Ruses et stratégies pour faire manger les petits

Ruses et stratégies pour faire manger les petits

Comme parents, nous sommes soucieux que nos enfants mangent bien. Ce faisant, nous pouvons être tentés d’utiliser diverses stratégies pour faire manger nos enfants selon nos standards. Et si nous faisions fausse route?
– Par Stéphanie Côté

Que signifie «bien manger» pour les parents?
«Quels sont vos trucs pour que vos enfants mangent bien?» Cette question a été posée à plus 1 250 parents d’enfants d’âge préscolaire dans le cadre de la vaste enquête Tout le monde à table. Et vous, que répondriez-vous?

Si vous trouvez que la question est imprécise, c’est normal et c’est volontaire. Cette question servait non seulement à connaître les trucs des parents, mais aussi à connaître leur définition de «bien manger». Est-ce que «bien manger» signifie que les enfants se nourrissent d’aliments variés et nutritifs? Ou est-ce que ça signifie plutôt qu’ils mangent tous leurs légumes et vident leur assiette?

Dans leurs réponses, les jeunes parents québécois ont d’abord pensé à l’aspect qualitatif de l’alimentation: aliments nourrissants et variés, en référence au Guide alimentaire canadien, etc. Puis, la notion de quantité suit de près, avec de nombreux parents qui espèrent faire manger certains aliments ou une quantité donnée à leurs enfants. Pour ce faire, ils disent camoufler des légumes dans des aliments, ils font des jeux ou des compétitions pour inciter leurs petits à manger davantage, ils négocient quelques bouchées, etc.

Le contrecoup des ruses…
Ces résultats suggèrent que les parents sont préoccupés par la quantité d’aliments que mangent leurs enfants. Ils veulent bien agir, mais peuvent en faire trop ou méconnaître les effets pervers de leur pratique.

Camoufler les légumes peut faire en sorte que les enfants mangent plus de légumes à chaque repas et chaque jour. Mais le camouflage n’aide cependant pas les enfants à reconnaître les légumes, à les apprivoiser et à apprendre à les aimer. Les enfants aiment ce qu’ils connaissent et ils connaissent ce qu’ils voient souvent. Bien sûr, les enfants n’aiment pas tout et surtout pas du premier coup. Il faut persévérer à offrir des aliments moins aimés régulièrement. On évite toutefois de les forcer à manger, car ils résisteront encore plus. Avec de la patience et du temps, vos petits mangeurs élargiront leur répertoire alimentaire.

Faire une compétition ou négocier quelques bouchées pour inciter les enfants à manger davantage est problématique, car ça les pousse à ignorer leurs signaux de satiété. Ils savent instinctivement quelle quantité avaler, car leur corps le leur dicte. En les forçant, on crée une interférence. Ils mangent pour obéir – ou ne mangent pas pour défier – et non parce qu’ils ont faim. Aidons-les plutôt à s’écouter et à manger lentement. Dans une optique de santé et de prévention de l’obésité, c’est la meilleure méthode.

Offrir un dessert uniquement si l’enfant mange ses légumes ou termine son assiette place le dessert sur un piédestal. Il le positionne comme une récompense, alors que les légumes ou le plat principal sont des «épreuves» à surmonter. Ça n’aide pas du tout à développer le goût de manger des légumes. Le dessert ne devrait pas servir de récompense, pas plus que sa privation ne devrait être une punition. S’il y a un dessert prévu, on recommande que l’enfant ait droit à sa part. Une seule portion, cependant, pour éviter qu’il se nourrisse de dessert, ce que certains petits futés tenteront! S’il a encore faim, vous avez deux possibilités: lui représenter son assiette inachevée, ou lui expliquer que le repas est terminé et qu’il doit attendre la collation.

Allumer la télé pendant le repas pour que les enfants mangent sans chialer est contre-indiqué. Quand leur attention est tournée vers l’écran, ils ne prennent pas conscience de ce qu’ils mangent. C’est reconnu qu’on mange plus devant la télé, car on mange par automatisme. La télévision brime aussi les discussions et les relations entre les membres de la famille.

Une méthode éprouvée
La méthode idéale pour s’assurer que nos enfants mangent bien se résume par le «partage des responsabilités». Cette méthode implique que les parents fournissent des aliments nourrissants, qu’ils établissent les horaires de repas et qu’ils partagent le repas avec les enfants dans un lieu adéquat. Bref, les parents décident du «quoi», «quand» et «où». Pour leur part, les enfants décident de la quantité d’aliments qu’ils mangent, soit le «combien». Au menu: des repas en famille agréables et bons pour la santé physique… et mentale!


Stéphanie Côté
Nutritionniste pour Extenso
Auteure du livre Un enfant sain dans un corps sain

www.nospetitsmangeurs.org


Paru dans Bébé, Hiver 2012

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