Maman! J’ai mal aux jambes!

Au moment d’aller au lit le soir, ou durant la nuit, votre enfant se plaint de douleurs aux jambes. Cela s’expliquerait fort probablement par un diagnostic de «douleurs de croissance». En cette période où les jeunes sont plus actifs et où les douleurs peuvent davantage se manifester, comment prévenir et surtout guérir ce mal loin d’être imaginaire.
Par Camille Bernard

En effet, ces douleurs ne tiennent pas du mythe; elles sont bien connues de la médecine pédiatrique. Les douleurs de croissance surviennent généralement chez les enfants de 3 à 5 ans et de 9 à 15 ans, touchant de 3% à 37% d’entre eux et davantage les garçons. Souvent, chez les enfants qui en souffrent, on note un lien génétique avec les parents, qui auraient dans leur enfance souffert de cette affection.

Signes et symptômes
Après une journée particulièrement mouvementée durant laquelle l’enfant aura couru, sauté et bougé sans arrêt, il est possible que le surmenage physique se traduise par une douleur en fin de journée ou durant la nuit.

Ces douleurs sont la plupart du temps ressenties dans les deux jambes et, malgré qu’elles puissent se déplacer d’une partie spécifique à une autre, elles sont facilement identifiées par l’enfant, qui les localisera dans:
– Les mollets (généralement le site le plus fréquent)
– L’arrière des genoux
– Les cuisses
– Les tibias (le bas de la jambe)

Elles peuvent survenir de manière récurrente ou épisodique et peuvent durer plusieurs semaines, entrecoupées d’intervalles sans douleurs pouvant s’étaler sur quelques jours ou plusieurs mois. L’intensité de la douleur quant à elle peut varier de légère à modérée et devenir parfois sévère. Après un épisode nocturne de douleurs dans les jambes — la majorité du temps au réveil —, l’enfant retrouve sa forme physique normale. Lorsque les parents ou le médecin examinent l’enfant, il n’y a pas de signe d’enflure dans les régions où les douleurs sont ressenties.

Puisque l’intensité de la douleur est variable et intermittente, il est possible que certains enfants soient peu perturbés, alors que d’autres n’arriveront pas à gérer cette douleur, ce qui nécessitera l’intervention des parents.

Les causes physiologiques
Les causes exactes des douleurs de croissance ne sont pas à ce jour bien définies par la médecine pédiatrique. Dans la majorité des cas, les douleurs de croissance ne sont pas un problème médical et ne nécessitent pas d’examen clinique particulier, sauf dans le cas de signes et de symptômes pouvant mener à d’autres diagnostics possibles (voir tableau Consultez un médecin si…).

Cependant, dans la littérature scientifique, des notions se basant sur la compréhension de l’anatomie et de la physiologie de la croissance de l’enfant pourraient expliquer et définir le mécanisme des douleurs de croissance.

La croissance des membres inférieurs de l’enfant âgé entre 3 et 5 ans et du jeune entre 8 et 12 ans est particulièrement importante. Les os de la cuisse (fémur) et de la jambe (tibia) peuvent en effet allonger considérablement en quelques semaines seulement.

Conséquemment, afin de pouvoir s’adapter à l’allongement rapide des os en croissance accélérée, les muscles des jambes subiront une tension d’étirement.

En s’attardant avec précision à l’anatomie musculo-squelettique, des spécialistes ont aussi élaboré l’hypothèse de «causes mécaniques» pouvant expliquer la dynamique structurelle des douleurs de croissance. Les muscles dans les jambes (et dans le reste du corps) sont attachés aux os par les tendons et les fascias en des endroits très précis. Ces structures d’attaches ont la particularité d’être à la fois souples et, pourtant, en partie inextensibles. Durant les différentes périodes de poussée de croissance, les régions où l’enfant ressent les douleurs sont précisément situées localement là où se trouvent ces structures d’attaches des muscles des jambes. Une poussée de croissance occasionne un allongement significatif des os, ce qui entraîne un étirement intense, continu et inhabituel des muscles des jambes. Les structures d’attaches des muscles subissent alors une tension importante, ce qui explique la douleur locale ressentie par l’enfant dans les régions affectées de ses jambes.

Ainsi, la cause principale des douleurs de croissance serait donc reliée au manque de souplesse musculaire et non aux os comme tels. Les douleurs de croissance sont davantage engendrées par l’étirement des muscles, ce qui occasionne de la douleur aux structures d’attaches jointes aux muscles des jambes.

Le lien entre les douleurs de croissance survenant à la suite d’une journée d’activité physique intense et le développement physiologique et anatomique de l’enfant suit donc cette logique d’un probable manque de souplesse musculaire.

Traitement et prévention
L’intensité des douleurs de croissance est très variable d’un enfant à l’autre. Certains seront peu incommodés, alors que d’autres auront besoin d’interventions pour diminuer la douleur. Il est important de prendre le temps d’écouter l’enfant et d’être attentif à ses symptômes. Afin de soulager la douleur, il est recommandé de masser la région affectée et d’y appliquer de la chaleur. Si l’enfant ressent des douleurs intenses, il est possible de lui administrer un analgésique mineur (acétaminophène ou ibuprofène). Cependant, les douleurs de croissance pouvant être intermittentes, il est important de considérer que la surconsommation de médication peut entraîner des conditions cliniques néfastes chez l’enfant. Soyez prudent!

L’ostéopathie et les douleurs de croissance
L’ostéopathie est une approche thérapeutique globale du corps. Les tests d’évaluation et les techniques utilisées visent à identifier et à traiter les causes des douleurs et les déséquilibres de manière à ce que les symptômes régressent. Dans l’approche du traitement des douleurs de croissance, l’ostéopathe spécialisé en pédiatrie maîtrise particulièrement la connaissance des processus de développement du système musculo-squelettique de l’enfant, ce qui lui permet d’identifier et de traiter avec précision et efficacité les structures affectées par les transformations liées à la croissance. L’ostéopathie se distingue également par le traitement de l’ensemble des régions du corps de l’enfant qui subissent des transformations importantes tout au long de la période de croissance.

Lors de la première rencontre avec un jeune patient dont les parents consultent pour des douleurs de croissance, l’ostéopathe en profite pour procéder à une évaluation de l’ensemble du squelette, de la musculature et de la symétrie globale de la posture de l’enfant. Pendant la période où l’enfant a commencé à marcher, jusqu’à ce qu’il atteigne sept, huit ou neuf ans, ses membres inférieurs subissent des adaptations très importantes, lesquelles influencent la symétrie du bassin, de la colonne vertébrale et l’ensemble du corps en formation. La médecine pédiatrique documente avec spécificité les déformations et malformations des membres inférieurs liées au processus de croissance (genu varum/valgum, endogyrisme/exogyrisme, pieds plats, creux, équins, etc.). Le travail de prévention préconisé en pratique clinique est justement d’identifier le plus tôt possible une anomalie ou une asymétrie structurelle de croissance afin de réduire ses possibles impacts négatifs sur le développement de l’harmonie du corps du jeune enfant. Afin d’optimiser le traitement et de réduire le nombre de visites en clinique, le spécialiste pourra également recommander des exercices que l’enfant pourra reproduire facilement, dans un processus d’amélioration de sa santé.

3 recommandations pour prévenir les douleurs de croissance
1. Enseigner à l’enfant des exercices d’étirement à pratiquer avant d’aller au lit.
2. Conseiller à l’enfant de prendre l’habitude de s’étirer, avant et après la pratique d’activités physiques.
3. Consulter un thérapeute de la santé tel qu’un ostéopathe ou un physiothérapeute spécialisé en pédiatrie.

Consultez un médecin si…
– Les douleurs ressenties durant la nuit persistent durant la journée.
– L’enfant ne peut continuer à faire ses activités au quotidien.
– L’état général de santé de l’enfant se détériore et il a de la fièvre.
– Une partie des jambes est enflée, rouge et elle est douloureuse au toucher.
– L’enfant boite et ne peut tenir debout sur sa jambe.
– Des boutons apparaissent sur son corps, accompagnés de douleurs.


Camille Bernard
Ostéopathe DO
Clinique d’ostéopathie Camille Bernard
www.camillebernardosteopathe.com

Camille Bernard se spécialise auprès des nouveau-nés et des femmes enceintes. Les infirmières, les sages-femmes et les médecins la recommandent à leurs patients, pour des traitements en ostéopathie. Elle a rédigé un mémoire de maîtrise sur les asymétries crâniennes du nourrisson. Elle a été marraine d’allaitement pour Nourri-Source pendant plus de 23 ans.

Références:
– TURGEON, J., BERNARD-BONNIN, A-C., GERVAIS, P., OVETCHKINE, P., et GAUTHIER, M. (2007). Dictionnaire de thérapeutique pédiatrique Weber, 2e édition, Gaëtan Morin Éditeur.
– BEERS, M. H., PORTER, R. S., JONES, T. V., KAPLAN, J. L., BERKWITS, M. (2006). Le manuel Merck: diagnostic et thérapeutique, 4e édition française. Merck Research Laboratories.
– VEKEMANS, G. (2013). L’ABC de la santé des enfants. Les éditions La Presse.
– SCHERL, S. A. (2004). Common Lower Extremity Problems in Children. Pediatr Rev. 25:52-62.
– SULLIVAN, J. A. (1999). Pediatric Flatfoot: Evaluation and Management. Journal of the AAOS. 7:44-53.
– SERGUEEF, N. (2007). Ostéopathie pédiatrique. Elsevier Masson S.A.S.


Paru dans Moi Parent, Été 2018

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