Arrête de t’obstiner avec la réalité, tu vas t’essouffler!

C’est fou comme on a de la difficulté à accepter ce qui est. Les offres autour de nous, de toutes sortes, nous laissent l’impression que nous avons accès (et besoin) à tout et surtout à ce que nous n’avons pas. Nous sommes donc toujours dans l’attente de mieux. Et même si ce mieux arrivait, nous ne serions pas content parce qu’il y aura mieux encore selon la pub, le marketing, l’autre à la télévision, la rumeur, les réseaux sociaux… jamais contents!
Par Martin Larocque

Il est donc très difficile de tenir pour acquis ce que nous avons et accepter que ce soit ça. Et que ce «ça» est très bien. Nous restons avec un arrière-goût que notre réalité et ce que nous avons ne nous plaît pas et/ou ne nous plaira jamais.

Et si on faisait le pari que ce que nous avons et ce que nous sommes sont très bien comme ça? Combien de fois en conférence je répète «Vous êtes de bons parents»? Et pour passer au travers mon quotidien et ma vie de tous les jours, je me dois de prendre conscience que ce que j’ai est très bien. De vouloir avoir encore plus de tout ce qui n’est pas moi et de tout ce que je pourrais peut-être un jour avoir, est très essoufflant. Le désir de mieux, c’est une vis sans fin… plus propre, plus neuf, plus moderne, plus fashion, plus intelligent.

En plus, être essoufflé est un état qui nous empêche de profiter de ce que nous sommes et ce que nous avons. Être essoufflé, veut dire que nous avons couru après mieux, que nous prenons une pause pour mieux courir après, encore mieux. Jamais la notion de maintenant, bien et heureux n’apparaît.

Essouffler de ne jamais être capable de dire, je suis bien avec ce que j’ai et qui je suis.

Un jour, après une conférence, dans la période de questions/réponses, un papa me demande si c’est normal de devoir faire le deuil de l’enfant parfait. Je devine à ces propos, et suite à mon exposé qu’il faisait face à un essoufflement de papa. Celui d’avoir eu tant de projets pour l’enfant, tant de rêves pour lui, tant de désirs pour son bonheur qu’il a oublié la règle numéro un de la parentalité… Écoute ton enfant!
Attention, je ne dis pas de faire du discours de l’enfant le centre de l’univers. De prendre tout ce qu’il désire et d’en faire votre modus vivendi… oh non! Trop d’entre nous écoutent tout ce qui vient de l’enfant et en font leur bible. Acclamons la parole de l’enfant! Euh… très peu pour moi! Mais écouter ce qu’il est peut s’avérer plus qu’inspirant. Cette petite bête arrive avec une personnalité dans cette vie. Avec des traits de caractère bien définis, et c’est à nous de le guider avec ce qu’il est. Rita Peirson disait qu’une base en enseignement (et c’est ce que nous faisons aussi comme parent, de l’enseignement) est de comprendre avant d’être compris. Prendre le temps d’entendre qui il est. Pas ses petits caprices d’enfants. Pas ses demandes de petit prince. Mais d’entendre quelle est cette personnalité dont il a hérité. Parce que le vrai travail de parent commence là.

Mon plus jeune est un anxieux. Solide. Ils s’inquiètent de tout, de tout le monde et même de ce qui n’existe pas encore. J’ai tenté de le soulager dans ce comportement (homéopathie, acupuncture, thérapie) jusqu’à ce que je me mette à écouter comment il voyait son anxiété. Puis, j’ai arrêté de vouloir changer qui il était profondément, mais de le célébrer. Oui! Et le mot est bien choisi… célébrer! De voir tous les avantages à l’anxiété. Par exemple, lorsque nous partons en voyage, il pense souvent à des détails qui nous échappaient. Merci M. Anxiété! De voir, si possible, l’humour autour de sa situation afin de pouvoir rire avec lui dans les moments plus intenses. J’ai cessé de me battre avec la réalité qu’on disait épouvantable et j’ai juste regardé qui il était. De sa propre bouche, il m’a déjà confié: «Tu sais papa, c’est moins pire que tu penses. Pour le moment, j’en ai besoin juste pour être sûr que je n’oublie rien, mais je ne suis pas malheureux, je vis très bien avec qui je suis!» Si ce n’est pas une leçon de papa, ça, je me demande c’est quoi?

J’ai donc arrêté de me battre avec la réalité de mes enfants. J’ai célébré ce qu’ils étaient. Entendez-moi bien, je n’accepte pas tous les comportements. Je ne célèbre pas chacun de leur petit «pète» en pensant que c’est un chef d’œuvre. Je pousse fort pour qu’ils puissent comprendre ce qu’est l’effort et qu’ils en auront besoin dans toutes les sphères de leur vie. Mais j’ai eu besoin de leur rappeler que ce qu’ils étaient est très bien. Le reste c’est du travail.

Puis tant qu’à y être, je vais tenter de l’appliquer à moi aussi. Ce que je suis, aujourd’hui, est très bien!


Martin Laroque
www.estimedesoi.ca


Paru dans Moi Parent, Hiver 2018

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