Pourquoi apprendre aux enfants à gérer leurs émotions?

En voilà une bonne question! Pourquoi devrions-nous prendre le temps de montrer aux enfants à gérer leurs émotions, et ce, dès leurs premiers mois de vie? La réponse est archi simple: en connaissez-vous beaucoup de bébés qui viennent au monde avec la gestion des émotions intégrée? Moi, NON!
Par Nancy De Sousa

Tout le monde, sans exception, doit apprendre, en tout premier lieu, qu’est-ce qu’une émotion pour ensuite pouvoir l’apprivoiser. La première fois qu’un bébé a de la peine, a faim, a soif, est mouillé… son réflexe est de pleurer, et je dis bien réflexe, parce que franchement, il ne sait pas ce que ça donnera! Alors, il le fait, n’ayant pas encore d’autre moyen de s’exprimer. Voici que maman ou papa arrive. MAGIE! Est-ce que c’est une simple coïncidence? Pas encore certain de ce nouveau pouvoir, le nouveau-né décide alors de retenter sa chance: «Si je pleure encore, est-ce que des bras réconfortants apparaîtront? Essayons!» Ainsi naît la première leçon sur la gestion des émotions.

Les émotions, ça s’apprend!
Ensuite viendra la première colère. Bien sûr que ça viendra, puisque la colère est une émotion comme toutes les autres et que nous avons tous le droit d’être en colère un jour ou l’autre. Mais qu’arrive-t-il si personne n’est là pour guider cette colère? Si personne ne met des balises sur la façon dont nous devons vivre ce sentiment si envahissant? Attention! Ici, je ne parle pas d’étouffer la colère, d’empêcher qu’elle soit vécue… Oh non, loin de moi cette idée, car cette façon de faire mène très rarement par la suite à des situations fructueuses. Je parle plutôt d’apprendre à l’enfant ce qu’il est correct de faire lorsqu’il est en colère et ce qui est intolérable.

Admettons que votre doux agneau entre subitement dans une tempête émotive, parce que sa petite sœur a brisé son camion préféré ou sa poupée préférée, peu importe, que vous êtes là, observant la scène sans intervenir, et que lui explose de toutes les manières possibles et imaginables. Vous vous dites: «Haaa! Ce sont des chichis d’enfants, ils seront capables de se débrouiller!» STOOOOPPP! Non, non, non! Si vous ne lui montrez pas dès maintenant qu’il y a des limites à ne pas dépasser même lorsqu’on est en colère, il sera difficile après de lui faire comprendre qu’on ne tape pas sur les amis à la garderie ou au parc! Un jour ou l’autre, vous n’aurez pas le choix de ramener votre bout de choux sur le droit chemin, car je donne ma main à couper que les autres parents ne seront pas tout à fait d’accord de laisser votre mini-vous frapper leurs précieux trésors!

Mettre des balises, c’est aussi ça, aider les enfants!
Il n’y a pas de temps à perdre, il faut cesser de croire qu’il est toujours trop tôt pour enseigner aux enfants la gestion d’émotion. Si votre enfant est assez grand pour taper, tirer les cheveux, pincer, crier, lancer, etc. Alors, il est assez grand pour comprendre que ça ne se fait pas! Aussi jeune soit-il, intervenez, mais toujours avec bienveillance. Nous n’apprenons pas à un enfant à ne pas taper en tapant, tout comme nous n’apprenons pas à un enfant à ne pas crier en criant! Soyez doux dans votre intervention, mais ferme!

Ha! Ben là! Qu’est-ce qu’elle veut dire, celle-là: «doux, mais ferme… bienveillant, mais sans être brut! Misère!» Oui, oui, je vous entends d’ici!

Je vous donne un exemple. Votre bambin de 18 mois est dans vos bras (ichhh! 18 mois c’est jeune! Eh oui!) et il décide comme ça de vous donner une belle claque en plein visage! Par pitié, ne lui dites pas d’un ton presque amoureux… «Non, chéri, on ne fait pas ça!» Il va se dire: «Ha ben coudonc! Elle n’est pas fâchée, pis en plus, je n’ai pas de conséquence, allons-y pour une autre!» Voici venir la deuxième et vous de répliquer: «Ben non minou! Ça fait bobo à maman!» En tant qu’adulte, pensez-vous vous en sortir aussi bien si vous décidez de faire pareil à un compatriote adulte? Pas sûr!

Revivons la scène avec bienveillance et fermeté. Votre bambin vous refait le même coup, vous devez lui donner un premier avertissement parce que, évidemment, il est en plein test et avant de l’avoir fait, il ne sait pas que c’est incorrect. C’est là que commence la différence. D’une voix ferme, pas hurlante, ni menaçante, juste ferme, dites-lui: «Non, on ne frappe pas! Si tu recommences, je te dépose par terre!» Voilà, le message est clair et il sait à quoi s’attendre s’il recommence. Oui, oui! Même s’il n’a que 18 mois, il comprend… Les enfants comprennent beaucoup plus que ce que les adultes croient ou veulent croire. Dans toute sa naïveté, il se peut que votre enfant ait envie de se réessayer et c’est là que votre fermeté et votre cohérence sont importantes. Vous devez absolument faire ce que vous avez annoncé comme conséquence sinon tout cela n’aura servi à rien. Sans plus, vous déposez votre joli chaton par terre et c’est tout, il pleurera peut-être, mais il saura qu’on ne frappe pas.

C’est pareil pour toute les situations de colère, vous avez tout à fait le droit de lui dire que vous comprenez qu’il soit en colère et que c’est un sentiment légitime; que ça arrive à tout le monde même à vous, mais qu’on ne mord pas, ne frappe pas, ne crache pas, ne lance pas, ne détruit pas, ne pince pas, etc. C’est important! Il a besoin de savoir ce qui est permis ou non! Ce n’est pas inné. Rien ne vous empêche de désigner un coin de la maison où il pourra évacuer le trop-plein. Sérieusement, même nous, adultes, avons des façons de faire sortir la vapeur (sport, verre de vin, gribouillages, discussion entre amis… et j’en passe). Pourquoi ne pas leur permettre de souffler eux aussi?
Quand est-ce qu’on arrête?

J’aurais tendance à dire: JAMAIS! Les enfants ont continuellement besoin d’être guidés et ramenés sur le droit chemin. Même nous, les adultes, nous avons parfois besoin d’une épaule sur laquelle nous appuyer et qui nous éclaire lorsque les émotions sont trop fortes. Alors, c’est pareil pour les enfants!

Pensez aussi aux adolescents qui expérimentent de nouvelles émotions. Notre travail de parent prend une autre tournure. Les premières amours apparaissent et il faut les aider à garder les pieds sur terre. Nous devenons alors les guides dans l’apprivoisement d’une nouvelle sorte d’amour. Il faut aussi être prêt quand malheureusement ce premier amour disparaît. Notre travail sera peut-être pénible, mais nous nous devons de leur enseigner, du mieux que nous pouvons, que la peine n’est que passagère, que ça passera et que bientôt le soleil brillera à nouveau. Ce sera l’apprentissage de la peine avec tous ses mauvais côtés, mais aussi une nouvelle étape de la vie qui transformera votre futur adulte.

Ce sera le moment parfait de mettre notre impulsivité de côté pour faire place à un côté plus rationnel afin de guider clairement notre grand ou notre grande sans nous laisser, nous-mêmes, envahir par nos émotions. Après tout, un autre être humain vient de faire de la peine à notre presque-mais-pas-encore-adulte! GRRRRR!

Et c’est là que je réitère mon JAMAIS! Parce que même adultes, nous continuons à apprendre beaucoup de choses sur les sentiments et spécialement sur NOS sentiments. Ils évoluent au fil du temps, tout comme nous évoluons. Au fur et à mesure que nous vieillissons, nos goûts changent, nos besoins changent et nos sentiments changent aussi. C’est ça la beauté des sentiments! Ils ne sont pas fixés pour toujours et nous pouvons, mais surtout nous avons le droit de modifier notre façon de penser et de percevoir les choses. Nous avons le pouvoir de modifier ce qui nous a été inculqué étant jeune et que nous avons gobé sans nous poser de questions. Oui, nous le pouvons, sans culpabilité (un autre merveilleux sentiment que nous devons travailler, surtout nous, les mamans)!

Finalement. Pourquoi?
Pourquoi enseigner aux enfants à gérer leurs émotions? Parce que c’est un magnifique cadeau que nous leur offrons et qui les suivra toute leur vie. Parce que ça aide drôlement à diminuer l’anxiété, à réduire les peurs. Parce que la raison numéro un de l’anxiété c’est une mauvaise gestion des émotions. Parce que ça aide à mieux se comprendre et à nous respecter. Parce que ça nous aide à vivre en société en verbalisant et extériorisant de façon saine ce qui se passe à l’intérieur. Parce que tout le monde a le droit de s’exprimer et que ce n’est pas inné. Parce que la vie est remplie d’émotions. Je dirais même plus parce que la vie C’EST de l’émotion.

Le jour où nous ne ressentirons plus d’émotions, je crois que ce jour-là, nous ne serons plus de ce monde!

Avec tous mes meilleurs sentiments.


Nancy De Sousa
Fondatrice de Les Trésors de la Terre
Professeure de Yoga pour enfants
Membre de Maison Cybèle
@lestresorsdelaterre


Paru dans Maternité, Hiver 2018

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