Zone d’inconfort

Ma nouvelle vie de maman est comme une roche dans un soulier, un cil dans l’œil, une brassière trop petite! Vous savez de quoi je parle?

J’ai 39 ans, je suis une professionnelle depuis près de vingt ans, on croirait que j’ai appris à gérer le changement et que j’ai ma vie en main… right? Depuis que je suis mère toutefois, je me sens comme une table à 3 pattes pas égales! Ça branle et c’est inconfortable! C’est l’une des premières fois de ma vie que je vis aussi longtemps hors de ma zone d’équilibre.

Ma fille, que j’aime plus que tout au monde, a eu 18 mois cet été, elle est ma seule enfant. La marche a été haute, entre zéro enfant et un enfant, j’ai trouvé l’adaptation bien grande.

Je suis encore déstabilisée par le flot de changements qui surviennent depuis son arrivée. Je n’arrive pas totalement à reprendre le dessus on dirait. Tout gérer. Et ma liberté d’avant me manque. Les montagnes de vêtements de ma fille qui ne font plus s’accumulent dans la chambre d’amis, les jouets sont partout, les étapes de développement se suivent et ne se ressemblent pas! Est-ce que l’inconfort est devenu ma nouvelle norme?

La «charge mentale», qu’explique magnifiquement bien la dessinatrice Emma qui a fait le tour des médias sociaux, est aussi quelque chose de nouveau pour moi. Penser à tout, tout le temps. Avant ma fille, je me gérais moi. Maintenant, c’est la gestion de la famille au complet et ça me demande une nouvelle énergie. D’ailleurs, mon cerveau a maintenant un espace dédié uniquement à cette planification familiale, et il travaille 24 heures sur 24! Difficile de décrocher.

La planification des repas et celle des vêtements pour la prochaine saison, les cours de natation qui recommencent, faudrait trouver un nouveau maillot d’ailleurs, le jardin qu’on doit couper à l’automne, les pneus à changer, quoi penser pour la prochaine étape de développement de bébé, est-ce que ses jouets sont appropriés pour son âge?

Je ne suis pas allée au cinéma depuis des lunes: je me demande quels films sont à l’affiche… ma vie de couple, «ma quoi?», j’ai oublié de brosser les dents de la petite, est-ce que ses souliers lui font encore bien? Oh! la petite a ouvert sa couche à la garderie et a joué avec son caca, «hey merde!», je dois payer les comptes en ligne, aller chez le coiffeur, il faut apporter les chats pour une tonte, ah oui et le rendez-vous chez l’esthéticienne, et chez le dentiste, il va encore me dire que je n’ai pas assez passé la soie dentaire, les vaccins, est-ce que c’est le soir des poubelles ou du recyclage?, c’est la fête du petit voisin samedi, visiter le beau-père, le changement d’huile de l’auto, les plantes, oui je dois arroser les plantes, la rentrée et le trafic qui recommencent, la petite qui change de groupe à la garderie, «est-ce que je dois faire quelque chose pour faciliter le tout?» Alouette!

Tous les domaines de ma vie se touchent, comme un circuit électrique complexe, tout est relié. Et ça n’arrête jamais… d’inconfort en inconfort, mon cerveau est constamment allumé et en train de réfléchir ou de réagir.

Essais-erreurs
Selon une amie, Cindy Rivard, maman entrepreneure, présidente chez Oyez Communications: «Le bon stress vient du fait qu’on sait que la tâche à venir est en adéquation avec nos talents.» Tellement bien dit! Well well! Mes talents en gestion familiale sont bien récents et encore à découvrir! Ces talents ne sont pas encore clairs, je les découvre par essais et erreurs, et je me sens bien vulnérable dans tout ça. Je me sens souvent seule, amère, mélancolique, épuisée. Et je tombe malade, parce que mon corps me parle, et m’arrête, right? «Hey la nouvelle maman en bas, prend un break avant de peter au frette!», me dit l’Univers d’en haut en m’envoyant une grippe d’homme.
Je comprends mieux pourquoi mes amies mamans aimaient tellement écouter mes histoires de célibataires sans enfant, je représentais l’exotisme, la relaxation, l’aventure et sans doute, leur vie simple d’avant!

Je me mets de la pression, j’ai de la broue dans le toupet et j’ai l’impression que ce n’est même pas pour «performer», mais bien pour «survivre», comprenez-vous? Oh que je le sais que vous comprenez. J’ai peur d’échouer. Et si je traumatisais ma fille négativement pour le reste de sa vie en manquant des étapes ou des «affaires» importantes?

Et le pire dans tout ça, c’est que je trouve qu’à mon âge, je suis relativement zen avec la maternité, et que le travail de croissance personnelle sur moi que j’ai fait avant d’avoir la petite a tout de même aidé dans ma résilience et mon lâcher-prise… hey boy, une chance!
J’imagine que les mamans d’enfants plus vieux que ma fille ou qui en ont plusieurs me diront qu’au fil des années, à mesure qu’on apprend et qu’on se crée de nouvelles habitudes de vie et des références, notre zone de confort s’élargit, et l’inconfort devient un peu plus agréable. La confiance en nous augmente, on prend de l’expérience, on développe des trucs, on devient une maman solide (comme une table à 4 pattes!). Je me le souhaite. Bientôt!

Du choc à la satisfaction
Je suis allée googler pour voir les références sur la gestion de l’inconfort et c’est la courbe de la gestion du changement ou le processus de transition qui revient souvent dans les recherches, sous différentes versions. Ça m’aide à comprendre que je suis tout simplement dans le creux de la vague en ce moment et que si je garde espoir, ça ne peut maintenant que mieux aller et remonter vers le haut!
En attendant, je vais vivre une minute à la fois. Je vais m’occuper de moi-même un peu plus. J’ai d’ailleurs commencé à assister à des soirées de peinture Paint Night et ça me ressource beaucoup. Je me suis créé un petit coin «art» dans un bureau à la maison et je m’évade dans la couleur et les textures de temps en temps. Ça allège ma tête.

Je vais continuer de m’émerveiller devant les petits moments de joie avec ma fille, les premiers pas, les premiers mots, les premiers pipis dans le pot, les câlins et les petites satisfactions reliées à son apprentissage, c’est sans doute le meilleur des baumes sur mon cœur de maman déstabilisée pour le moment!

Et quand je disais qu’être maman demandait du courage, je pourrais appeler cette zone permanente d’inconfort, ma nouvelle «zone de courage», cette zone où je me dépasse, où j’ai le courage d’exprimer, le courage de demander, le courage de m’aimer…
Je pourrais aussi exprimer mes besoins un peu mieux, demander de l’aide, exprimer ma détresse quand j’en peux plus, laisser tomber ou déléguer certaines tâches.

Et bon, je pourrais aussi avoir le courage de faire lire ce texte à mon chum, des fois que ça aiderait… hihi


Nathalie Lauzon
Photographe et auteure
www.nathalielauzon.ca | info@nathalielauzon.ca


Paru dans Maternité, Automne 2017

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