Vivre des émotions pour devenir mère

Vivre des émotions pour devenir mère

On parle souvent, avec un petit sourire entendu, de la femme enceinte et de ses émotions à fleur de peau. Vues sous cet angle, elles sont considérées comme une fin en soi. Or, si ces émotions renfermaient d’autres possibilités au cours de la grossesse?
Par Annie Ève Gratton

Également, pourrions-nous utiliser la puissance des émotions positives et transformer celles qui ne le sont pas pour offrir à la femme enceinte une opportunité hors du commun de se redéfinir en cohérence avec le changement qui se glisse dans sa vie de l’intérieur?

Émotivité rime aussi avec sensibilité, que l’Office québécois de la langue française (OQLF) définit comme la capacité «de s’émouvoir facilement ou d’éprouver des sentiments d’humanité, traditionnellement distinguée de l’intelligence ou de l’esprit et de la volonté». C’est dire que hors de l’intelligence rationnelle, de l’esprit et de la volonté, un espace se crée pour quelque chose de nouveau.

Au moment où elle est en pleine gestation d’un être humain, la mère est plus que jamais connectée à elle-même, plus disponible pour accéder à une zone qu’elle explore peu ou différemment en d’autres temps. L’acte viscéral de donner la vie entraîne tout naturellement un profond chamboulement. Il crée une ouverture qui permet à la femme d’aller authentiquement à la rencontre de son enfant et d’accéder à cette zone sécurisée où elle peut expérimenter une nouvelle manière d’être, qui répond mieux à qui elle devient. Ses espoirs et ses peurs s’entremêlent et la reconnectent à l’essentiel. À partir de là, il devient naturel de considérer la capacité hors du commun de la mère à se connecter à d’autres aspects d’elle qui peuvent l’amener à changer et à vivre des émotions fortes, profondes et complexes.

Rester zen malgré tout…
Aussi intenses, importantes et naturelles que soient les émotions vécues au cours de la grossesse, il n’en demeure pas moins qu’il peut parfois être difficile de composer avec certaines d’entre elles. La peur, la tristesse et l’insécurité peuvent peser lourd, monopoliser beaucoup d’énergie et, au final, être bien peu constructives. Dans ces situations, il est précieux d’avoir un outil pour neutraliser ces émotions limitantes et ouvrir la voie à d’autres, plus nourrissantes et porteuses de sens.

À l’image d’un iceberg, le cerveau humain comprend une partie consciente bien visible, ainsi qu’une partie inconsciente, qui se trouve sous la surface. Alors que le conscient est plutôt le domaine du rationnel, de l’analyse et des mots, l’inconscient est plutôt l’univers de l’intuition, des rêves et c’est lui qui forge les émotions. Il renferme de nombreuses informations auxquelles on peut avoir recours au besoin. C’est donc là où l’on peut puiser pour changer véritablement la manière dont on se sent.

Gérer ses émotions en 8 étapes
Ainsi, lorsque les émotions sont en montagnes russes, voici une démarche simple et très aidante pour retrouver la sérénité, et surtout, réutilisable en tout temps et dans tout contexte par la suite:

  1. Lorsque des émotions de tristesse, de colère, de peur, de faiblesse ou de confusion émergent, s’octroyer un moment seule, dans un contexte calme, et s’assurer qu’on ne risque pas d’être dérangée.
  2. Tout d’abord, accueillir ce qui est présent. Oui, oui, se donner le droit de ressentir ce que l’on ressent! Ex.: «Je me sens paniquée à l’idée que mon enfant meure (qu’il soit handicapé ou toute autre peur). OK. La peur est présente. J’ai le droit d’avoir peur, c’est permis».
  3. Se demander ce qu’on voudrait qui soit présent pour nous plutôt que cette émotion négative. Ex.: «Je veux me sentir calme et sûre que tout ira pour le mieux».
  4. Identifier ce dont on a besoin pour se sentir comme on le souhaite. Ex.: «Pour me sentir calme, j’ai besoin de confiance en moi».
  5. Demander à son inconscient de retrouver une situation où l’on a expérimenté en abondance ce dont on a besoin (peu importe le contexte). Ex.: «Dans quelle situation ai-je expérimenté une grande confiance en moi?»
  6. Revivre cette situation (se remémorer le souvenir en détail) : la manière dont on se sentait, ce qu’on voyait, ce qu’on entendait. Puis, au moment où l’intensité du souvenir est la plus grande, choisir un geste de son choix (par exemple, pincer deux doigts, mettre la main dans une position de yoga, croiser les doigts, serrer le poing, bref, ce qui vous plait) et maintenir cette position pendant 7-8 secondes en savourant ce moment de bonheur.
  7. Ensuite, repenser à ce que l’on vit présentement, puis refaire le geste choisi et voir comment ça se passe. Ça devrait être beaucoup plus facile. Si ce n’est pas le cas, refaire les points 4 à 7 autant de fois que nécessaire ; c’est tout simplement qu’on a besoin de ressource(s) supplémentaire(s) pour se sentir bien. Ex.: en plus de la confiance en moi, j’ai besoin de la sécurité, de l’amour, etc.
  8. Par la suite, lors de toute situation où l’on revit l’émotion désagréable, peu importe le contexte (et même en public…), refaire ce geste, qui constitue en quelque sorte un chemin pour se reconnecter instantanément avec la sensation positive plutôt que l’émotion paralysante.

Tout le sens caché derrière ces émotions
La grossesse est un moment fort de votre vie de femme. Elle est la vie qui trouve son chemin à travers vous. Oui, il y a le chamboulement des hormones qui entraîne des émotions variées, souvent intenses et bouleversantes. Oui, il peut y avoir des deuils. Mais il y a plus que cela. Il y a toute la puissance féminine dont la maternité est l’aboutissement. Il y a cette vie que vous portez, mais que vous ne contrôlez pas. C’est l’accueil de toute votre puissance et votre vulnérabilité simultanément, en toute humilité, qui font naître de l’intérieur la mère que vous devenez.

Vous avez le choix de vivre votre grossesse en souhaitant demeurer la même qu’auparavant, en contournant le changement et en résistant à ce qui vous happe. Puis en vous empressant de redevenir l’ancienne vous, celle d’avant la maternité. Ou au contraire, vous pouvez profiter de la puissance de cette vague qui vous submerge pour accéder à un autre univers que celui dans lequel vous avez vécu jusque là, afin d’honorer la vie qui naît par vous et créer de l’espace afin que quelque chose de neuf, d’encore plus grand puisse émerger. Ce faisant, vous permettez à ce merveilleux processus de vous changer, de faire naître, en même temps que votre enfant, une version améliorée de vous-même.


Annie Ève Gratton
Coach PNL
www.bedonzen.com
info@bedonzen.com
www.facebook.com/BedonZen?ref=hl
514 216-8790
www.lasourceensoi.com

Annie Ève est spécialisée auprès des parents qui vivent (ou envisagent) une grossesse après un deuil périnatal. Pendant près de 5 ans, elle a coanimé le groupe de soutien Les nouveaux rêves, destiné à cette clientèle. Elle a fondé BedonZen, qui offre du coaching périnatal et des ateliers prénatals, en réponse aux besoins nombreux, méconnus et sous-estimés de ces parents.

Membre de l’Association RITMA (Regroupement des intervenants et thérapeutes en médecine alternative)
Membre de la SICPNL (Société internationale des coachs PNL).
Reçus disponibles en naturopathie.

 


Paru dans Grossesse, Hiver 2015

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