle, ce qui lui permettra, à son tour, d’être ouvert aux émotions des autres, et favorisera le développement de relations interpersonnelles saines, mais surtout une bonne gestion de ses émotions personnelles. Une personne qui reconnaît ses émotions, qui peut les exprimer et les gérer adéquatement possède de grands facteurs de protection afin de développer et maintenir une bonne santé mentale. Cette personne apprend aussi à reconnaître et respecter ses propres besoins.


Marie-Michèle Ricard
Psychoéducatrice, psychothérapeute
Co-fondatrice et co-propriétaire de la clinique Imavi
Professeure au département de psychologie du Cégep de l’Outaouais
Marie-Michèle œuvre en santé mentale depuis plus de quinze ans. Elle offre des services de psychothérapie aux personnes souffrant de problèmes relationnels ou émotionnels divers, de traumatismes, de troubles de la personnalité et de troubles des conduites alimentaires.
info@imavi.cawww.imavi.ca@cliniqueimavi


Paru dans Moi Parent, Hiver 2018

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