Vivre une grossesse après une fausse-couche

Vivre une grossesse après une fausse-couche

Test de grossesse, résultat positif. Sur le coup, c’est la joie! Puis après, les premiers instants, la morsure du stress… Voilà votre bonheur pur transformé en un curieux mélange d’émotions, du genre: joie et peur… Cela vous est-il familier?
Par Annie-Êve Gratton

Pour les femmes ayant déjà vécu une fausse-couche, les premières semaines de grossesse sont souvent cruellement stressantes, alors qu’il y a si peu d’indices que bébé est toujours là, bien accroché. Sauf en ce qui concerne la nausée, la fatigue et les seins douloureux, qui rassurent et que l’on surveille de manière presque obsessionnelle! Qui eût cru que l’on en viendrait presque à aimer ces inconforts?

Alors, si chaque passage aux toilettes devient presque un moment de vérité pour vous (histoire de vérifier qu’il n’y a aucun saignement et que «tout va bien»), voici quelques idées qui vous aideront à vous prendre en douceur et à calmer un peu vos pensées prêtes à s’affoler à tout moment…

Tout d’abord la peur
Elle est ce qui vous fait perdre vos moyens, l’ennemi à abattre, vrai? En fait, «n’oui». Oui parce que vous souhaitez avec raison vous en débarrasser, car elle est ce qui fait tourner au vinaigre votre bonheur naissant. Mais non, parce qu’en fait, pour s’en débarrasser, il faut d’abord la rencontrer. Ensuite, on pourra la conduire gentiment à la porte. Votre peur est légitime et justifiée: vous avez déjà vécu le scénario catastrophe que vous appréhendez maintenant. Vous avez eu mal, vous avez perdu ce bébé d’avant, avec tous les projets qui l’accompagnaient. Votre peur, elle, est là parce que vous ne voulez pas avoir mal de nouveau. Elle tente (bien maladroitement!) de vous protéger d’une nouvelle douleur.

Les émotions sont des messagers, elles nous enseignent quelque chose d’important sur nous, sur ce qui se passe en nous. Alors, pour que la peur s’estompe, elle doit d’abord vous livrer son message. En général, l’humain, face à une émotion qui le remue et qu’il ne veut pas vivre, tend à «rationaliser». Et on le fait tellement souvent avec la peur. Or, une peur, ça ne se rationalise pas, car ce n’est pas dans la «raison» que la peur se vit. Je vous propose donc un exercice tout simple, qui va complètement à contre-courant de ce que l’on fait habituellement avec la peur:

Lors de la prochaine «bouffée» de stress et de peur que vous ressentirez, fermez vos yeux, et laissez-la vous submerger pour quelques instants. Dites-vous ce qui suit: «J’ai peur, c’est ok. J’ai le droit d’avoir peur, ça fait partie de mon expérience actuelle. La peur est là.» Répétez-vous cela en boucle et donnez–vous vraiment le droit de ressentir ce qui vous assaille. Vous ressentirez sans doute une grosse vague: sur le coup, expérimenter toute cette peur vous donnera l’impression de chavirer, malmenée par l’émotion. Faites confiance, ne craignez pas de tomber. Pleurez si c’est ce que vous sentez, laissez-vous aller. Laissez la peur (ou toute autre déclinaison de l’émotion) être là pour quelques instants. Je vous promets que ça ne durera que quelques instants, car comme une grosse vague, justement, elle se retirera tout doucement ensuite. Un peu comme lorsqu’on a beaucoup pleuré: ensuite, il vient un moment où tout s’apaise en nous. La mer (ou la mère!) redevient calme. Le but de cet exercice est de drainer l’émotion qui vous envahit et qui vous empêche de fonctionner. Et curieusement, c’est en permettant l’explosion de ce volcan qui sommeille en vous que vous faites ensuite redescendre la pression. Pour reprendre l’analogie du messager, vous lui ouvrez la porte (avant qu’il ne la force), vous prenez sa missive et il s’en retourne. Vous verrez, quelque chose en vous lâchera et une paix s’installera, laissant de la place pour autre chose. Tentez-le, vous serez surprise.

Et cet être qui, pour l’instant est là, grandit en vous…
Maintenant, le bébé. Oui, il est minuscule, quelques semaines à peine, tout juste quelques centimètres. Mais il est là tout de même! De plus en plus d’études portant sur le fœtus, même au stade d’un embryon, tendent à démontrer les formidables capacités sensorielles du bébé. De plus en plus, on prend conscience que, très tôt, il est en mesure de ressentir. Alors, pourquoi ne pas s’adresser à lui dans le langage qu’il connaît, et ce, dès maintenant? S’il vous ressentait, malgré le fait que vous ne pouvez en être certaine?

L’être humain possède ses cinq sens pour appréhender son univers. Alors que notre société est surtout audiovisuelle, notre mode premier de communication est le toucher. Et le toucher se vit évidemment par tout notre corps, avec le contact de notre peau. Toutefois, un aspect moins identifié de notre toucher concerne aussi notre perception de ce qui se trouve au-delà de notre peau, sans que l’on ne touche directement. Avez-vous déjà observé quelqu’un sans qu’il ne vous voie, et que, sentant votre présence, il se tourne et vous regarde? Ou l’inverse? Qu’est-ce qui fait que nous sentons la présence de l’autre? On parle souvent de notre 6e sens, de nos antennes… Peu importe la manière dont nous la nommons, cette sensation existe vraiment. Et nous pouvons l’utiliser pour communiquer avec notre bébé, qui sait très bien faire en matière de toucher.

Voici ce que je vous propose, un petit moment de douceur qui, je l’ai souvent expérimenté avec les mamans que j’accompagne, apaise énormément et relâche toute cette pression qu’elles se mettent:
Asseyez-vous confortablement, fermez vos yeux. Tout doucement, posez vos mains sur votre ventre, tout en bas, là où votre bébé se trouve. Puis, prolongez votre ressenti, votre toucher, jusqu’à votre bébé. Un peu comme on sait stationner une voiture sans heurter les autres voitures, car on «sent» le bout du véhicule de manière à pouvoir le stationner. Avec vos mains, qui sont douces et confortables comme un sofa, vous pouvez le caresser, l’enrober de votre toucher, de votre amour. Même si vous ne sentez pas son contact, lui vous sent, il sent que ce toucher plein d’amour s’adresse à lui. Prenez-le dans vos bras, faites-lui un câlin et exprimez-lui à quel point vous l’aimez déjà. Dites-lui que vous souhaitez qu’il vienne vivre avec vous, que vous souhaitez sa présence. Aussi, parlez-lui de la peur que vous vivez: expliquez-lui, à voix haute ou intérieurement, que vous vivez des émotions qui vous brassent et que vous savez qu’il le ressent. Dites-lui bien que ces émotions vous appartiennent à vous (et pas à lui) et que vous vous en occupez. Que lui, tout ce qu’il a à faire, c’est de grandir en pleine santé.

Je sais, cette petite visualisation peut vous paraître un peu inusitée, mais tentez-la. Et répétez cela tous les jours. Non seulement y trouverez-vous de la paix, mais également un moment précieux avec votre enfant qui vous répondra et que vous sentirez très bientôt (pour certaines mamans qui le font régulièrement depuis le tout début, elles sentent bébé qui vient se lover dans leur main dès la 18e semaine).

Sur quoi avez-vous du contrôle?
Personne ne pourra jamais vous garantir que votre bébé vivra et que tout ira bien, mais une chose est certaine: les pensées (et les émotions qui les accompagnent) desquelles vous vous nourrissez pendant votre grossesse transforment la manière dont vous la vivez. Les émotions sont indissociables de la vie humaine, donc pas question de se culpabiliser! Certaines sont heureuses, d’autres le sont moins, mais toutes font partie de notre expérience. En les vivant, vous enseignez à votre enfant la diversité de ce qui composera sa vie à lui aussi. Et aussi qu’elles passent. Ce qui importe, c’est que vous ne restiez pas coincée dans celles qui sont difficiles pour vous. De quoi avez-vous besoin de vous nourrir pour cette grossesse-ci? Émotivement? Intellectuellement? Spirituellement? Trouvez des lectures nourrissantes et inspirantes (laissez tomber Dr Google, qui ne fera que vous effrayer inutilement sur tout ce qui pourrait vous arriver!). Et quand les émotions difficiles se pointent le bout du nez, fermez les yeux, donnez-leur le droit d’être là pour un moment et laissez la vague passer. Ensuite, alimentez-vous de ce qui vous fait du bien! Écrivez, lisez, méditez, faites du yoga, sortez, partagez avec d’autres mamans (tant que vous ne vous entretenez pas mutuellement dans la peur!). Vous trouverez des idées de lecture inspirante au http://www.bedonzen.com/ressources-utiles/.

Ces semaines doivent évidemment être traversées, et aussi difficile que ce soit, vous avez peu de contrôle sur l’issue. Par contre, ce que vous choisissez de placer au cœur de votre attention vous appartient totalement. Et cela façonne la manière dont vous vivez ce moment important, les souvenirs que vous en aurez. Alors, à vous de jouer: vous avez le pouvoir de transformer votre expérience de cette nouvelle grossesse!


Annie Ève Gratton, coach PNL
Coach PNL au centre 
La Source en Soi à Montréal
www.bedonzen.com
www.lasourceensoi.com

Annie Ève est spécialisée auprès des parents qui vivent un deuil périnatal ou une grossesse après un deuil périnatal. Pendant près de cinq ans, elle a coanimé le groupe de soutien Les nouveaux rêves, destiné à cette clientèle. En réponse aux besoins nombreux, méconnus et sous-estimés des parents vivant le deuil périnatal, elle a créé BedonZen pour les accompagner. Elle fait partie de l’équipe de La Source en Soi. Elle est également en cours de certification afin d’obtenir le titre de praticienne en préparation affective à la naissance.

Membre de l’Association RITMA (Regroupement des intervenants et thérapeutes en médecine alternative)
Membre de la SICPNL (Société internationale des coachs PNL)
Reçus disponibles en naturopathie


Paru dans Grossesse, Automne 2016

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