Et si on laissait nos enfants se salir

À l’approche de l’été, les parents se réjouissent d’avance de pouvoir enfin laisser leurs enfants jouer dehors. De multiples occasions se présentent, tant au parc, dans les jeux d’eau, dans la nature que tout simplement dans la cour. Encore faut-il savoir où poser les limites…

Par Perrine Mangeot

Des questionnements surviennent souvent chez les parents inquiets  : qu’-est-ce que je peux autoriser et quelles sont les limites à donner à l’extérieur  ? Comment puis-je accompagner mon enfant dans ses découvertes  ? Peut-il rester seul ou loin de moi  ? Ces questions sont bien légitimes et peuvent avoir diverses réponses selon l’âge de l’enfant, sa personnalité et celle de ses parents…

Cependant, une chose est certaine, c’est que l’enfant a besoin de libérer son énergie pour faire place aux apprentissages, à tous les stades de son développement  ! L’activité motrice est donc un essentiel de son quotidien.

Le jeune enfant apprend par expérimentation, par imitation et grâce à son imagination. Il est donc important de laisser la place à ces trois aspects et même de les encourager. Le beau temps et l’accès au vaste terrain de jeu qu’est la nature représentent alors des atouts majeurs  !

L’expérimentation
Le jeune enfant appréhende le monde d’abord sur le plan moteur en touchant, courant, sautant, grimpant… C’est par des stimulations sensorimotrices qu’il prend conscience des limites de son environnement et donc de ses propres limites. Ce vécu corporel va lui permettre de structurer son rapport à l’espace, d’intégrer les notions de rythme et de temps, de développer son attention…

Il est donc utile de l’encourager à expérimenter  ! Le laisser jouer dehors sans avoir peur qu’il tombe, qu’il se blesse ou se salisse va lui permettre petit à petit d’enrichir ce vécu corporel et de déployer ses compétences motrices au service de ses apprentissages.

Au début, lorsque l’enfant est jeune, vous pouvez l’accompagner dans ses découvertes, rester proche de lui, l’encourager, voire lui montrer comment évoluer dans cet environnement magique et plein de nouvelles possibilités  !

Vous pouvez lui proposer, par exemple, d’être son GPS  ! Vous lui donnez un point de départ dans un espace défini et vous le guidez verbalement sur le trajet qu’il doit faire ainsi que sur le mode de déplacement qu’il doit utiliser  : «  -Tu pars de cet arbre en marchant comme une tortue jusqu’au banc en face…  » Une fois arrivé à destination  : «  -Tu cours jusqu’au rocher là-bas et tu t’arrêtes juste devant sans le toucher  », puis «  -Tu repars en marchant comme un dinosaure (à quatre pattes, jambes non fléchies) vers la gauche jusqu’à la balançoire  ».

Dans ce type de jeu, l’enfant acquiert les notions spatiales comme gauche/droite, dessus/dessous, devant/derrière et les notions de rythme comme rapide/lent. Mais il expérimente aussi l’inhibition motrice, lorsqu’il lui est demandé de s’arrêter, le contrôle moteur et l’équilibre lors des déplacements plus chaotiques.

L’imitation
C’est là que vous pouvez intervenir et même participer. Vous montrerez alors à votre enfant qu’il est capable de vous suivre dans un parcours improvisé en enjambant des troncs d’arbres, en sautant par-dessus des pierres, en rampant dans le sable… N’hésitez pas à vous mettre à la place de votre enfant, montrez-lui comment réaliser une action qui lui semble difficile, comme grimper sur une poutre au parc et la traverser en restant en équilibre, ou encore escalader une roche et en redescendre sans se faire mal. Utilisez la collaboration des plus grands comme exemple et comme motivation  : les plus jeunes voudront plus facilement faire comme eux. Vous pouvez aussi organiser des jeux participatifs où tous ont un rôle à tenir  ; par exemple, une chasse au trésor qui permet à chacun, quel que soit son âge, d’avoir une place dans l’évolution du jeu et de développer des habilités sociales importantes, comme le respect des autres, le partage et le travail d’équipe.

L’imagination
Le jeune enfant a une imagination débordante  ! Tout peut se transformer  ! Il s’agit alors d’embarquer avec lui afin de stimuler cette capacité et de l’enrichir. Le bâton de bois devient une baguette magique, la terre et l’eau mélangées dans une écorce deviennent l’onguent qui vous sauve tous des plantes toxiques présentes sur votre parcours… Vos yeux deviennent des rayons lasers qui trouvent tous les trésors «  abandonnés  » sur votre chemin… Il s’agit là d’encourager la spontanéité de votre enfant, de développer sa créativité et de l’aider à rester dans l’action. Notre société envahie d’écrans en tout genre et de jeux vidéo, si attractifs pour nos enfants, a tendance à les amener vers des occupations passives. Ces dernières sont tout à fait intéressantes dans ce qu’elles peuvent apporter aux enfants (développement de la logique et des stratégies, organisation visuo-spatiale…), pourvu qu’elles demeurent en complémentarité des jeux libres et inventifs qui mettent les enfants en mouvement aussi bien dans leur tête que dans leur corps  !

Finalement, toutes les expériences motrices de l’enfant, soutenues par son imagination, par l’imitation, par votre accompagnement, votre regard bienveillant, vont l’aider à développer sa confiance en lui, ses capacités relationnelles, son «  être au monde et aux autres  ».

Alors, n’oubliez pas, lorsque vous sortez avec votre enfant pour des activités dans la nature, de lui mettre des vêtements adaptés qui ne vous tiennent pas trop à cœur  ; et ayez toujours des lingettes sur vous pour nettoyer les petites mains de votre petit génie en herbe avant que le bain fasse sa job  !


Perrine Mangeot, psychomotricienne et coach familial
Membre du Réseau Nanny Secours

www.nannysecours.com   Facebook : NannySecours


Paru dans Moi Parent, Été 2019

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