Jumeaux, triplés et plus, pourquoi et comment?

Jumeaux, triplés et plus, pourquoi et comment?

«Non, tu n’es pas sérieuse! Je ne sais pas comment je ferais… bonne chance!». Rare sont les mamans de jumeaux ou de triplés qui peuvent affirmer ne jamais avoir entendu ce type de boutade. Peu de futurs parents ne ressentent pas une légère hantise face aux grossesses multiples. La peur est un corollaire de l’ignorance: pour la combattre, une experte lève le voile sur l’ABC de ces grossesses.
– Par Josée Descôteaux

Mais au fait, pourquoi concevons-nous des jumeaux ? La loi de la nature en est la seule maîtresse, bien que certaines techniques de procréation assistée (comme la médication induisant l’ovulation) augmentent la potentialité de concevoir des jumeaux.

Le double cadeau du ciel peut prendre deux formes : pour l’une d’elles, deux ovules issus d’une seule fécondation deviendront des jumeaux dizygotes. «Cette possibilité est plus grande pour les femmes plus âgées, mais elle est aussi influencée par l’hérédité», explique Dre Louise Duperron, gynécologue-obstétricienne en médecine fœto-maternelle au CHU Sainte-Justine.

L’autre type de jumeau, le monozygote, naît de la fécondation d’un seul ovule qui se scinde par la suite en deux embryons devenant des jumeaux identiques.

Concevons-nous davantage de jumeaux? Oui; le nombre de poupons issus de grossesses multiples (la majorité d’entre eux sont des monozygotes) est en hausse constante depuis une vingtaine d’années: en 2009, ils formaient 3,1% de l’ensemble des nouveau-nés au Québec, par rapport à 2,9% en 2008 et à 2,7% en 2005.

«Cette fois, il faut pointer du doigt la science, qui a inventé la procréation assistée», signale Dre Duperron. On estime d’ailleurs que 60% des naissances de triplés en sont issues… «Toutefois, il y a de moins en moins de triplés parce que nous réduisons le nombre d’embryons à deux lorsque la clinique de fertilité nous les envoie», précise-t-elle.

L’éthique de nos cousins américains en matière de procréation assistée est un peu plus élastique: les grossesses de plus de deux bébés affichaient en 2005 une augmentation de 400% par rapport à l’année précédente!

Plus à risques?
Maman et bébé courent-ils davantage de risques de subir maux et souffrances quand la naissance est double? Sans hésiter, l’obstétricienne affirme que les grossesses multiples portent toujours l’étiquette «plus à risques». D’abord, l’utérus étant évidemment surdimensionné et donc distendu, on peut s’attendre à un déclenchement hâtif du travail et incidemment, à la naissance de bébés prématurés (dans 50% des cas de grossesses multiples). D’autre part, les deux placentas sécrètent plus d’hormones qu’un seul placenta, ce qui accroît le risque que maman souffre d’hypertension, voire de prééclampsie.

«Le risque de malformation est plus élevé pour les monozygotes, parce qu’il peut y avoir un manque d’oxygène dans l’utérus», ajoute Dre Duperron. Le risque n’est pas certitude, heureusement. Il y a toutefois quasi-certitude en ce qui a trait à l’inconfort et aux maux de dos accrus que subissent ces mamans…

L’accouchement de jumeaux se compare-t-il à une double épreuve de mise au monde? «Pas systématiquement plus souffrant, il est généralement plus complexe lorsque le premier bébé est en position de tête et que le second se présente en position de siège, mais également lorsque les deux jumeaux ont adopté le siège pour la sortie», indique Dre Duperron. Dans le second cas, on recourt illico à la césarienne. «Quand le premier se présente par la tête et le second par le siège, nous utilisons une technique avec laquelle plusieurs gynécologues ne sont pas à l’aise, ce qui a fait grimper le taux de césariennes dans ces situations», poursuit-elle.

Doit-on prendre plus de précautions lorsque plus d’un bébé se prélassent dans son utérus? «Certes oui», confirme l’obstétricienne. Outre une saine alimentation, les médecins recommandent unanimement de cesser de travailler entre la 20e et la 24e semaine de grossesse. «La natation est le seul exercice que l’on devrait se permettre et la prise de vitamines synthétiques est essentielle, signale Dre Duperron. Il faut se mettre un peu plus “dans la ouate”», ajoute-t-elle.

Car lorsque les deux ou trois petits anges auront émergé de leur chaude cachette, maman devra s’extirper de «sa ouate»!


Josée Descôteaux


Paru dans Grossesse, Printemps 2011

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