Le 4e trimestre, bien s’y préparer

Pendant la grossesse et durant l’accouchement, les femmes enceintes sont généralement bien entourées. Leurs moindres gestes sont surveillés, notés, quan-tifiés. Il est rassurant pour elles de savoir que des gens sont là pour voir à leur bien-être et à celui de leur enfant. Mais, de retour à la maison, les nouveaux pa-rents se retrouvent seuls avec bébé. L’accompagnement des derniers mois n’y est plus. Si on pouvait entendre ce qu’ils ressentent, ça ressemblerait à: «Débrouillez-vous, maintenant!»
Par Camille Laperle

En tant que nouveau parent, on a parfois l’impression de tout faire tout croche! On aurait aimé être un peu mieux préparé aux nuits trop courtes. On s’était fait des attentes face à cette nouvelle vie de famille, et il est facile de devenir désillusionné. La réalité du quatrième trimestre choque. Ce n’est pas toujours rose comme on l’avait imaginé. C’est pourquoi la préparation au quatrième trimestre m’apparaît essentielle. Elle nous permet de ne pas trop avoir d’attentes. Comme ce sont ces attentes qui nous causent des déceptions, il est plus facile d’y aller au jour le jour, sans se faire trop de soucis. Je vous propose donc de décoller un peu votre nez de la grossesse et de l’accouchement imminent, car ce n’est que le commencement de l’aventure. Une grossesse n’implique pas juste un accouchement à la fin, mais aussi une toute nou-velle vie à découvrir, de l’adaptation, de l’acceptation et la responsabilité énorme de prendre soin d’un être humain complètement dépendant de nous.

Accordez-vous quelques mois après l’accouchement pour vous découvrir en famille, sans vouloir revenir à votre vie d’avant; parce que de toute façon, cette vie d’avant est bel et bien terminée. Le retour en arrière est impossible. Ça pourrait vouloir dire de ralentir le beat pendant les premières semaines, de vous faire des caucus en couple sur ce qui fonctionne bien et ce qui est à améliorer, d’accepter que votre corps ait changé et qu’il continuera de changer au fil des mois qui suivront ou encore simple-ment de réaliser que chaque bébé est unique.

Prendre ça relax les premières semaines
Le mot d’ordre pour les premiers mois: REPOS. C’est tentant de reprendre ses activi-tés rapidement après l’accouchement, mais c’est aussi dangereux pour le corps. Ten-tez de résister à l’envie de trop en faire, même si vous vous sentez en pleine forme. L’épuisement (burn out) maternel est réel, et beaucoup de femmes en souffrent. Mé-nagez-vous! Pour la nouvelle mère, les premiers mois post-accouchement lui serviront à guérir son corps physique et à trouver un nouvel équilibre. Si elle allaite, son corps travaillera très fort à établir la lactation (production de lait), et elle devra apprendre à allaiter (nourrir bébé). Elle passera par toute une gamme d’émotions, et de nombreux changements chimiques et physiques s’activeront en elle, sans même qu’elle s’en rende compte. Ce qu’on ne voit pas, on a tendance à ne pas y faire attention. Pourtant, à la naissance d’un enfant naît aussi une mère, une famille. Chaque naissance im-plique beaucoup de changements. La récupération physique, mentale, émotionnelle et spirituelle de la nouvelle mère n’est pas à prendre à la légère.

Dans les cas d’accouchements éloignés de l’idéal qu’on s’en était fait — ou même traumatiques — , il est important de verbaliser sa douleur par la suite. On peut en par-ler à des gens qui ne feront que nous écouter, sans chercher à nous conseiller ou à banaliser notre ressenti. On peut écrire notre histoire, procéder à une cérémonie, avoir recours à un bain de réappropriation de la naissance, un soin rebozo ou une tente rouge. L’acceptation est un long processus, et il faut se donner du temps.

Créer un plan postnatal
Depuis quelques années, le plan de naissance occupe une belle place dans la vie des futurs parents. La majorité d’entre eux en ont entendu parler. Beaucoup ont fait l’effort de mettre sur papier leurs souhaits, et la plupart des équipes médicales con-naissent ce document de travail. Qu’en est-il du plan postnatal toutefois? Un plan pour le postnatal aide à planifier la façon dont nous allons réussir à récupérer, malgré toutes nos tâches quotidiennes. C’est un plan pour déléguer finalement! On s’assure de savoir ce qu’on va manger, qui va cuisiner, qui fera l’épicerie, etc. C’est aussi une occasion en or d’avoir une discussion avec votre partenaire sur votre vision de la vie de famille. Vous pourriez parler de vos familles respectives, de vos limites, d’allaitement, de méthodes d’éducation, de votre sexualité, etc. En ayant une idée de ce que l’autre a en tête, on s’évite quelques surprises et on peut déjà commencer à travailler sur des compromis!

Engager de l’aide
Pour terminer, entourez-vous: c’est important! Les taux de dépression et d’anxiété chez les nouveaux parents sont énormes. C’est un court moment dans votre vie qui mérite d’être savouré. Les premiers instants avec un nouveau-né sont magiques. Ayez un village autour de vous pour vous materner et prendre soin de vous. Demandez de l’aide à des amis ou de la famille, ou engagez différentes personnes pour s’occuper de vous ou de votre maison (traiteur, femme de ménage, paysagiste, ostéopathe…)

Considérez, enfin, l’embauche d’une doula postnatale pour vous donner un coup de main au quotidien. La doula postnatale soutient les nouveaux parents en facilitant leur transition à la parentalité. Elle offre un soutien physique et émotif qui peut inclure de l’aide pour l’allaitement, le sommeil, les soins au nouveau-né, etc. Elle peut cuisiner pour vous, vous masser, vous proposer différents rituels traditionnels pour la guérison, et bien d’autres choses encore. Chaque doula a sa propre couleur, mais toutes adou-cissent ce passage en donnant aux nouveaux parents confiance en eux et en leurs capacités.

Et voilà mes quelques astuces pour bien préparer votre quatrième trimestre. J’espère avoir pu vous faire réaliser à quel point la planification est importante. Ceci étant dit, ne soyez pas trop rigides. Qui sait ce que bébé vous prépare?


Camille Laperle
Doula postnatale
Maternité Sacrée
www.maternitesacree.ca


Paru dans Moi Parent, Automne 2018

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