Mon enfant, mon miroir

Mon enfant, mon miroir

Lorsque notre enfant naît, nous acceptons pratiquement tout de lui. La relation est pure et presque parfaite entre nous. Plus il grandit, plus nous avons des attentes et subitement nous nous mettons à réagir à tout ce qui nous dérange. Mais qu’est-ce qui nous dérange justement…
Par Hélène Renaud et Michel-Jacques Bergeron

Petit à petit, des ondes négatives viennent embrouiller l’amour que nous lui portons. On dit que les enfants sont le miroir de leurs parents. Ils viennent nous montrer nos beaux côtés, et paradoxalement, ils viennent aussi nous secouer, nous démontrer ce qui ne va pas en nous. Comme on le dit souvent: «Les enfants savent exactement sur quel bouton peser pour nous faire réagir.» C’est qu’ils nous reflètent un aspect de nous que nous n’aimons pas.

Un miroir ne peut nous tromper; si nous nous regardons dans celui-ci et que nous avons un air triste et les bras croisés, c’est ce que nous apercevrons, et non le contraire; nous ne nous verrons pas souriants avec les bras dans les airs. L’observation du miroir que nous projette l’autre nous permet d’avoir un portrait réaliste de ce que nous sommes, de dépasser nos fausses croyances à notre sujet et de sortir plus rapidement de nos souffrances.

Un comportement ou une situation conflictuelle nous fera réagir avec plus ou moins d’intensité selon le degré de notre mal-être. Il est clair que tout ce qui nous dérange et nous affecte chez notre enfant nous renvoie à nos propres défauts. Plus quelque chose nous fatigue, plus cela nous concerne, parce que c’est nous qui souffrons. Il vient nous montrer que nous portons cela en nous. Il se manifeste dans un pôle (miroir direct) ou dans l’autre (miroir indirect), mais c’est le même déséquilibre intérieur.

Par exemple, le négativisme de notre enfant nous horripile. Nous sommes remplis d’émotions quand cela se produit. C’est notre repère le plus fidèle qui nous montre notre propre négativisme (miroir direct) ou notre positivisme exagéré (miroir indirect). La plupart du temps, c’est ce que nous nous cachons et que nous ne voulons pas voir en nous. Nous ne le voyons que chez notre enfant, que nous percevons comme mal intentionné.

Si nous sommes respectueux avec certaines personnes, mais parfois arrogants envers d’autres, est-ce que nous pouvons affirmer que nous sommes des gens respectueux? Trop souvent, nous nous croyons respectueux parce que nous sommes des gens polis et ayant de bonnes manières en public. Cependant, nous réagissons au manque de respect de nos enfants parce que nous nous croyons respectueux. Si nous avons une telle réaction, est-ce possible que nous nous leurrions?

Devant une telle attitude agressive de notre enfant, nous réagissons fortement et malgré nos valeurs de respect et de non-violence, nous ne pouvons nous contenir et nous jouons le même jeu que lui en l’attaquant verbalement et en le bousculant un peu.

Tirer profit de la situation
Si nous sommes en quête d’une transformation personnelle, ce miroir est le moyen le plus rapide et le plus puissant qui nous est offert pour nous libérer d’une façon de faire que nous ne voulons plus vivre et transmettre à nos enfants.

Avoir une conscience élevée, c’est regarder les émotions que cela nous fait vivre et les réactions que cela provoque en nous, pour réaliser que nous aussi nous sommes agressifs et violents. Aidés par cette lumière de conscience, nous pouvons observer, sans nous juger, cette même caractéristique (forme) qui nous habite (miroir direct) et la souffrance que cela nous fait vivre. Avec humilité et acceptation, nous devons décider d’entreprendre la transformation en défaisant nos émotions. Voyant que cela n’atteint plus son parent et influencé par le nouveau modèle qui lui est présenté d’une personne véritablement non violente, il agira de la même façon. Sans contredit, nous assisterons à notre libération à tous les deux. À l’avenir, nous ne réagirons plus avec cette même intensité et notre enfant aussi se transformera. Notre façon de réagir s’atténuera par étapes selon notre degré d’ouverture à vouloir se transformer. Quand nous sommes conscients, nous comprenons; ce sont les réactions de l’inconscient qui nous déstabilisent. Lorsque le miroir devient clair, l’incompréhension disparaît et n’a plus sa raison d’être. Ainsi, nous pouvons agir au lieu de réagir.

Ce n’est pas la souffrance de notre enfant qui nous fait peur; en fait, quand il la vit, elle nous ramène à la nôtre. C’est pour cela qu’il nous est souvent insupportable d’entendre un enfant, pleurer ou exprimer une colère. Regarder cette émotion avec calme en la reconnaissant tout simplement et en l’acceptant permettra la transformation de notre perception.

Pour un résultat efficace et rapide, nous ne devons pas nous leurrer, nous devons accepter l’image nous provenant de l’autre exactement comme nous la voyons, sans succomber à la tentation d’enlever certains aspects que nous ne voulons pas voir. Refusons toute échappatoire. Cela nous concerne à cent pour cent. Plutôt que de regarder honnêtement ce que nous sommes, nous préférons nous croire supérieurs. Cette façon de voir notre enfant comme inférieur provoque un sentiment de mépris envers lui. Nous voyons le problème uniquement en lui. Nous sommes innocents, il est coupable, cela justifie nos jugements.

Par exemple, je considère mon fils comme très égoïste et je suis choqué par son attitude. Je ne dois pas minimiser le miroir de mon égoïsme en me disant: «C’est vrai que je suis égoïste, mais pas à ce point-là!» Le piège, c’est de croire que puisque je fais un peu de bénévolat au hockey, je suis moins égoïste que lui.

Si nous ne faisons pas humblement et consciemment ce travail d’introspection avec le miroir que nous présente notre enfant nos souffrances actuelles ne pourront pas guérir et nous rencontrerons sur notre chemin le même type de comportements qui nous affecteront, car la vie se charge de nous présenter nos difficultés d’une façon récurrente. Elles se manifesteront tant que je n’aurai pas désiré et décidé de ne plus les vivre. L’exercice du miroir est le plus beau cadeau que nous puissions nous faire: l’humilité nous offre tout alors que l’orgueil nous enlève tout.


Hélène Renaud et Michel-Jacques Bergeron
Pédagogues, auteurs, formateurs de formateurs et spécialistes des relations. Grâce à leur expertise, ils agissent comme conférenciers lors de nombreux colloques et événements à caractère éducatif. Depuis vingt ans, ils ont offert plus de 3500 conférences. Ils transmettent leur enseignement au Québec, au Canada et en Europe. Ils sont coauteurs de sept formations, dont la formation Parent-guide, Parent-complice.
Les Formations COMMEUNIQUE INC. offrent les formations Parent-guide, Parent-complice, Couple-guide, 
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450 461-2401 ou renaudhelene@commeunique.com


Paru dans Grossesse, Printemps 2015

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