Démystifier le torticolis du nouveau-né

Les intervenants en santé constatent que 30% à 40% des nouveau-nés développent un torticolis pouvant engendrer des déformations de la tête s’ils ne sont pas traités dans les premières semaines de vie. Mais qu’est-ce qu’un torticolis? Quelles en sont les causes? Comment le prévenir et surtout le traiter?
Par Camille Bernard

Le torticolis consiste en une position de la tête, inclinée du côté d’une épaule, avec une rotation du côté de l’épaule opposée. Il existe deux types de torticolis chez le nouveau-né: le torticolis musculaire congénital (TMC) et le torticolis congénital.

Le torticolis musculaire congénital (TMC) est la forme la plus fréquente. Il se développe dans les premiers jours (ou semaines) de vie du bébé. Le torticolis (TMC) est causé par la contraction d’un muscle du cou, le sterno-cléido-occipito-mastoïdien (SCOM). La tête du bébé est inclinée du côté du muscle tendu. On observe souvent la présence d’une petite masse fibreuse (de la taille d’une olive) sur le muscle en tension. Cette masse disparaît d’elle-même entre le 6e et 12e mois de vie de bébé. Le torticolis (TMC) régresse de lui-même dans 75% des cas avant l’âge de 8 mois. Il est important de retenir que 25% des bébés qui ont un torticolis (TMC) auront besoin de soins, et ce, le plus tôt possible afin de réduire les risques d’anomalies causées par les tensions reliées à celui-ci.

Le torticolis congénital est quant à lui plus rare. Il est associé à certaines malformations de naissance (malformations congénitales) telles que:

  • Un déséquilibre des muscles du cou (absence congénitale unilatérale du SCOM);
  • Une malformation osseuse (fusion de vertèbres du cou);
  • Un déplacement des vertèbres du cou (subluxation congénitale cervicale);
  • Une anomalie du système nerveux causé par une tumeur ou une malformation nerveuse (paralysie neurologique ou oculaire).

Cette forme de torticolis ne régresse pas d’elle-même ou à la suite de traitements indiqués pour le torticolis; elle nécessite des examens médicaux spécialisés (imagerie médicale).

Non traité, le torticolis peut entraîner certaines anomalies:

  • Une déformation du visage (asymétrie faciale);
  • Une déformation de la tête (plagiocéphalie);
  • Un trouble de la vision (troubles fonctionnels oculaires);
  • Une déformation de la colonne vertébrale (scoliose cervico-thoracique).

Quelles sont les causes?
De nombreuses théories sont élaborées pour expliquer les causes (l’étiologie) reliées au torticolis du nouveau-né. La cause la plus souvent citée par les pédiatres et les spécialistes est reliée à la position anormale du bébé dans le ventre de la mère, qui occasionne des tensions sur le cou (les vertèbres cervicales) et la tête du bébé. On associe souvent à la position en siège la présence d’un torticolis à la naissance du nouveau-né. Une autre cause fréquente serait reliée aux manipulations faites sur la tête et le cou du bébé lors de l’accouchement. L’utilisation de forceps et de ventouses peut aussi être en cause.

3 mesures d’évaluation
Le torticolis peut être plus ou moins sévère et le degré de sévérité est classé selon 3 mesures d’évaluation:

  1. La position de la tête (attitude d’inclinaison)
    Cette mesure d’évaluation, lorsque le bébé est allongé sur le dos, est pratiquée en mesurant le degré d’inclinaison de la tête vers l’épaule. La position est évaluée selon différents degrés d’inclinaison:
    – 0 à 15 degrés: attitude d’inclinaison légère
    – 15 à 30 degrés: attitude d’inclinaison moyenne
    – 30 à 45 degrés: attitude d’inclinaison sévère
  2. L’amplitude du mouvement de rotation de la tête (vers la droite et la gauche)
    L’amplitude du mouvement de rotation normale de la tête du centre vers la droite (ou vers la gauche) est de 90 degrés. On mesure la sévérité de limitation de cette amplitude de mouvement selon les degrés de restriction:
    – 0 à 30 degrés de restriction: raideur légère
    – 30 à 60 degrés de restriction: raideur moyenne
    – 60 à 90 degrés de restriction: raideur sévère
  3. L’amplitude du mouvement d’inclinaison de la tête (vers l’épaule droite et l’épaule gauche)
    L’amplitude du mouvement d’inclinaison normale de la tête à partir du centre vers l’épaule droite (ou la gauche) est de 45 degrés. On mesure la sévérité de limitation de cette amplitude de mouvement selon les degrés de restriction:
    – 0 à 15 degrés: raideur légère
    – 15 à 30 degrés: raideur moyenne
    – 30 à 45 degrés: raideur sévère

Évaluation globale
On observe dans plusieurs cas que le torticolis peut occasionner d’autres anomalies (asymétries musculo-squelettiques) qui affectent l’ensemble du corps du bébé, en particulier le bassin et la colonne vertébrale. Cette compensation globale du corps s’explique par la compréhension et la connaissance de l’anatomie.

Lorsque le corps du nouveau-né est soumis à des tensions situées au cou, à la tête et à l’épaule, on remarque que le bassin à tendance à se rapprocher du côté où la tête est inclinée pour soulager la tension musculaire du cou causé par le torticolis. Par exemple, un bébé qui présente un torticolis avec la tête inclinée vers l’épaule droite, on observe que le bassin se rapproche de cette épaule comme si tout le corps du bébé forme un demi-cercle. Cette dynamique d’adaptation s’explique par les liens mécaniques (structurels) des composantes musculaires, ligamentaires et membraneuses (fascias et dure-mère) qui relient l’ensemble des parties du corps entre elles.

L’ostéopathe utilise la connaissance de l’anatomie et la compréhension de cette dynamique d’adaptation afin d’évaluer les tensions locales (le cou, la tête, l’épaule) et celles à distance (le bassin et le reste du corps) pour traiter les restrictions causées par le torticolis.

Examen clinique et traitement
Il est important de faire participer les parents à l’examen clinique des mouvements de la tête et de l’observation de la position des différentes parties du corps du nouveau-né. Cette procédure permet aux parents dans un premier temps de mesurer les degrés des limitations causées par le torticolis et par la suite leur offre l’opportunité de pouvoir observer l’amélioration de la condition de leur bébé suite aux traitements en ostéopathie.

L’ostéopathe utilise des manipulations précises et légères sur les différentes parties du corps ainsi que des positionnements du corps avec l’objectif d’assouplir et d’éliminer graduellement les tensions localisées dans les structures musculaires, ligamentaires, osseuses et membraneuses altérées par la présence du torticolis. La tension utilisée par les mains de l’ostéopathe lors des manipulations est égale ou inférieure à la tension présente dans la structure à traiter. Aucun ajustement articulaire rapide ou avec force n’est pratiqué sur les vertèbres du cou ou toutes autres parties du corps du nouveau-né.

Exercices et conseils de positionnement
Des exercices d’étirements doux et des conseils de positionnement doivent être enseignés aux parents. Cette dynamique vise à faire participer les parents par des compétences simples et efficaces à la normalisation progressive et plus rapide du torticolis de leur bébé. Les exercices et le positionnement doivent être pratiqués jusqu’à ce que les degrés de limitation des mouvements de la tête et la position globale du corps du bébé se rapprochent de la normalité.


Camille Bernard
Ostéopathe B.Sc.
Diplômée d’un Baccalauréat (Hons) en Sciences de l’Ostéopathie de l’Université de Wales, UK., formation suivie au Collège d’Études Ostéopathiques de Montréal. Elle a dirigé une recherche qualitative sur la spécificité clinique de l’ostéopathie pour le nouveau-né. Elle travaille comme ostéopathe spécialisée auprès des nouveau-nés, enfants et femmes enceintes. Elle est aussi marraine d’allaitement pour Nourri Source depuis plus de 15 ans.
www.camillebernardosteopathe.com
514 577-6313

Références:

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  • Chen J.C. & al., Predictive model for congenital muscular torticolis: analysis of 1021 infants with sonography. Arch Phys Med Rehabil, 2005
  • Sergueef N., Ostéopathie Pédiatrique, Elsevier, 2007
  • David J.R. & al., Congenital muscular torticolis: sequela of intrauterine or perinatal conpartment syndrome, J. Pediatr Orthop, 1993
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  • Fong B. F. & al., Does intrauterine environement influence fetal head position preference? A comparaison betwen breech and cephalic presentation. Early Human Development, 2005
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Paru dans Maternité, Été 2017

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