Le post-accouchement… ou comment reprendre possession de son corps

On parle beaucoup de la grossesse et de l’importance de prendre soin de soi pendant cette période de création d’un être humain, période merveilleuse, évidemment, mais tout de même déroutante ! J’ai eu beau apprécier (presque) entièrement ma première grossesse, il n’en reste pas moins qu’à certains moments, j’ai eu des vertiges.

Par Julie Emery

Durant ma grossesse, je me disais  : « On est deux en ce moment. Il y a un être humain qui grandit en moi et qui est tout coincé. Moi aussi, je suis en quelque sorte coincée. » J’ai vite chassé ces pensées pour ne pas sombrer dans l’anxiété, et par chance, ça a fonctionné ! J’ai très bien vécu ma grossesse et ce, dans l’harmonie. N’empêche que quelque chose de fondamental était ébranlé.

Ne plus être seulement avec moi-même. Être deux en permanence. Et que cette deuxième entité soit on ne peut plus dépendante de moi et de mon fonctionnement. Ouf, quelle responsabilité à porter ! Certaines doivent le vivre très bien, d’autres peut-être un peu moins.

Une impression de vide
Qu’on s’en rende compte ou non, la période post-accouchement, le retour à l’être unique que nous sommes, le retour à la gestion de son propre corps, c’est étrange dans les premiers temps ! D’autant plus que malgré toute la vie que le bébé apporte et malgré le fait qu’on est submergé d’amour, de couches et de tétées, il y a un vide.

Le ventre est vide et parfois, peut-être, un petit bout d’âme aussi. On n’est plus qu’une maintenant et c’est comme si on avait laissé une partie de nous sortir avec le bébé. Et ça, c’est un tout autre vertige. Évidemment, je ne crois pas qu’on soit en mesure de comprendre ça quelques jours ou semaines après la naissance, encore prise dans le tourbillon de l’adaptation et de la nouvelle vie qui commence. Mais au fil du temps, on commence à prendre conscience de notre corps et de ses atouts qui changent, de l’environnement autour de nous, on émerge d’une bulle de douceurs et parfois de difficultés à différents rythmes, selon différents paramètres. Mais on finit par émerger.

Un moment réparateur
Il y a eu, dans mon cas, un moment pour «  guérir les bobos  ». Les bobos physiques. Visite chez l’ostéo, rendez-vous d’acupuncture. Les soins s’enchaînaient pour me «  remettre d’aplomb  ». Puis, un jour, j’ai eu envie d’une douceur infinie. J’ai eu envie qu’on me touche. Moi. Juste moi. Et mon corps. Qu’on dépose des mains bienveillantes et surtout neutres sur mon corps. Pas celles de mon chum, pas celles de mon bébé, pas celles de ma mère ni celles de mes amies, aussi bienveillantes puissent-elles être  ! Je voulais des mains neutres pour que je puisse me sentir de nouveau. Pas sentir mon corps de nouvelle maman. Pas sentir mon corps de fille qui vient de recommencer à s’entraîner. Juste me sentir, moi. M’écouter respirer, me laisser bercer, me permettre de soupirer à grands coups juste pour faire entrer et sortir de l’air dans mes poumons. Prendre conscience de chacun de mes membres et de leur poids, ici, maintenant. De leur état d’engourdissement sourd et lointain. Comme si chacun de mes membres avait parcouru un long voyage et était revenu épuisé. Capable de fonctionner (même de sur-fonctionner) mais légèrement engourdi par le choix de mettre l’énergie ailleurs.

Ce moment réparateur, je l’ai eu pendant un massage formidable. D’habitude, j’aime me faire masser profondément et me sentir un peu courbaturée le lendemain. Le genre de massage plus sportif que contemplatif, ça me plaît. Mais, ce jour-là, j’ai eu besoin de l’inverse. Et je me suis fait masser par une nouvelle thérapeute, dont je ne connaissais pas l’approche. Je suis sortie de ma zone de confort pour essayer autre chose… ce qui fut incroyablement salvateur. J’aurais tiré un bienfait physiologique immense à me faire masser « comme d’habitude », mais mon corps me réclamait autre chose. Mon âme avait besoin d’un pont. Un pont vers mon corps.

L’âme et le corps en harmonie
Au fil du temps, j’ai repensé à ce moment vécu quelques mois après la naissance de mon premier enfant. Et j’ai réalisé l’importance qu’il avait eue, sans que je me rende tout de suite compte de l’étendue de son impact. Je m’étais réappropriée mon propre corps. J’étais redevenue Julie. Pas une nouvelle maman. Pas une femme qui allaite. Pas une entrepreneure en congé de maternité. Simplement moi. Mon âme et mon corps en harmonie, à nouveau. Mine de rien, ça a duré près d’un an, cette période de connexion différente face à mon corps. Je n’avais jamais eu à vivre ça auparavant et je dois dire que je n’ai pas trouvé ça facile !

Dans le cadre de mon travail, je rencontre beaucoup de femmes qui viennent de donner naissance, de toutes sortes de façons. De belles histoires, des histoires qui comportent leur lot de traumatismes. Et je crois que c’est primordial de trouver notre façon à nous de reprendre notre contact interne. Que ce soit par la massothérapie, le yoga, l’ostéopathie, l’endermologie ou la méditation, il y a très certainement une approche qui viendra vous permettre de créer ou de recréer le pont à votre rythme, selon vos aspirations et besoins.

Ça vaut tellement la peine de s’accorder le temps de se retrouver. On redevient une personne entière, et ça, ça fait un bien fou ! Il y a plusieurs outils qui peuvent aider, ça vaut la peine de chercher pour trouver ce qui nous convient. Les expertes en périnatalité ont toujours de bons conseils à nous donner !

 

Julie Emery
Station Myo et la Source en Soi

www.lasourceensoi.com    Facebook : lasourceensoi


Paru dans Moi Parent, Été 2019

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