Préserver le sommeil du plus vieux à l’arrivée du nouveau bébé

L’arrivée d’un deuxième enfant dans la famille suscite beaucoup de joie, mais aussi une part d’inquiétude. Comment réagira le plus vieux devant cet événement? ­Est-ce qu’il devra partager sa chambre avec le bébé? ­Ses nuits ­seront-elles perturbées par les pleurs du poupon? ­Quelles seront ses réactions si le bébé partage la chambre de ses parents alors que lui dort seul dans son lit et dans sa chambre? ­Voilà autant de questions auxquelles on aimerait bien obtenir des réponses… avant l’arrivée de bébé numéro 2.
Par ­Brigitte Langevin

Puisque la perception que se fait l’être humain de son environnement et de ses relations est unique, c’est bien difficile de prédire comment réagira l’aîné à l’arrivée du cadet. Certains enfants tombent en amour avec le nouveau bébé et le câlinent comme s’ils en étaient le parent, tandis que d’autres, à l’opposé, le perçoivent comme un intrus qui débarque un beau jour… sans jamais repartir. Il va de soi qu’une période d’adaptation est nécessaire pour toute la famille. Alors, comment bien préparer l’aîné afin de conserver le plus possible ses acquis en matière de sommeil? Voici quelques pistes.

Préparez la chambre du nouveau bébé deux ou trois mois avant son arrivée
De cette façon, si vous avez besoin de récupérer la bassinette du plus vieux, il aura le temps de s’adapter à son nouvel ameublement et à sa nouvelle literie. Toutefois, s’il y a moins de 24 mois qui séparent les deux enfants, il est parfois préférable de se procurer un deuxième lit avec des barreaux. Le transfert à un lit de transition ou un «lit de grand» demande une grande adaptation chez certains enfants. Pour savoir s’il est prêt, rappelez-vous comment s’est déroulé, dans son milieu de garde, son passage de la pouponnière, où il dormait dans un parc ou une bassinette, au groupe d’enfants de 18 mois et plus, qui, eux, dorment sur un matelas de sol pendant la sieste. Ce n’est pas toujours garant d’une similitude pour le sommeil à la maison, mais ça vous prépare un peu. Enfin, il est bon de savoir que le lit à barreaux, s’il demeure sécuritaire, c’-est-à-dire que l’enfant n’arrive pas à l’enjamber, convient très bien jusqu’à 30 mois. Oui, vous serez peut-être jugé par vos amis et votre famille… mais parfois, il faut choisir ses batailles et faire fi du jugement des autres.

Permettez aussi à votre aîné de participer aux préparatifs de sa nouvelle chambre, particulièrement si vous devez changer complètement son environnement pour dormir. Mettez-y de l’enthousiasme, car plus vous vous sentirez à l’aise et confiant, mieux votre enfant s’adaptera.

Ne jamais présumer de rien!
En tant que parents, notre sommeil est tellement bousculé, durant les premières semaines et parfois durant la première année, qu’on est pratiquement convaincus qu’il en sera de même pour notre aîné. Eh bien, détrompez-vous. Si le plus vieux dormait sur ses deux oreilles avant l’arrivée de bébé, il continuera de le faire après. Il y aura bien une ou deux fois où il sera incommodé par ce nouveau bruit nocturne, mais si vous vous faites rassurant sur la provenance de ce nouveau son en lui rappelant que c’est sa petite sœur ou son petit frère qui réclame à boire, il s’adaptera rapidement. Le piège ici serait de trop en faire pour qu’il se rendorme. Quelques mots prononcés dans l’encadrement de sa porte de chambre, afin qu’il vous voie, sont souvent suffisants.

Aussi, lorsque le bébé s’éveille la nuit, ne «sautez» pas sur lui aussitôt qu’il chigne pour le nourrir rapidement afin d’éviter les bruits, parce que vous pensez que l’aîné se réveillera à coup sûr. Le plus vieux ne pourra pas s’habituer aux nouveaux sons si vous agissez ainsi, et le plus jeune pourrait seulement être en train de rêver et ne pas être encore réveillé. Ce serait alors dommage d’avoir réveillé le nourrisson…

Évitez d’utiliser des bruits blancs (sons constants et monotones qui font office de bruit de fond) pour masquer les bruits
Oui, tous les parents ont peur de se retrouver avec deux enfants qui pleurent en même temps durant la nuit, mais si vous avez peur, dès le départ, de la réaction du plus vieux au cours de la nuit et que vous ne permettez pas au plus jeune d’émettre quelques sons, vous risquez de devenir obsédé par les moindres bruits que génère une simple vie à deux. Les bébés et les enfants sont capables de dormir parmi les bruits provoqués par les pleurs d’un autre enfant durant la nuit, simplement parce qu’ils ne se sentent pas interpellés par ce bruit, contrairement à nous, les parents. Comme ils n’en portent pas la responsabilité, ils dorment sur leurs deux oreilles.

Surtout, n’oubliez pas de permettre à votre bébé de s’adapter aux sons des nouveaux occupants qui font partie de sa vie. Papa peut encore prendre sa douche avant d’aller au lit et peut préparer son café avant de partir le matin, de même que fiston peut exprimer ses émotions et jouer avec passion durant les siestes du plus jeune.

Quand le bébé dormait dans votre ventre, il y avait également du bruit (péristaltisme, battements cardiaques, etc.). Il saura lui aussi s’adapter. Cependant, pour le bébé naissant, le bruit blanc pourrait l’aider à retrouver les conditions de sommeil intra-utérines, et cela peut faire du bien parfois les premières semaines. Il faut juste s’assurer qu’il n’en devienne pas dépendant. Car, même si se procurer une machine à bruit blanc pour chaque chambre peut paraître tentant, ça en rajoute dans les bagages lorsque vous serez en visite, en camping ou en voyage.

N’étirez pas le moment avant d’aller au lit
Le rituel du dodo durait une vingtaine de minutes avant l’arrivée du bébé? Il convient d’en conserver la même durée après son arrivée. Puisque maman est peut-être moins disponible, il est conseillé, avant l’arrivée de bébé, que papa soit plus impliqué que maman dans la routine du coucher afin de ne pas créer une rupture. Le piège ici, pour les parents, est de croire qu’en allongeant cette période, l’arrivée du nouveau bébé, qui prend beaucoup de votre temps à tous les deux, passera mieux à ses yeux. C’est rarement ce qui se produit… En fait, l’aîné saisit plutôt cette occasion pour en demander encore plus, car les enfants ne se lassent pas de la présence de leurs parents; vous devez en savoir déjà quelque chose. Afin de vous assurer cependant de répondre à ses besoins affectifs, il est important de veiller à lui offrir du temps de qualité (un à un, sans rien faire d’autre) tous les jours. Des experts ont établi que 10 minutes par jour suffisent… Cependant, libre à vous d’en offrir plus, durant la journée, bien entendu.

Et le partage de chambre?
Bien sûr, le bébé dort dans votre chambre les premiers mois de sa vie. Est-ce que l’aîné le sait et pourrait l’envier? Ce n’est pas certain. S’il vous en parle directement, on pourrait le penser, sinon, résistez à l’envie de lui mettre ces mots dans la bouche le soir lorsqu’il refuse d’aller dormir. Tous les enfants ont des épisodes plus ou moins longs durant lesquels ils vont résister à l’appel du sommeil, puisque jouer et être avec maman et papa est toujours plus plaisant que d’aller dormir, et ce, qu’il y ait un nouveau membre dans la famille ou pas.

Est-ce possible de faire cohabiter deux enfants dans la même pièce pour dormir? Oui! Cependant, il sera opportun d’attendre que le bébé fasse ses nuits, dans le sens où il n’aura plus besoin d’être nourri la nuit. Vous mettrez alors toutes les chances de votre côté pour qu’ils puissent bien dormir tous les deux dans leur lit respectif. Pour préserver un temps de qualité pour l’aîné, il est suggéré (ce qu’il appréciera) de le coucher de 15 à 20 minutes plus tard que son cadet. Ainsi, il se retrouvera avec ses parents sans le petit frère ou la petite sœur. Évidemment, tout le rituel devra être fait avant d’aller le border et de lui donner son dernier bisou au lit afin de ne pas déranger le plus jeune.

Que vos nuits soient agréables!


Brigitte Langevin
Auteure et conférencière
Experte en éducation au sommeil
Coach en PNL
De bonnes habitudes de sommeil, ça s’apprend!

www.brigittelangevin.com
Facebook: bonneshabitudesdesommeil

Un enfant qui dort bien est joyeux… et ses parents, heureux!


Paru dans Moi Parent, Hiver 2019

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