L’art – Mon outil de résilience

J’ai longtemps pensé que mon chum ou les autres étaient dans ma vie pour m’aider à me relever quand j’étais dans une période difficile. Avant même d’être une maman, et surtout depuis que je suis une maman, ma dépendance aux autres et cet état de victime m’envahissaient.
Par Nathalie Lauzon

Ma fille a eu 2 ans et j’ai eu 40 ans. Je ne sais pas si ce sont des chiffres magiques, mais on dirait que je réalise bien des choses dernièrement. Le congé de maternité, et je dirais même les deux dernières années, furent pour moi une période difficile. Je me suis sentie particulièrement isolée, déprimée et incomprise. Avec une impression d’être seule dans ce défi de la maternité, je sors maintenant un peu de mon trou et je peux remercier l’art pour ça.

Mon outil du bonheur a longtemps été la photographie, et l’est encore. D’ailleurs en 2011, 2012 et 2013, j’avais d’ailleurs pris une photo et écrit un texte l’accompagnant, tous les jours. Ce sont 1096 jours consécutifs à prendre une photo de mon quotidien qui m’ont aidé à changer carrément ma vision de la vie, à contempler et à ressentir de la gratitude pour les petites choses. Déjà à cette époque, je ressentais les bienfaits de l’art dans ma vie, mais je n’en avais pas encore réalisé l’ampleur.1

L’automne dernier, je commençais à participer à des Soirées Paint Night et découvrais le zen derrière la peinture. Loin d’avoir un talent, j’appréciais tout de même ces moments entre femmes, ces moments avec moi-même, à tenter de reproduire une image présentée par l’artiste-animatrice. Des petits moments de bonheur pour moi!

Des suites de ces soirées j’ai décidé de faire de l’espace dans la maison: un coin art! J’ai enlevé les jouets de la petite et, tranquillement, je me suis créé un espace peinture juste pour moi. Les toiles et les couleurs acryliques du Dollarama ont commencé à s’empiler et la joie de me découvrir à travers celles-ci augmentait quotidiennement. Je copiais des images trouvées en ligne et j’ajoutais ma petite touche personnelle. Je me faisais bien rire!

L’audace
En janvier dernier, une petite folie s’est pointée «Et si je faisais une exposition?» Une exposition de peinture d’une femme qui ne fait pas de peinture! Une exposition parce que j’ai envie de relever le défi en ayant un objectif concret durant les mois d’hiver! Une exposition parce que l’art c’est accessible à tout le monde, non? Je ne me prends pas pour une artiste-peintre, mais je m’amuse et n’était-ce pas là l’important? On m’a déjà dit que l’échec n’existait pas alors…! Hihi

Et bien, je me suis lancée. Je suis allée rencontrer les propriétaires d’un café-restaurant et leur ai proposé l’idée. Me connaissant, ils croyaient que j’allais exposer en photographie, mais non… «Ce sera une exposition de peintures cette fois!» Ils furent enchantés, et moi, disons euh… apeurée! «Wow OK! Dans quoi je viens de m’embarquer?»

Mon audace et moi sommes allées acheter de grandes toiles et je me suis mise à la création quand j’avais un peu de temps en soirée. L’exposition était fixée pour tout le mois de mars, je n’avais donc vraiment pas de temps à perdre!

Devant ces grandes toiles blanches
Assise devant ces grandes toiles blanches, un peu comme devant les feuilles d’un futur livre, je me demandais bien ce qui allait sortir de moi. Quand je fais de la photographie, je m’inspire d’une scène devant moi et je compose à partir de celle-ci. Sauf que pour cette collection-ci, je ne voulais pas copier quoi que ce soit, je voulais explorer mon intérieur et me laisser surprendre.

Quel sera mon premier coup de pinceau? Quelle sera ma tangente? Mes messages? Mes inspirations? Mon style? Mes couleurs? Beaucoup de grandes questions pour une toute petite débutante!

Puis je me suis mise à peindre… sans trop réfléchir… J’essayais d’y aller simplement.
– En deux dimensions.
– Ah, des femmes?
– Bonjour!
– Des têtes de femmes avec de gros cheveux.
– Cool!

Des têtes de femmes avec de gros cheveux remplis d’objets et de réflexions.
• Des diagrammes, des formes, des réseaux, des images.
• Des femmes, sans bouche.
• Des femmes, les yeux fermés.

Bon, ça faisait un peu «freaky» au début, et réchauffé peut-être, mais je me suis laissée portée par cette vague d’inspirations sans trop me juger. Je n’avais pas le temps deme juger de toute façon, j’avais une collection à créer!

Puis un soir, j’ai compris le lien entre toutes mes toiles: je ne me sens pas entendue… mes yeux sont fermés, tournés vers mon intérieur. Ma tête est pleine d’images, de projets, de responsabilités, de réflexions, de croyances et de complexités. J’ai du mal à exprimer tout ce que je vis.

Est-ce que c’était ça aussi, la «charge mentale» que la dessinatrice Emma nous a magnifiquement fait découvrir? J’ai eu envie de dire oui.

Puis à force de regarder toutes ces femmes dans mon coin art, je les ai trouvées belles. Je me suis sentie privilégiée de les côtoyer, soir après soir quand la petite était couchée. Je leur parlais «dans ma tête», je leur donnais des noms, elles s’éveillaient et naissaient un peu plus à chaque coup de pinceau.

J’ai aussi trouvé intéressant de pouvoir les comprendre, au premier regard. Je voyais leur intérieur de tête! Leurs idées. Leurs réflexions du moment. Ce serait tellement «cool» de pouvoir voir la même chose lorsqu’on rencontre quelqu’un au bureau ou dans la rue, non? Voir les gens à nu, dans leur détresse, dans leur bonheur, leur moment. Les connaître et les aimer aux premiers regards. Il me semble qu’il y aurait moins de jugement et plus de compassion.

L’art, c’est fascinant
Tout de même fascinant de voir ce qu’une simple idée d’exposition a fait naître en moi, et comment j’ai réussi à mieux m’exprimer dans ce projet. J’ai visité mon intérieur et l’ai laissé naître et vivre sur des toiles. Je me suis vu accoucher de mon intérieur en peinture et j’adore la surprise et le résultat!

L’art, c’est de laisser voir notre intérieur à tout le monde. C’est se vulnérabiliser. C’est de baisser les gardes de notre cœur, sans dire un mot. Quand on est prêt, c’est apaisant, non?

Le 8 mars, c’est la Journée internationale de la femme et j’ai décidé de titrer mon exposition M’entends-tu? en l’honneur de nous toutes, qui avons parfois du mal à exprimer notre intérieur, à demander de l’aide, à dire les choses. Mon message n’aura pas eu besoin de bouche cette fois, il aura été dit autrement, il aura été dit en  peinture!

Du coeur au ventre…le livre
Au printemps 2017, je publiais Du cœur au ventre – Histoires de grossesse. Parmi les mamans qui ont accepté de se confier, Marcia Pilote.

«Des fois, je n’avais pas d’argent pour acheter des couches, et il arrivait toujours quelque chose ou quelqu’un pour m’aider… tout s’arrangeait. C’est vraiment à ce moment-là, même si j’avais déjà goûté à ça un peu lors de mon adolescence, que j’ai goûté réellement aux bontés de la vie, que j’ai compris que la vie ne nous laisse jamais tomber et qu’on doit faire confiance. Quand on lâche prise et qu’on s’applique, la vie s’occupe du reste.

Alors j’ai commencé ma vie d’adulte en même temps que commençait celle de mon bébé et j’ai commencé aussi ma vie spirituelle intense en même temps. J’avais déjà entrepris des démarches avant, mais j’ai été obligée de mettre en pratique des principes spirituels très importants, qu’on applique souvent juste à quarante ans! Ça s’appelle le “lâcher-prise”, la “foi en la vie”, ou encore “regarde, tout est possible dans la vie, même quand on a des ressources limitées”.»
– Marcia Pilote


Nathalie Lauzon
Photographe et auteure
www.nathalielauzon.ca / @nathalielauzonphotographe / info@nathalielauzon.ca

Références:
1. LAUZON, N. Un jour à la fois en images, pensées et beauté du quotidien, Béliveau Éditeur, 2013


Paru dans Maternité, Printemps 2018

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